Les géants de la pharma US échappent au procès du siècle

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Les principaux fabricants de médicaments américains jugés en tant que responsable de la mort de 400.000 personnes en 20 ans. En cause, les médicaments opiacés vendus sous ordonnance mais qui deviennent addictifs.

631 milliards
dollars
La crise a coûté au moins 631 milliards de dollars entre 2015 et 2018.
La crise des opiacés fait encore actuellement quelque 130 morts par jour.
En Belgique, la consommation des opiacés en augmentation

Même si elle reste très largement en dessous de la consommation américaine, les ventes d’opiacés en Europe ne cessent d’augmenter. Dans les mêmes proportions en fait qu’outre-Atlantique. En d’autres termes, on consomme aujourd’hui quatre fois plus de ces puissants antidouleurs qu’il y a 20 ans.

Les Etats-Unis restent très largement en tête de cette consommation avec plus de 32.300 doses prescrites chaque jour. Mais ce classement, la Belgique n’en est pas loin, avec quelque 15.000 doses prescrites.

Depuis 2010, la consommation d’opioïdes n’a cessé de croître chez nous, ainsi que le constatent depuis plusieurs années déjà les Mutualités chrétiennes de même que l’Inami. Un facteur explicatif à cette croissance importante (une trentaine de pourcents sur moins de 10 ans): la prescription des feanatyl et autre tramadol ne se limite plus aujourd’hui aux patients atteints d’un cancer, mais les médicaments dérivés de la morphine ont tendance à se généraliser pour soigner d’autres pathologies non cancéreuses comme des maux de dos, des douleurs articulaires ou des fibromyalgies par exemple.

C’est cette généralisation de l’utilisation de ces médicaments, parfois assez puissants qui inquiète les mutuelles ou l’Inami. Le nombre d’utilisateurs d’opioïdes sans cancer a augmenté de plus de 30% depuis 2010. Et de 17% pour les usagers chroniques, chez qui le risque d’accoutumance est le plus élevé.

Si on constate, selon les chiffres des Mutualités chrétiennes, une assez nette disparité régionale, elle a tendance à se réduire, constate Joëlle Delvaux, porte-parole. Plus d’un Wallon sur 10 a déjà absorbé des médicaments opiacés sur prescription, pour moins de 8% à Bruxelles et en Flandre. Mais là encore, selon les chiffres de progression, la Flandre pourrait rattraper rapidement son retard. La consommation y a augmenté de 45% depuis 2010, pour 18% en Wallonie.

C’est un immense procès qui devait s’ouvrir ce lundi à Cleveland. Sur le banc des accusés, on devait trouver des géants américains de la pharmacie et de la distribution. Ils sont accusés d’avoir attisé la crise des opiacés et d’avoir ainsi provoqué des dizaines de morts par overdose chaque jour aux États-Unis.

Quatre acteurs, à savoir Teva Pharmaceutical, McKesson, Cardinal Health et AmerisourceBergen, y échapperont partiellement.  Ils ont conclu un accord de 260 millions de dollars in extremis, quelques heures avant le procès et pour deux comtés seulement. Ces accords de dernière minute remettent en question la tenue de ce procès qui s’annonçait fleuve, mais ils ne règlent pas totalement la question pour autant.

Des négociations ont été entamées avec l’ensemble des sociétés pointées du doigt telles que Johnson & Johnson, Purdue (qui s’est placé sous la protection de la loi sur les faillites pour échapper aux dommages), Walgreen Boots Alliance, etc. Un montant de 50 milliards de dollars – 22 milliards en cash et 28 milliards en médicaments et services – avait été évoqué pour mettre fin aux 2.600 poursuites enregistrées à travers le pays.

Montant trop faible

Une ultime tentative de conciliation avait échoué vendredi, mais l’accord de ce lundi pourrait relancer les discussions. Quatre États étaient favorables à cet accord, mais d’autres, ainsi que de nombreux petits plaignants, n’étaient satisfaits ni du montant total ni de la partie distribuée en cash. Certains États voulaient voir l’argent versé dans leur budget général afin d’en disposer librement.  D’autres voulaient pouvoir traiter directement les conséquences de la crise avec cet argent. Certains experts affirmaient encore que le montant de l’accord n’aurait représenté qu’une partie seulement du coût réel de cette épidémie des opiacés. " Tous les experts ayant étudié ce problème estiment que notre pays sera confronté aux retombées de ce type de drogues pendant des années", a souligné la semaine passée le procureur général de l’Ohio, Dave Yost. " Tout l’argent récupéré doit être utilisé pour régler ce problème et ne doit pas être utilisé à autre chose."

Une étude publiée la semaine dernière estime que la crise a coûté au moins 631 milliards de dollars entre 2015 et 2018. Pour cette année seulement, des montants de 172 à 214 milliards de dollars sont évoqués.

400.000 décès en 20 ans

Quelque 400.000 personnes sont décédées entre 1998 et 2017 à cause de la surprescription d’opiacés. La crise des opiacés fait encore actuellement quelque 130 morts par jour.

Le procès rassemble donc 2.300 plaignants, des États, des comtés, des municipalités ainsi que des tribus indiennes.

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