Robert Taub, le multi-entrepreneur discret derrière Nyxoah

Président de Nyxoah, Robert Taub, aime se présenter comme "Belge, ni Flamand ni Wallon". ©Tim Dirven

Nyxoah fait son entrée en bourse ce vendredi. Son fondateur et président Robert Taub a déjà deux IPO sur le Nasdaq à son actif, ainsi que la création et la revente de quelques fleurons. Portrait.

Quand on lui demande pourquoi, à 73 ans, il se lance encore dans une IPO, le créateur et président de Nyxoah, Robert Taub, qui vient d’amener sa société de technologie médicale sur Euronext Bruxelles, rétorque que ce ne sont pas les plus-values qui l’intéressent spécialement, mais bien l’innovation et les défis.

"J’ai toujours été passionné par l’innovation", explique l’entrepreneur aujourd’hui installé à Bruxelles, qui, né de parents originaires d’Europe centrale, se définit comme un "pur Belge, ni Flamand, ni Wallon". "Je n’ai pas de formation scientifique", poursuit-il. "Je suis diplômé en langues, en russe et en anglais. Mais je crois beaucoup en la technologie. Mes plus-values ont toujours été liées à un avantage technologique. Si un pays n’investit pas dans la technologie, il se fait dépasser."

L’homme avoue également être toujours très actif. "Je continue à faire beaucoup de choses. Je suis aussi cycliste. J’ai encore participé il y a deux ans à un tour qui passait par les cols du Galibier et de l’Alpe d’Huez." Il consacre également une partie de ses moyens à la philanthropie. "Mais j’aime bien savoir dans quoi je mets mon argent et comment il est utilisé. Je reste un homme d’affaires."

Octapharma, la première réussite

Multi-entrepreneur et multi-investisseur peu connu au sein du sérail médiatico-économique, Robert Taub a en effet à son palmarès quelques succès impressionnants, dont deux IPO fructueuses sur le Nasdaq. Peu d’hommes d’affaires ou managers belges peuvent revendiquer un tel doublé. Qui pourrait même se transformer en triplé, puisque Nyxoah vise la bourse américaine des valeurs en forte croissance quand son dispositif pour combattre l’apnée obstructive du sommeil sera prêt à être lancé aux USA, dans 3 ans. 

Sa première réussite s’appelle Octapharma, une société spécialisée dans les dérivés plasmatiques qu’il a lancée en Suisse avec un ancien collègue allemand, après être passé par les sièges belges et parisiens de Monsanto, Baxter et de Revlon.  Une douzaine d’années plus tard, il revend ses parts dans l’entreprise, qui est devenue aujourd’hui un groupe de plus de 1,7 milliard de chiffres d’affaires ! "Mon premier exit, une très belle opération", se souvient-il.

"Octapharma, mon premier exit. Une très belle opération."
Robert Taub
Président de Nyxoah

Après la revente de sa participation, il rachète certains actifs d’Octapharma qui constitueront le substrat d’Omrix Biopharmaceuticals - une société produisant des colles chirurgicales et des éponges hémostatiques - dont le QG était installé à l’origine à Rhode-Saint-Genèse. Il l’a cotée en 2006 sur le Nasdaq, avant de la revendre deux ans plus tard pour 483 millions de dollars au géant Johnson & Johnson. Robert Taub possédait également durant cette période une autre société située en Israël, spécialisée dans le traitement des hémophiles. Un très bon accord de développement fut signé avec Bayer. "Mais le produit n’a jamais été lancé sur le marché, contrairement à ceux d’Octapharma et d’Omrix."

1 milliard $
NeuroDerm a été vendue en 2017 au japonais Mitsubishi Tanabe Pharma. Coût de la reprise: plus de 1 milliard de dollars.

Un marché énorme

"En 2007, toujours en Israël, je suis devenu investisseur, et pas uniquement dans mes propres sociétés", poursuit Robert Taub. "Un ancien de chez Omrix m'a demandé d’investir dans une société spécialisée dans le traitement de la maladie de Parkinson, NeuroDerm. J’ai augmenté ma participation et je suis devenu président. On est également allé sur le Nasdaq, en 2014. NeuroDerm a ensuite été vendue en 2017 au japonais Mitsubishi Tanabe Pharma". Coût de la reprise: plus d’un milliard de dollars. 

L’aventure de Nyxoah démarre quant à elle il y a une dizaine d’années. "J’ai découvert qu’il existait un marché énorme pour l’apnée obstructive du sommeil.  A l’époque, on parlait de 5 milliards de dollars, un marché partagé entre Philips et ResMed. Ils étaient les maîtres des équipements CPAP, qui insufflent de l’air pour combattre l’apnée."

Mais ce duopole va être dérangé par Inspire Medical, une spin-out du géant des technologies médicales Medtronic. Inspire a modifié un pacemaker pour lui permettre de stimuler le nerf de la langue. Mais il faut toujours implanter le dispositif dans le corps, ce qui reste de la chirurgie assez lourde. "J’ai alors décidé de créer Nyxoah à partir d’une feuille blanche", fait valoir Robert Taub. "On s’est dit qu’il fallait quelque chose de plus simple."

L'électronique à l'extérieur du corps

La société a été portée sur les fonts baptismaux en Belgique. "Mais j’ai dû aller en Allemagne et en Israël pour trouver les ingénieurs. L’innovation technologique de Nyxoah, entre autres, c’est d’avoir dissocié les électrodes de l’implant et de la batterie. L’électronique intelligente est à l’extérieur du corps". Le fondateur a apporté 18 millions et entraîné ensuite dans l’aventure des industriels allemands de renom comme Jürgen Hambrecht, ex-CEO de BASF, et Uwe Wascher, ancien vice-président de GE, décédé récemment. La Région wallonne a mis sur la table 5 millions. Ensuite, sont arrivés en 2016 les premiers « venture capitalists » (les Hollandais de Gilde Healthcare), puis les entreprises du secteur médical: Cochlear, un groupe coté à Sydney, rejoint début 2020 par ResMed, le numéro un de l’apnée du sommeil.

"J’ai même dû devenir CEO pendant un an et demi."
Robert Taub
Fondateur et Président de Nyxoah

Comme beaucoup d’autres sociétés du secteur médical et de la biotechnologie, Nyxoah a connu des hauts et des bas. "J’ai même dû devenir CEO pendant un an et demi", souligne Robert Taub. Aujourd’hui, elle est en passe de s’imposer. "C’est une indication blockbuster que l’on traite avec du medtech/healthtech, car l’apnée est un problème physique: la langue bloque la trachée pendant le sommeil."

"J’ai toujours mis mon argent dans ces sociétés", conclut l’entrepreneur. "A mes risques. Je ne suis pas actionnaire passif. Je participe aussi à l’IPO. Si je mets mon argent aujourd’hui dans Nyxoah, c’est parce que je sais que lorsqu’on aura en 2023 l’approbation de la FDA, la société vaudra au moins le double de l’IPO. Peut-être même avant ce délai. Je ne me fais pas de souci."

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