portrait

Stéphane Bancel, à portée de seringue d'un vaccin contre le Covid

Dirigée par le Français Stéphane Bancel, la biotech américaine Moderna s'apprête à lancer la phase finale des tests cliniques d'un vaccin contre le Covid-19.

En mars dernier, la biotech américaine Moderna Therapeutics avait été la première au monde à lancer des tests cliniques d'un vaccin contre le Covid-19. Le 27 juillet prochain, la phase finale de ces essais permettra de tester l'efficacité d'un vaccin en conditions réelles. Les résultats préliminaires sont prometteurs.

Si Moderna a pris une longueur d'avance sur les autres, elle le doit à l'audace et à la rapidité de réaction de son CEO, le Français Stéphane Bancel, qui a fondé la société en 2011. Dès janvier, celui-ci avait surpris son staff en claironnant qu'il fallait mettre au point un vaccin contre le coronavirus, alors circonscrit à la Chine. Les faits lui ont donné raison.

"Notre laboratoire mise sur une stratégie innovante, fondée sur l'ARN messager."
Stéphane Bancel
CEO de Moderna Therapeutics

La suite, c'est la mise au point à vitesse accélérée d'un vaccin. Les premiers tests cliniques de phase 1 démarrent le 16 mars auprès de 45 personnes, à Seattle. "Notre laboratoire mise sur une stratégie innovante, fondée sur l'ARN messager", explique Stéphane Bancel au Figaro.

Contrairement à de nombreux vaccins qui inoculent au patient une version désactivée du virus, l'ARN messager permet d'envoyer un message au corps pour qu'il fabrique lui-même ses anticorps, permettant ainsi de déclencher une réponse immunitaire.

Peu bavard

Si Moderna connaît un essor spectaculaire, sa communication déficiente, dans les publications scientifiques notamment, a déjà suscité plus d'un froncement de sourcils. En 2016, une enquête du site américain d'information scientifique Stat pointait la culture du secret entretenue par son CEO, un homme décrit comme "dévoré par l'ambition". Ce à quoi Stéphane Bancel rétorque que les traitements en cours de développement vont "changer le monde" lorsqu'ils seront au point.

63 jours au lieu de 20 mois

"Pour le Sras (en 2003, NDLR), il avait fallu 20 mois entre la disponibilité de la séquence génétique du virus et le démarrage des premiers essais cliniques. Pour le Covid-19, nous avons mis 63 jours. C'est lié à la technologie de Moderna, qui est très innovante", expliquera Stéphane Bancel à la télévision canadienne.

Place donc à la dernière phase. Si les résultats sont à nouveau positifs, Moderna espère disposer dès cet automne d'un vaccin qui pourrait, dans un premier temps, être administré à des groupes limités, par exemple les personnels de santé.

Grosse fortune

L'essor de Moderna a permis à son CEO de se constituer un joli bas de laine. En 2019, Stéphane Bancel a fait son entrée au classement des 500 plus grandes fortunes de France établi par le magazine Challenges. Cette année, il se retrouve à la 66e place, avec 1,45 milliard d'euros. Cotée depuis 2018, l'action Moderna progresse régulièrement. Et Stéphane Bancel possède 9% des parts.

Passage en Belgique

A 47 ans, Stéphane Bancel peut se prévaloir d'une expérience de 25 ans dans le monde pharmaceutique. Son diplôme en génie chimique et biomoléculaire en poche, il est engagé à 22 ans chez BioMérieux, le spécialiste français du diagnostic, où il devient directeur marketing et vente au Japon.

Il effectue ensuite un petit détour chez Eli Lilly, au Royaume uni puis aux États-Unis. Avant de prendre, en juin 2004, la direction générale d'Eli Lilly Belgique. En 2007, il retourne chez BioMérieux où il devient directeur général délégué.

20
projets
A ce jour, Moderna développe une vingtaine de projets de traitements.

CV Express

  • Naissance en 1973
  • Diplômes: génie chimique et biomoléculaire (Ecole centrale de Paris et Université du Minnesota), MBA (Harvard)
  • 1995: directeur marketing de BioMérieux au Japon
  • 2002: rejoint Eli Lilly
  • 2004-2006: directeur général de Eli Lilly Belgique
  • 2007-2011: directeur général délégué de BioMérieux
  • Depuis 2011: CEO de Moderna

Régulièrement sollicité par des chasseurs de têtes qui lui proposent des postes chez de gros acteurs, Stéphane Bancel surprend son monde en participant au lancement d'une petite biotech à Cambridge, près de Boston. À ce moment-là, Moderna ne compte qu'un salarié et n'a aucun produit à proposer.

Mais l'ingénieur qu'il est a tout de suite perçu le potentiel de la technologie de l'ARN messager (mRNA) que développe Moderna. Ce "logiciel de la vie", comme l'appelle son patron fondateur, permet à la biotech de cibler un large éventail de pathologies (diabète, cancer, maladies rares). À ce jour, une vingtaine de projets de traitements sont en cours de développement.

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