AstraZeneca a dû mettre les essais de son vaccin sur pause

Le vaccin développé par AstraZeneca a été choisi par l'Europe et la Belgique pour lutter contre la pandémie du Covid-19. ©AFP

À l'issue d'une maladie développée chez un des patients participant aux essais du vaccin expérimental d'AstraZeneca, les travaux ont été suspendus le temps d'une analyse. Il a toutefois été déterminé ce mercredi que cette maladie n'était pas liée au vaccin.

C’ est le premier incident de parcours recensé dans la course au vaccin contre le Covid-19: le géant pharmaceutique anglo-suédois AstraZeneca, partenaire industriel de la prestigieuse université britannique Oxford, a détecté en juillet dernier un potentiel effet indésirable grave chez un participant aux essais cliniques de son vaccin expérimental contre le Covid-19, ce qui a entraîné la suspension de ses études cliniques.

La maladie s’est au final avérée sans rapport avec le vaccin. Cette pause dans les essais a sans doute retardé l’un des projets occidentaux parmi les plus avancés avec ceux des sociétés américaines Moderna et Pfizer. Chaque groupe pharmaceutique est en train de recruter des dizaines de milliers de volontaires afin de vérifier que les doses sont sûres et qu’elles empêchent les personnes vaccinées de tomber malades du Covid-19.

Calendrier des essais

"Il s'agit d'une action de routine qui doit se produire chaque fois qu'il y a une maladie potentiellement inexpliquée dans l'un des essais."
AstraZeneca

AstraZeneca a expliqué que cette suspension des essais a permis l’examen (toujours en cours) de toutes les données par un comité indépendant. Le groupe aura tenté de faire réaliser cet examen au plus vite pour réduire un maximum tout impact potentiel sur le calendrier des essais.

La maladie en question se révèle être une sclérose en plaques.

Un cas de myélite transverse

"En 1976, le vaccin contre la grippe porcine a entraîné plusieurs cas de polyradiculonévrite aiguë."
Michel Goldman
Professeur d'immunologie à l'ULB

Professeur d’immunologie à l’ULB et président de la fondation AstraZeneca de soutien à la recherche, Michel Goldman a évoqué pour sa part un cas de myélite transverse (démenti ultérieurement par la firme), en rappelant qu’à ce stade, rien ne démontrait la responsabilité du vaccin dans le déclenchement de la maladie. «Il s’agit maintenant de s’assurer que le vaccin n’a pas déclenché la production d’anticorps toxiques pour des cellules nerveuses.»

D’après Michel Goldman, il existe un précédent où une relation de cause à effet a été établie entre une campagne de vaccination et la survenue d’une maladie neurologique auto-immune: «En 1976, le vaccin contre la grippe porcine a entraîné plusieurs cas de polyradiculonévrite aiguë, autrement appelée syndrome de Guillain-Barré», dit-il.

Effet boule de neige

La suspension devrait aussi avoir des conséquences sur les essais cliniques d’autres vaccins d’AstraZeneca, ainsi que sur les essais cliniques conduits sur des vaccins contre le Covid-19 par d’autres laboratoires pharmaceutiques.

Neuf grands laboratoires américains et européens ont promis dans la foulée de respecter les règles scientifiques en vigueur lors des tests en cours ou à venir en vue de la mise au point de vaccins contre le coronavirus. Une preuve de l’enjeu politique de cette course au vaccin.

Fabrication à Seneffe

Précisons que le vaccin d’AstraZeneca est le fruit d’un partenariat avec la société française Novasep, qui produit à Seneffe, des vecteurs viraux. Un des éléments cruciaux de ce futur vaccin est donc produit en Belgique.

La firme pharmaceutique a déjà prévendu des centaines de millions de doses à de multiples pays, plus qu’aucun de ses concurrents. La Commission européenne a ainsi déjà signé un premier contrat avec AstraZeneca pour l’achat de 300 millions de doses de vaccin anti-Covid. La Belgique s’est associée à ce projet, destiné aux États membres de l’UE et à des pays tiers sous forme de dons.

Si la Commission donne son feu vert au vaccin, le royaume recevra 7,5 millions de doses destinées à 3,75 millions de personnes, la vaccination se faisant avec deux doses.

300
millions de doses
La Commission européenne a déjà signé un premier contrat avec AstraZeneca pour l'achat de 300 millions de doses de vaccin.

Le contretemps d’AstraZeneca a été annoncé quelques heures avant que l’Union européenne n’annonce un autre accord préliminaire pour obtenir 200 millions de doses d’un potentiel vaccin développé par l’alliance germano-américaine Biontech/Pfizer. L’UE a aussi conclu des accords pour avoir accès aux éventuels vaccins de Sanofi-GSK, Johnson & Johnson, CureVac et Moderna. Réagissant à l’annonce d’AstraZeneca, la ministre de la Santé a assuré que ce vaccin était un candidat parmi d’autres contre le Covid-19.

«La Commission européenne a demandé aux États membres de la suivre» dans une approche européenne centralisée pour la mise au point d’un vaccin, a expliqué Florent Baudewyns, porte-parole de Maggie De Block. «La Belgique s’inscrit dans cette initiative. On ne sait pas encore quel vaccin sera efficace ni lequel arrivera en premier. La Commission négocie avec plusieurs firmes. Si ce n’est pas AstraZeneca, ce sera une autre.» Sciensano et le Conseil supérieur de la santé espèrent un vaccin en Belgique pour le mois de mars.

«La vaccination permettra d’obtenir le plus rapidement possible, le plus efficacement possible et de manière sûre une immunité au niveau personnel et au point de vue collectif», juge l’infectiologue Yves Van Laethem, qui voit dans la suspension des essais d’AstraZeneca le fruit d’une «procédure banale», preuve d’un «suivi correctement effectué».

De Block: "Si ce n'est pas AstraZeneca, ce sera une autre firme"

La ministre de la Santé a réagit ce mercredi en expliquant que le vaccin d'AstraZeneca était un candidat vaccin parmi d'autres contre le coronavirus.

"La Commission européenne a demandé aux États membres de la suivre" dans une approche européenne centralisée pour la mise au point d'un vaccin, a expliqué Florent Baudewyns, porte-parole de Maggie De Block. "La Belgique s'inscrit dans cette initiative. On ne sait pas encore quel vaccin sera efficace, le quel arrivera en premier. La Commission négocie avec plusieurs firmes. Si ce n'est pas AstraZeneca, ce sera une autre."

Objectif: mars

Sciensano annonce espérer un vaccin en Belgique pour le mois de mars. Le Conseil supérieur de la santé a aussi prévu en mars et avril que les groupes cibles recevront les premières doses de vaccin.
Dans l'attente, il est important de respecter les gestes barrières. "La vaccination permettra d'obtenir le plus rapidement possible, le plus efficacement possible et de manière sûre une immunité au niveau personnel et au point de vue collectif", a déclaré Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole.
Les études actuelles se font sur des dizaines de milliers de personnes. "On estime que pour chacun des vaccins arrivés à un stade avancé de la maladie, ces études vont couvrir entre 30.000 et 90.000 personnes pour obtenir une preuve de l'efficacité du vaccin."

Yves Van Laethem voit dans la suspension temporaire des essais d'AstraZeneca le fruit d'une "procédure banale",preuve d'un "suivi correctement effectué, même pour les vaccins qui sont préparés plus rapidement que les vaccins classiques". "D'ici là, il est probable que d'autres pays aient un vaccin avant, tant en Europe qu'aux États-Unis".

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