interview

"UCB a 10 molécules en phase 1 ou 2, ce qui est sans précédent"

©Thomas Ost

A l'occasion de la publication des derniers résultats, le CEO d'UCB, Jean-Christophe Tellier, revient sur l'incident qui a fait plonger le cours de l'action de l'entreprise. Un accident de parcours qui, selon lui, n'hypothèque en rien les bonnes perspectives de la société.

Des problèmes de sécurité sont apparus lors d'un essai de phase III pour Evenity (romosozumab), votre traitement contre les fractures pour les personnes atteintes d'ostéoporose. Quel pourrait-être le scénario le plus sombre?

C’est difficile à dire. La méthodologie d’un essai thérapeutique doit normalement, grâce au hasard, faire en sorte que tout ce qui n’est pas le produit est bien réparti dans les deux groupes. La seule différence entre les deux groupes, c’est que l’un est exposé à un traitement que vous voulez tester, par rapport à un autre groupe qui est lui exposé soit au placebo, soit à un traitement de référence. Dans la grande majorité des cas, tout est donc équivalent dans les deux groupes. Mais dans certains cas, le hasard peut ne pas bien faire les choses et créer cette différence comme si elle était due au produit. C’est donc ce qu’on est en train de tester. Dans le cas le plus sombre, la différence que nous avons observée est peut-être liée au produit. Mais aujourd’hui, on ne le sait pas. Dans ce cas-là, il faudra donc évaluer quelle sera le bénéfice par rapport au risque. Le rapport bénéfice-risque va être évalué par les agences et nous sommes confiants que même dans ce cas-là, le rapport restera positif.

Ce qui veut dire ?

De notre point de vue, le bénéfice est très fort. Pour la première fois, on est capable de reconstruire de l’os dans une physiologie normale. Plus on vieillit, plus les risques de fracture, et donc la mortalité, augmentent. La proposition de valeur de ce produit dans la prévention et dans la capacité à réduire notamment la deuxième fracture quand une première fracture est arrivée, est extrêmement importante pour la société. Si le problème est lié au produit, il faudra bien définir les populations de patients pour lesquels il sera pertinent de donner ce produit, car il s’agira d’un produit extrêmement efficace. Et dans le cas le plus positif, s’il s’agit d’une coïncidence qui est due au hasard et pas au produit, nous garderions l’avantage complet d’une efficacité extrêmement forte et même supérieure à nos attentes.

Les signaux sont plutôt positifs, selon vous ?

Oui. L’étude " Arch ", qui a vu cet écart entre les deux populations, était une étude avec 4.000 patients. Or, l’année passée, nous avons eu une étude avec 7000 patients et il n’y avait aucun écart entre les populations. Ce ne sont que des signaux, les preuves ne sont pas là. C’est la raison pour laquelle on engage des discussions avec la FDA et puis avec l’agence européenne, pour voir avec eux quelle est la meilleure façon de mettre le produit sur le marché. On a un délai avec la FDA , l’enregistrement en Europe suis son cours comme prévu. On a aussi déposé au Japon et au Canada.

Les réactions du marché à cet incident de parcours ont été très fortes…

Oui, c’était une surprise complète et les marchés n’aiment pas les surprises, surtout quand elles sont négatives. Les signaux comme ceux-là sont parfois liés au produit et cela a un impact négatif pour le produit ; mais parfois ils ne le sont pas et c’est le temps qui l’évalue. Oui, on a été pénalisés par le marché, mais ce que j’espère, c’est que le temps va rassurer petit à petit le marché. Notre objectif, c’est faire en sorte qu’on ait une photo aussi réelle que possible. Vous savez aussi que le marché réagit immédiatement, qu’il y a des effets d’amplification, d’interprétation…

Sur le long terme, nous sommes très confiants sur le fait que nous allons retrouver un environnement plus favorable. Nous avons un bon portefeuille de produits, on se focalise sur l’innovation, nous investissons dans la recherche et le développement, on démontre que nos produits sont bien différenciés en terme d’efficacité.

UCB dispose pour l’instant de moins de produits. Est-ce que cela n’augmente pas les risques ?

On est un peu dans une phase de transition. Aujourd’hui, nous sommes concentrés sur deux domaines thérapeutiques, l’immunologie et la neurologie (principalement l’épilepsie et Parkinson). Ce qui fait qu’on s’appuie pour l’instant sur quatre produits pour assurer notre croissance. Nous en sommes très heureux, on a promis au marché au moins 3,1 milliards d’euros pour la fin de la décennie. Nous sommes très confiants sur le fait que l’on devrait y arriver. Mais à l’avenir effectivement, il faudra s’appuyer sur plus de 4 produits pour assurer notre croissance. Nous pensons que les domaines dans lesquels nous sommes sont suffisamment vastes pour générer un pipe-line riche. Nous avons 10 molécules différentes en phase 1 ou 2, ce qui est sans précédent chez UCB ! Toutes ne vont pas générer un traitement, mais cela va générer un portefeuille plus riche.

Où en êtes-vous avec votre directeur scientifique?

Le départ à la retraite d’Ismail Kola était prévu. Nous organisons la transition de sa succession. Il ne siège plus au sein de notre Comité de Direction, mais son départ effectif est prévu d’ici la fin de l’année. Il y a eu deux faits, mais sans lien entre les deux. Dans l’étude pour le romosozumab, ce qui était prévisible est encore plus positif que ce qu’on prévoyait et ce qui est arrivé ne pouvait par contre pas être prévu. Notre directeur scientifique ne pouvait pas prévoir cela.

Pour son successeur, on regarde. C’est important pour la société, car nous sommes sur une stratégie d’innovation. Mais ce n’est pas nécessairement urgent ni compliqué. On a envie d’avoir avec nous quelqu’un qui va accélérer la prochaine phase. On a un pipe-line qui s’est bien renforcé sous la direction d’Ismail Kola. Maintenant, il faut traduire ce pipe-line en médicaments et accélérer l’évolution de notre portefeuille, de notre science et de notre plate-forme technologique. Car nous sommes dans une période extrêmement riche au niveau de la science, avec de nouvelles façons de produire des médicaments. On a de nouvelles pistes pour traiter des pathologies comme on en a jamais eu avant.

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