Univercells prêt à bousculer la production de vaccins avec sa plate-forme NevoLine

©Kristof Vadino

La biotech carolo Univercells a terminé la mise au point de sa plate-forme de production pour un vaccin contre la polio à bas prix, un projet qui avait reçu en 2016 un financement de 12 millions de dollars de la fondation Bill & Melinda Gates.

Elle répond au nom de NevoLine et ses trois parties, de la taille d’une grosse armoire chacune, peuvent tenir ensemble dans un simple container: la plate-forme de production de vaccins à bas prix de la biotech wallonne Univercells est – quasiment – prête à l’emploi.

"La NevoLine permet une production plus sûre, rapide et confinée avec une empreinte au sol minime".
José Castillo
Directeur scientifique d'Univercells

Créée en 2013 par Hugues Bultot (CEO) et José Castillo (directeur technique), Univercells s’est donné pour ambition d’aider à la production de médicaments à bas prix afin de rencontrer les besoins médicaux non satisfaits, notamment dans les pays en développement. Un objectif de santé qui a séduit la Fondation Bill & Melinda Gates, laquelle avait accordé en décembre 2016 une subvention de 12 millions de dollars à l’entreprise wallonne afin qu’elle développe une plateforme pour produire des doses de vaccins antipolio dix fois moins chères que ce qui existe actuellement.

Deux ans plus tard, le but est atteint. En innovant sur l’architecture du processus, la NevoLine "permet une production plus sûre, rapide et confinée avec une empreinte au sol minime", a fait valoir vendredi José Castillo, lors d’une présentation à Nivelles de la plate-forme, en présence de Willy Borsus, le ministre-président wallon. Selon lui, "une usine conçue avec quatre unités NevoLine pourra délivrer jusqu’à 50 millions de doses de vaccin antipoliomyélitique inactivé trivalent par an à moins de 0,30 euro la dose". "Le tout pour un investissement évalué à 20 millions d’euros, contre 100 à 300 millions d’euros pour des installations classiques de production de vaccins", a précisé de son côté Hugues Bultot.

De nouvelles installations

La NevoLine a été conçue par un consortium réunissant Univercells, le néerlandais Batavia Biosciences pour la partie développement du processus de fabrication du vaccin polio, et Merck Millipore (Natrix) pour la membrane de purification. Son assemblage a été réalisé dans les nouvelles installations nivelloises d’Univercells, dont le site principal se trouve à Gosselies, dans le Biopark. Le secret de l’engin? "Une membrane tridimensionnelle fibreuse" qui remplace les encombrants bioréacteurs où s’effectue la mise en culture des agents pathogènes, explique José Castillo. À partir du moment où cette première étape prend moins de place et nécessite moins de manipulations, le reste du processus peut lui aussi être rapetissé. Même les procédures de sécurité pourront être allégées, puisqu’il y aura moins de manipulations humaines, l’homme étant le vecteur du virus de la polio.

Hugues Bultot (CEO, à gauche) et José Castillo (directeur technique) ©Kristof Vadino

Maladie fortement infectieuse, la poliomyélite reste très redoutée à cause des terribles paralysies qu’elle occasionne. Incurable, elle peut toutefois être prévenue facilement par un vaccin. Au niveau mondial, le nombre de cas a diminué de 99%. Mais bien qu’étant en voie d’éradication, la polio n’a pas complètement disparu pour autant. De très nombreuses personnes infectées par le virus ne sont pas malades et ne présentent aucun symptôme. La vaccination reste donc indispensable pour éviter une résurgence. Or, "les capacités de production sont insuffisantes et les coûts de production restent trop élevés. Fournir un vaccin inactif par injection à une capacité suffisante et à des prix abordables est donc nécessaire pour maintenir l’éradication", souligne encore José Castillo, en rappelant qu’on distingue "trois souches de poliovirus sauvage". Ce qui nécessite la fabrication de trois vaccins en un.

Quatre millions supplémentaires

«Il s’agit d’amener la plate-forme polio le plus loin possible avant le choix de ces futurs partenaires»
Hugues Bultot
CEO d'Univercells

Reste que si la NovoLine est techniquement prête à produire, il y a encore quelques étapes à franchir. Il s’agit maintenant de développer le processus de fabrication à grande échelle en vue d’applications cliniques et commerciales. À cet effet, la Fondation Bill & Melinda Gates vient d’accorder une rallonge de 4 millions de dollars à Univercells. Celle-ci ne commercialisera pas elle-même le vaccin contre la polio mais fournira sa plate-forme à des partenaires pharmaceutiques. Et des études seront nécessaires pour garantir la sécurité du vaccin avant sa mise sur le marché, même si celles-ci seront beaucoup moins lourdes que les traditionnels essais cliniques. "Il s’agit d’amener la plate-forme polio le plus loin possible avant le choix de ces futurs partenaires", indique Hugues Bultot.

Fin de l’histoire? Pas du tout. Au contraire même. Car la direction d’Univercells doit maintenant décider si elle pourrait éventuellement assurer elle-même la fabrication des plates-formes ou la céder à quelqu’un d’autre. Et puis surtout, il y a les autres cibles. La biotech wallonne travaille au développement d’autres applications pour la NevoLine, qui peut en effet être utilisée pour la production de vaccins différents.

Univercells a bénéficié en juillet 2018 d’un tour de financement de série B de 16 millions d’euros auquel a participé comme investisseur principal Global Health Investment Fund (GHIF), un fonds new-yorkais d’impact, mis sur pied à l’origine par une certaine fondation Gates. Une levée de fonds qui doit permettre de développer un vaccin existant en rupture chronique d’approvisionnement, comme la rage, la rougeole, les oreillons, la fièvre jaune… Il s’agira d’un vaccin Univercells, développé à l’initiative complète de la société carolo, mais qui sera lui aussi licencié à des acteurs internationaux.

Vers un troisième financement

Dans le même temps, la Fondation Gates a elle aussi décidé de choisir une deuxième cible après la polio, en l’occurrence pour un vaccin non rentable qui ne retient plus l’attention des groupes pharmas. Univercells devrait donc recevoir à ce sujet un troisième financement de la fondation créée par le milliardaire américain et son épouse. La biotech wallonne devrait communiquer sur le choix de ces deux prochains vaccins dans le courant de l’année.

Et ce n’est pas tout. Univercells s’est également lancé, avec le soutien financier de la Région wallonne, dans la mise au point d’une deuxième plate-forme, dont le développement est moins avancé.

Technologiquement un peu différente de la NevoLine, elle sera dédiée à la production à faible coût de "biosimilaires". Un biosimilaire est un médicament biologique qui contient une version d’une substance active d’un médicament biologique déjà autorisé et dont le brevet est tombé dans le domaine public.

Il s’agira plus précisément d’anticorps monoclonaux contre les cancers et d’autres molécules destinées aux maladies orphelines, comme la polyarthrite rhumatoïde ou la maladie de Crohn. Toujours avec le même souci: réduire considérablement les besoins en infrastructure, afin de diminuer les coûts des traitement de façon drastique.

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