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Alliance belge pour produire le "médicament le plus rare du monde"

La médecine nucléaire évolue de plus en plus du diagnostic au thérapeutique. ©UZ Leuven

IBA s'allie au Centre de recherche nucléaire de Mol pour développer et produire l'Actinium-225, un nouveau radio-isotope qui présente des perspectives significatives dans le traitement du cancer.

Après les immunothérapies, l'ARN messager ou les anticorps monoclonaux, le vocabulaire médical associé à la lutte contre le cancer va probablement s'enrichir dans les prochaines années d'un nouveau terme: la radio-théranostique. Une stratégie de traitement extrêmement prometteuse qui combine l'approche thérapeutique et le diagnostic en médecine nucléaire.

La radio-théranostique s’appuie sur l’utilisation de radio-isotopes qui, lorsqu’ils se désintègrent, émettent un rayonnement qui permet de localiser précisément et de détruire les cellules cancéreuses.

L'Actinium-225 est très peu disponible et les sociétés pharmaceutiques travaillent actuellement avec du lutétium, un sous-produit des centrales nucléaires.

Parmi ces isotopes, un des plus porteurs d'espoir est l’Actinium-225, du fait de ses caractéristiques: il a de très bonnes capacités à tuer les cellules cancéreuses, mais dans un rayon très court, limité à quelques cellules cancéreuses tout en épargnant les tissus sains environnants. Par ailleurs, sa demi-vie (10 jours) facilite la gestion logistique et permet une distribution centralisée.

Mais bien qu'il soit connu depuis un certain temps, l'Actinium-225 est très peu disponible et les sociétés pharmaceutiques travaillent actuellement avec du lutétium, un sous-produit des centrales nucléaires, moins performant. La production actuelle d'Actinium-225 ne permettrait de traiter qu’une poignée de patients annuellement. D'où son surnom parfois entendu de "médicament le plus rare au monde".

Cet élément prometteur mais quasiment indisponible actuellement a attiré l'attention de deux acteurs belges du monde des radio-isotopes, la société brabançonne IBA et le Centre belge de Recherche Nucléaire (SCK-CEN), qui ont dévoilé mercredi un accord en vue de développer et de produire l'Actinium-225.

Ce partenariat stratégique de R&D consiste en une évaluation approfondie de la faisabilité technique et économique du projet. En fonction des résultats de cette première phase, SCK CEN et IBA prévoient d'entreprendre la construction et la mise en service d'une unité de production sur le site de SCK CEN à Mol.

"On a le potentiel pour développer des solutions à grande échelle pour la production de cet isotope qui, s’il devient réalité, pourrait être très demandé."
Olivier Legrain
CEO d'IBA

"Nous pensons avoir mis au point une technique de production de l’actinium-225, qui pourrait être une solution à l’émergence de nouveaux types de théranostique" explique Olivier Legrain, le CEO d'IBA. "En mêlant nos compétences, on pense que l’on a le potentiel pour développer des solutions à grande échelle pour la production de cet isotope qui, s’il devient réalité, pourrait être très demandé. L’accord porte sur la mise au point de ce procédé pour éventuellement, dans un deuxième temps, jouer le rôle de CDMO dans le monde de l’Actinium-225".

Un cycle assez rapide

Selon le patron de l'entreprise spécialisée dans les technologies des accélérateurs de particules, la période de recherche devrait être un cycle assez rapide dans la mesure où IBA "sait assez bien ce qu’il faut faire, c’est-à-dire lever rapidement une série d’incertitudes sur le procédé. Dans les six mois, on devrait pouvoir décider si on a effectivement une solution élégante, qui sera un vrai avantage compétitif. Tout cela devrait alors mener à ce qu’on propose au marché, de façon naturelle, des radio-isotopes qui seraient de loin la meilleure solution".

La technologie qu'IBA compte adopter sera une nouvelle version du rhodotron, un accélérateur d’électrons, qui est utilisé aujourd’hui pour stériliser les équipements médicaux. Le rhodotron est une technologie propre à la société, sur laquelle la société n’a pas de concurrence.

Un futur blockbuster

Olivier Legrain croit fermement en l'avenir de ce nouveau produit. "On est ici sur un marché pharma avec un traitement qui est considéré par les acteurs du secteur comme un blockbuster" souligne encore le patron d'IBA. "On pense que ces médicaments arriveront sur le marché en 2025/2026. Mais on doit prendre les décisions aujourd’hui. Car les big pharma doivent sécuriser leur supply chain avant de lancer leurs essais cliniques. Et ils ont d’ailleurs besoin, pour lancer ces essais cliniques, d’avoir accès à des productions. Nous sommes sur des partenariats stratégiques et financiers qui devront se faire dans les 18 à 24 mois qui viennent".

10
Milliards USD
Le directeur général de Novartis estime "que cela pourrait ouvrir un marché de plus de 10 milliards de dollars pour la prochaine décennie".

L'une des sociétés les plus avancées dans ce secteur est Novartis, qui a achevé le développement d'un traitement contre le cancer de la prostate fondé sur la médecine nucléaire, qui réduit le risque de décès de 38% par rapport aux soins standard. Vas Narasimhan, le directeur général de Novartis, a indiqué au Financial Times qu'il estimait "que cela pourrait ouvrir un marché de plus de 10 milliards de dollars pour la prochaine décennie". D'autres recherches approfondies et de nombreuses études sont en cours. Elles portent à la fois sur les cancers à forte prévalence, notamment les cancers du poumon, du côlon, du sein, du pancréas, du sang (leucémie et autres formes plus rares) et du rein, mais aussi sur des formes de cancers plus rares comme le glioblastome, le cancer du cerveau le plus mortel.

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