Sauvée par ses investisseurs chinois, Promethera vise la Bourse de Hong Kong

Promethera a entamé une étude clinique en Europe pour évaluer l'efficacité de son produit candidat dans l’insuffisance hépatique aiguë (ACLF). ©Thierry du Bois

A court d'argent, la biotech wallonne a frôlé la catastrophe. Après le départ du CEO, ses investisseurs chinois sont venus à la rescousse et veulent la propulser sur la Bourse de Hong Kong dans un an. Une première pour une entreprise belge.

"Toutes les biotechs traversent des passes difficiles et doivent se refinancer régulièrement. Mais il est vrai que sans le support des investisseurs chinois, nous étions en faillite ." Fondateur et longtemps chef médical et scientifique de Promethera Biosciences, Etienne Sokal ne cache pas que la biotech wallonne, spécialisée dans la thérapie cellulaire pour les maladies du foie, vient de passer par le chas de l’aiguille. Il y a deux semaines, le  CEO, John Tchelingerian, et le directeur financier, Bertrand Lellouche, ont quitté sans crier gare l’entreprise de Mont-Saint-Guibert. Le président du conseil d'administration, l'Américain Charles Dimmler, a lui aussi rendu son tablier. Et de vilaines rumeurs ont commencé à circuler.

Que s’est-il donc passé au sein de cette société, considérée comme une des entreprises emblématiques du monde des sciences du vivant du sud du pays ? "Après la levée de fonds de 47 millions de fin 2019, l’intention était d’aller en bourse à Tokyo", rappelle Etienne Sokal, qui fait désormais partie d'un triumvirat provisoire à la tête de la biotech, dont l'actionnariat est très international, avec une forte présence japonaise. "Mais les banquiers d’affaires japonais ont estimé que la société n’était pas prête et cela a été reporté. Avec le Covid, cela ne s’est finalement pas fait et l'entreprise s'est retrouvée en mars dans une situation financière difficile."  

"Après la levée de fonds de 47 millions de fin 2019, l’intention était d’aller en bourse à Tokyo. Cela ne s'est finalement pas fait."
Etienne Sokal
Fondateur de Promethera

En juin, Co-High Investment Management, une société de gestion d’actifs de Hong Kong qui était investisseur dans le round précédent, vole une première fois au secours de la biotech belge en amenant un partenaire chinois, le holding d’investissement Hao Tian, qui apporte 5 millions d'euros. Hao Tian était prêt à remettre 5 autres millions si Promethera trouvait de son côté un complément de 10 millions. "Mais le management n’y est pas parvenu. Il a démissionné au mois d’août et nous nous sommes retrouvés dans une situation d’urgence" poursuit Etienne Sokal. Le CEO démissionnaire, John Tchelingerian, n'a pas pu être joint par L'Echo.

Arrêter l'hémorragie

A nouveau, les investisseurs chinois, qui ne possèdent pourtant que quelques pourcents, ont dû reprendre les choses en main. "Ils sont venus de Hong Kong - avec une quarantaine à Londres - pour sauver l’entreprise. Ils auraient pu la laisser tomber. Non, ils croient au projet même si nous connaissons des problèmes", raconte de son côté Alain Parthoens, du fonds Vesalius Biocapital, un des principaux actionnaires de Promethera. Un nouveau comité exécutif composé d'Etienne Sokal, d’Alain Parthoens et de Zimeng  Dong (CEO de Co-High) a été nommé en urgence afin d’exercer collectivement la fonction de CEO. Le manager de Co-High a débarqué en Belgique accompagné d'une directrice exécutive, Charlotte Poon, qui a repris temporairement les finances de la société en main et s'applique à arrêter l’hémorragie financière. "Heureusement, nous avons une équipe de management intermédiaire très compétente et motivée", explique encore Etienne Sokal. Toutes les opérations de la sociétés sont maintenues. Seules six personnes - sur 120 en Belgique - sont parties, mais il s’agissait de doublons ou de postes qui n’étaient pas essentiels.  

Ouvrir la voie pour d'autres biotechs belges

Quelle sera maintenant la stratégie de sortie de crise et de relance? "Nous partons du principe que nous aurons une IPO sur Hong Kong à la mi-2021 ou au Q3 2021", répond Zimeng  Dong. "A Hong Kong, la valeur d’entrée en bourse d’une société de ce type est nettement supérieure à ce qu’on peut attendre sur Euronext ou même sur le Nasdaq. Hong Kong est devenue la deuxième place mondiale après le Nasdaq en termes de levées de fonds pour des sociétés de biotechnologie. Nous pouvons lever à Hong Kong suffisamment de moyens pour poursuivre les développements de la société pour aller jusqu’aux premières ventes du produit", souligne encore le manager chinois.  "Ce sera la première société belge à aller sur la place de Hong Kong. Nous pensons que cela va ouvrir une voie pour les autres entreprises biotechnologiques belges qui cherchent des alternatives pour lever des fonds en Asie", note-t-il. Car lorsqu'une société d'un pays a réussi à décrocher son agrégation pour la Bourse de Hong Kong, il est nettement plus facile pour d'autres de suivre.

"Ce sera la première société belge à aller sur la place de Hong Kong."
Zimeng Dong
CEO de Co-High

Mais dans l'immédiat, la société wallonne, qui n'est pas encore tirée d'affaire, devra lever de 15 à 20 millions. "Ensuite, on fera appel à des fonds de cross-over pour aller jusqu’à l’IPO.  Des contacts sont déjà établis", ajoute Alain Parthoens.

Plusieurs études cliniques

Sur le plan clinique, une étude a démarré dans plusieurs pays d'Europe pour évaluer l'efficacité du produit candidat HepaStem dans l’insuffisance hépatique aiguë compliquant une maladie chronique du foie (ACLF). Ce syndrome létal correspond à une aggravation brutale de la maladie s’accompagnant de la défaillance d’un ou plusieurs autres organes. "Il s'agit d'une phase 2B pivotale qui peut nous amener à une autorisation conditionnelle. C'est un protocole reconnu comme très robuste sur 360 patients pour arriver à la mise sur le marché du produit", fait valoir Etienne Sokal. Une deuxième étude est prévue au Japon, avec un nombre de patients plus limité, mais avec un chemin accéléré vers une autorisation conditionnelle. Enfin, un troisième essai clinique est également dans les cartons pour la Chine. La liste des projets de l'entreprise ne s'arrête pas là, puisque Promethera possède également dans son pipeline d'autres indications - dont la NASH, aussi appelée maladie du foie gras - ainsi qu'un autre produit candidat, un traitement par anticorps pour les maladies hépatiques, récupéré lors du rachat de la société suisse Baliopharm.

Cette stratégie asiatique des responsables de Promethera s'explique par la disponibilité des capitaux, mais également en raison de la prévalence des maladies du foie sur ce continent. La région Asie-Pacifique abrite en effet certains des taux d’incidence et de mortalité des maladies du foie les plus élevés au monde. "Les thérapies cellulaires sont mieux acceptées en Asie . Il y a une sorte d’enthousiasme. C’est une bonne raison d’y aller. C’est l’Asie qui sauvera Promethera, pas les USA ni l’Europe, même si l'Europe y contribuera", conclut Alain Parthoens.

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