Takeda va créer cent emplois à Lessines

©Kristof Vadino

Nouveau fleuron du groupe japonais, l’usine belge est spécialisée dans les thérapies dérivées du plasma. Elle cible des maladies rares aujourd’hui mieux diagnostiquées.

À l’instar d’autres acteurs du secteur pharmaceutique et des sciences du vivant, Takeda engage en Belgique. Le groupe japonais, qui vient de racheter Shire, a en effet mis la main avec cette opération sur une importante implantation à Lessines, dont les responsables prévoient de recruter une centaine de nouveaux collaborateurs en 2019.

Ce site a toute une histoire: il faisait partie à l’origine de l’usine de Baxter, qui avait créé une activité biotechnologique. Celle-ci a été scindée définitivement de Baxter en 2015 pour devenir Baxalta. La biotech américaine a ensuite été reprise en 2016 par le laboratoire britannique Shire, basé à Dublin. Et en janvier 2019, Takeda a lui-même repris les activités de Shire, ce qui a fait passer Lessines et son millier de collaborateurs sous pavillon japonais. Avec cette opération, le groupe japonais estime s’être hissé au passage à la cinquième place des employeurs du secteur pharma en Belgique.

Un site stratégique

Le site de production hennuyer est focalisé sur les maladies rares. Il s’agit d’un centre d’excellence pour la purification de produits immunologiques, avec des capacités au niveau remplissage et emballage. Ces produits permettent de traiter les problèmes de déficiences immunitaires primaires. Il possède aussi des capacités d’emballage pour des produits biologiques, qui servent essentiellement pour le traitement de l’hémophilie.

Au sein du groupe Takeda, il existe six sites de production dans le réseau des thérapies dérivées du plasma. Mais dans ce réseau, il n’y a que deux unités à faire de la purification et du remplissage: Lessines et une autre usine aux Etats-Unis (en Géorgie). C’est un site extrêmement stratégique pour le groupe étant donné sa taille et vu qu’il délivre des produits vers plus de 80 pays, dont les Etats-Unis et la Chine.

50 milliards €
Le groupe japonais a déboursé plus de 50 milliards d’euros pour reprendre Shire, signant ainsi la plus grosse acquisition de sa longue histoire.

"En 2018, nous avons recruté 257 personnes, dont 102 recrutements externes, 92 en interne qui ont changé de fonction et 63 contrats temporaires, explique Pierre Dorignaux, site Head et VP, Head of Manufacturing & Supply. Pour 2019, 35 personnes ont déjà signé un contrat Takeda sur le site de Lessines et il y a 64 positions ouvertes pour des fonctions avec des profils scientifiques et techniques. Ceci dans le domaine de la production, de la maintenance, de l’engineering, de la qualité et de la logistique", se réjouit-il.

L’entreprise engage de nouveaux profils pour faire face à une solide augmentation des activités immunologiques et hématologiques. "Entre 2016 et 2024, nous observons une croissance de 6,7% de la demande globale en produits immunologiques, poursuit Pierre Dorignaux. Lorsqu’on regarde spécifiquement Takeda, on observe une augmentation de 10,2% sur cette même période. Il y a une croissance importante, qui nous pousse à recruter des collaborateurs, mais aussi à investir. Nous investissons en effet dans la construction de nouvelles capacités de production qui permettent de purifier, de remplir et d’emballer plus de produits, mais également une nouvelle protéine plasmatique".

Laurent Henaux, nouveau directeur général de Takeda Belgique. ©Kristof Vadino

Cette augmentation de la demande est fortement liée à l’amélioration des diagnostics pour les maladies rares. Une grande partie (80%) de celles-ci sont des maladies héréditaires et l’entreprise a beaucoup investi dans la formation des médecins pour pouvoir les détecter plus rapidement et, donc, pouvoir traiter plus rapidement les patients. "Dès qu’un patient est diagnostiqué avec une maladie rare, comme une déficience immunitaire primaire, il est traité à vie, précise encore Pierre Dorignaux. Parce qu’il lui manque des protéines dans le sang qui lui permettent d’être protégé avec une réponse immunitaire. Nous agissons aujourd’hui pour être prêt dans les années à venir car la tendance est là."

Dans le top 10 mondial

Maladie de Crohn

Takeda a essuyé un refus avec le produit-phare de TiGenix en Belgique

Nul n’est prophète en son pays. L’Alofisel, le traitement-phare de la biotech belgo-espagnole TiGenix, rachetée début 2018 par Takeda pour 520 millions d’euros, connaît des difficultés de mise sur le marché en Belgique. La Commission de remboursement des médicaments (CRM), qui intervient comme organe consultatif pour le ministre des Affaires sociales en ce qui concerne le remboursement de spécialités pharmaceutiques, a en effet recalé le produit de TiGenix/Takeda, un traitement des fistules périanales touchant les patients atteints de la maladie de Crohn. "Le rapport entre les coûts de l’assurance et la valeur thérapeutique (incertaine) est inacceptable", a jugé la commission. Sans remboursement, ce traitement coûteux n’a aucune chance d’être distribué dans notre pays.

L’Alofisel avait reçu en 2018 le feu vert de la Commission européenne pour sa mise sur le marché. Mais l’étape suivante, le remboursement du médicament, doit être franchie dans chaque pays séparément. Le traitement avait déjà essuyé un refus similaire en 2018 au Royaume-Uni. En revanche, il a été approuvé dans d’autres pays, dont l’Allemagne et l’Autriche.

Pour la Belgique, Takeda a donc entrepris une étude supplémentaire, dont les résultats seront disponibles en 2022. "Nous allons trouver une solution. Nous croyons en la valeur de notre produit pour les patients, commente Laurent Henaux, nouveau directeur général de Takeda Belgium. Nous avons eu des discussions et le dossier a été retardé. Chaque pays suit une procédure différente. La Belgique est souvent plus exigeante que les autres pays".

La nouvelle maison mère de Lessines a déboursé plus de 50 milliards d’euros pour reprendre Shire, signant ainsi la plus grosse acquisition de sa longue histoire (Takeda revendique 237 ans d’existence). "C’est un gros rachat, qui est en train de transformer Takeda et qui fait doubler son chiffre d’affaires dans le monde, commente de son côté Laurent Henaux, le nouveau directeur général de Takeda Belgique. L’opération nous propulse dans le top 10 des labos au niveau mondial et nous renforce aux USA, alors que nous y étions peu présents. Il y a une complémentarité très forte au niveau géographique, des indications thérapeutique avec quasiment aucun chevauchement au niveau portefeuille mais aussi des mentalités."

La recherche du groupe japonais est axée sur les domaines thérapeutiques de l’oncologie, de la gastro-entérologie et désormais, des maladies rares. "Cela correspond bien à la philosophie de Takeda, qui est d’innover dans des aires thérapeutiques où il y a des besoins importants non couverts, avec le souci de travailler pour améliorer la qualité de vie des patients", précise Laurent Henaux.

Avant de reprendre Shire, Takeda, qui compte par ailleurs environ 130 employés à Bruxelles, avait commencé l’internationalisation de son activité en reprenant le suisse Nycomed en 2011 et l’américain Ariad en 2017.

Le groupe japonais est également venu faire ses emplettes en Belgique, où il avait été contraint de fermer son usine de Molenbeek il y a quatre ans (une centaine d’emplois). C’est Takeda qui a en effet acquis début 2018 la biotech belgo-espagnole TiGenix (ci-contre) pour 520 millions d’euros. Le laboratoire nippon a par ailleurs pris une participation dans une autre biotech belge, Univercells, une société qui développe des systèmes de production de vaccins à bas prix.

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