Promethera lève 40 millions et confirme son attrait pour l'Asie

©Promethera

La société spécialisée dans les thérapies cellulaires des maladies du foie a achevé une levée de fonds de 39,7 millions d’euros. De quoi financer de nouvelles études cliniques, notamment.

Promethera Biosciences a bouclé son tour de série D: l’entreprise spécialisée dans les thérapies cellulaires des maladies du foie a achevé une levée de fonds de 39,7 millions d’euros auprès d’investisseurs nouveaux – principalement asiatiques – et existants. Un apport de capital frais qui va permettre à la biotech wallonne d’accélérer la progression de son pipeline clinique, en particulier le programme de thérapie cellulaire appelé HepaStem, qui cible des maladies hépatiques chroniques et aiguës. Une technologie qui doit permettre de fournir une solution de rechange à la transplantation de foie.

Profil

Créée en 2009 par le Pr. Étienne Sokal, hépathologue à l’UCL, Promethera (acronyme de Progenitor medicinal therapies) Biosciences est spécialisée dans le traitement des maladies du foie par cellules souches et par anticorps.

Basée à Mont-Saint-Guibert, la spin-off de l’UCL doit s’installer dans le Biopark de Gosselies fin de cette année. Elle a racheté en 2016 les actifs de l’allemand Cytonet (présent aux USA) et en 2018 la biotech suisse Baliopharm. Elle possède également une succursale au Japon. L’entreprise est dirigée par John Tchelingerian, qui est aussi président.

La société de Mont-Saint-Guibert, qui doit quitter le Brabant wallon à la fin de l’année pour rejoindre le Biopark de Gosselies, avait conclu au début de l’année un premier accord avec le japonais Itochu, portant sur un investissement de 10 millions d’euros. Promethera avait alors précisé que l’imposant conglomérat nippon jouait le rôle d’investisseur principal d’un tour de série D, qui devait être achevé dans les mois suivants.

Ce qui est aujourd’hui chose faite. Les autres investisseurs sont Shinsei Capital Partners (un important fonds japonais dans les sciences du vivant), Medipal Holdings (leader japonais dans la logistique de basse température), le fonds financier coréen Mirae Asset Capital, le family office luxembourgeois Six Snow, Korea Investment Partners (Corée), Ci:z Investment LLP (Japon également), ainsi que quelques investisseurs individuels belges. Un des investisseurs existants, le japonais Mitsui, a participé au nouveau tour.

Une stratégie double

Ce tour de série D, qui porte à 110 millions d’euros le montant levé en equity par Promethera depuis sa création il y a dix ans par le professeur Etienne Sokal, renforce le tropisme asiatique de la société. Au gré de ses levées de fonds, Promethera a vu en effet son actionnariat initial (les fondateurs, Boehringer Ingelheim VF, Vesalius, Fund +, la SRIW) se diversifier considérablement, avec l’arrivée de nombreux investisseurs d’Extrême-Orient.

"Environ 44% du capital de l’entreprise est aujourd’hui dans des mains d’investisseurs asiatiques, confirme John Tchelingerian, CEO et président de Promethera. Quand je suis arrivé, j’ai annoncé cette stratégie et j’ai indiqué qu’on irait à l’est, là où le soleil se lève… Notre stratégie en Asie est double. Elle est d’abord due au fait que dans ces pays-là, les maladies hépatiques sont très importantes, qu’il s’agisse du Japon, de la Corée ou de la Chine, car nous avons un investisseur chinois qui est entré lors de l’émission d’obligations convertibles. Au Japon, il n’y a pas de transplantations d’organes cadavériques. Ils ont très peu accès aux transplantations hépatiques. Il y a donc un vrai besoin."

"Les pays asiatiques comprennent très bien les thérapies cellulaires et apprécient la médecine régénérative."
John Tchelingerian
Président et CEO de Promethera


Deuxièmement, poursuit le patron, "il y a l’attractivité des investisseurs asiatiques et des investisseurs stratégiques industriels, qui nous font confiance et avec lesquels on veut travailler. Il est plus compliqué de lever des sommes importantes en Europe, surtout en thérapie cellulaire. Ces pays comprennent très bien les thérapies cellulaires et apprécient la médecine régénérative. Nos actionnaires asiatiques supportent entièrement la stratégie de la société et reconnaissent notre leadership dans les thérapies cellulaires du foie. Ils veulent faire partie des gagnants."

Grâce aux fonds levés, Promethera va en premier lieu poursuivre les études cliniques de son programme le plus avancé, Hepa-Stem. Ce produit candidat, composé de cellules souches dérivées de foies obtenus à partir de donations éthiques, a enregistré des résultats encourageants lors d’une phase 2a d’un essai clinique dans l’insuffisance hépatique aiguë compliquant une maladie chronique du foie (ACLF).

Ce syndrome correspond à une décompensation aiguë (une aggravation brutale) de la maladie s’accompagnant de la défaillance d’un ou plusieurs autres organes, dont les reins ou le cerveau.

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"Nous allons terminer l’étude de phase 2a dans l’ACLF cet été et préparer la suite, c’est-à-dire la phase 2b, que l’on pense lancer en Europe d’ici la fin d’année. Une étude contrôlée et randomisée avec plus de 200 patients" précise John Tchelingerian.

La maladie du foie gras

Mais le plat de résistance, c’est la Nash ou stéatohépatite non alcoolique, une autre indication pour l’HepaStem. Le lancement d’essais cliniques pour cette inflammation du foie liée à une surcharge de graisse de l’organe est également prévu cette année. Le marché de la Nash, également appelée la maladie du soda ou du foie gras humain, est considéré comme le plus important, avec plusieurs millions de personnes atteintes par la forme la plus sévère de cette pathologie, celle visée par Promethera.

"L’argent frais servira également à financer l’expansion et le scale-up de la production à Gosselies, ainsi que le développement préclinique", fait encore valoir le CEO. Promethera a en effet dans ses cartons un autre produit de thérapie cellulaire innovant appelé H2Stem, qui en est encore au stade d’essais in vitro et in vivo. Les premiers résultats précliniques obtenus démontrent que ces cellules pourraient servir au traitement de certaines maladies hépatiques graves et d’autres indications.

Outre son pipeline cellulaire, la société belge développe également, suite au rachat de la biotech suisse Baliopharm, des technologies d’anticorps, afin de compléter ses options thérapeutiques.

La spin-off de l’UCL, qui dispose d’implantations aux USA (suite au rachat de Cytonet), en Suisse (Baliopharm) et au Japon, compte environ quatre-vingts employés en Europe. "Mais nous engageons et souhaitons continuer à recruter en Belgique pour renforcer la maison mère et les activités belges. L’ancrage reste belge, mais le rayonnement est international, avec une forte polarité en Asie", conclut John Tchelingerian.

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