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interview

Vers une IPO ou un partenariat stratégique pour iTeos Therapeutics

©Anthony Dehez

La spin-off de l’UCL iTeos Therapeutics a collecté quelque 64 millions d’euros, signant l’une des levées de fonds les plus importantes jamais réalisées dans le milieu universitaire en Europe. Coïncidence: Michel Detheux, le CEO et cofondateur de cette société carolo, a effectué une partie de sa carrière chez Ogeda, une autre biotech très en vue.

La levée de fonds que vous venez de réaliser a été plus tardive et plus importante que ce que vous aviez annoncé…

Oui, c’est un effort total qui a pris 18 mois. Mais il était important d’attirer des investisseurs de premier plan. Ici, les trois nouveaux investisseurs, HBM Partners, 6 Dimensions Capital et Curative Ventures, pèsent chacun 1,5 milliard de dollars! Ils sont réellement dans le top mondial. Nous n’avions pas de risque au niveau de notre position cash et j’ai donc préféré prendre le temps d’attirer des acteurs qui, avec l’aide des investisseurs historiques et de la Région, allaient faire passer iTeos à un niveau de classe mondiale.

"Faire un tour de 64 millions d’euros uniquement avec des investisseurs locaux, je n’y suis pas parvenu."

Le développement de la société se fait plutôt avec des investisseurs étrangers. C’était ce que vous aviez imaginé?

Le développement se fait avec des investisseurs qui ont les moyens et les ressources suffisantes. J’ai été très heureux de la participation des investisseurs belges. Maintenant, faire un tour de 64 millions d’euros uniquement avec des investisseurs locaux, je n’y suis pas parvenu. Bien que j’ai essayé.

Ce qui explique que cela a pris plus de temps…

Vous connaissez l’environnement belge. Nous n’avons pas de fonds qui pèsent 1,5 milliard de dollars. Les fonds belges sont excellents, très sophistiqués et font des analyses très fines. Mais ils doivent faire avec les moyens qu’ils ont. Ils ne peuvent pas faire des engagements financiers où il s’agit de mettre 30 ou 35 millions d’euros dans une seule société.

CV express

Formation Bio-ingénieur et biochimiste (UCL), business/management (Solvay). Postdoc à Glasgow et pendant le service militaire.

1995-2005 Cadre chez Euroscreen (Ogeda).

2006-2010 Fonde et gère Euroscreen Fast, business unit d’Euroscreen

2010-2012 Partenaire à l’Institut Ludwig pour la Recherche contre le Cancer

2012 Cofondateur avec le Professeur (UCL) Benoît Van den Eynde d’iTeos Therapeutics, dont il est le CEO. Installée dans le Biopark de Gosselies, iTeos compte 40 employés.

De nombreuses sociétés travaillent dans le domaine de l’immunothérapie du cancer. Quelle est l’approche d’iTeos en la matière?

Il y a des centaines de sociétés actives en immuno-oncologie, dont certains acteurs belges comme Celyad. C’est un domaine extrêmement compétitif. En immuno-oncologie, on essaie d’éduquer le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et puisse attaquer la tumeur. À partir du savoir-faire de l’institut De Duve de l’UCL et de l’Institut Ludwig pour la recherche sur le cancer (LICR), nous avons développé une expertise qui nous permet d’identifier des mécanismes mis en place par les tumeurs pour échapper au système immunitaire et pouvoir se développer. On cible ce qu’on appelle le micro-environnement tumoral. Nous avons ciblé ces mécanismes avec des approches et une stratégie qui nous permettent de développer des médicaments supérieurs à ceux développés par nos compétiteurs. C’est plus un savoir-faire qu’une technologie.

Quelles indications allez-vous cibler en premier lieu?

Le programme phare, qui cible un récepteur appelé adénosine A2A, va entrer en phase clinique cette année. Il sera centré tout d’abord sur ce qu’on appelle les tumeurs solides: tumeurs du poumon, de la vessie, du rein, de la peau… Le deuxième programme, qui cible une protéine appelée Tigit, est un programme que nous allons tout d’abord développer sur des tumeurs hématologiques, les cancers du sang. Par après, nous allons sans doute le développer en partenariat sur des tumeurs solides.

Quelle est la raison de la création d’une implantation à Boston?

J’ai vérifié récemment: il y a environ 1.900 sociétés biotechs en Europe. Rien qu’à Boston, il y en a 1.500. Il y a donc presque autant de sociétés biotechs à Boston que dans l’Europe. Avec en plus une série d’investisseurs sur la côte est entre New York et Boston qui sont parmi les plus importants au monde dans le domaine de la biotech. Il y a aussi les banques qui sont expertes dans les entrées en Bourse. Et les sociétés pharmaceutiques sont pour la plupart également localisées sur un rayon de 200 km. Si vous voulez vous développer et devenir un acteur de classe mondiale, vous devez jouer sur le terrain où cela se passe. Et dans le domaine de l’immuno-oncologie, cela se passe à Boston.

Comment va se passer l’articulation entre Gosselies et Boston?

Nous allons développer de manière très ambitieuse les activités en Belgique. Les investisseurs, que ce soit le lead américain, l’investisseur suisse ou l’investisseur chinois, ont voulu investir non seulement dans le potentiel clinique de nos programmes les plus avancés, mais également dans le potentiel de notre équipe en "drug discovery" pour développer de nouveaux programmes dans notre portefeuille. Cet ancrage wallon va être renforcé. Nos opérations précliniques vont aussi se réaliser en Belgique, ainsi que la gestion des opérations cliniques en Europe.

L’équipe aux Etats-Unis va être chargée d’assurer la visibilité pour la préparation du futur tour de financement, que ce soit une IPO ou une collaboration stratégique avec une ou des entreprises pharmaceutiques. Il s’agira également de gérer les opérations cliniques aux Etats-Unis, où il y a beaucoup de centres qui sont parmi les meilleurs au monde dans notre domaine.

Je répète qu’une IPO n’est qu’une option parmi d’autres pour le futur financement de la société. Une collaboration stratégique avec une entreprise pharmaceutique, dans laquelle nous gardons des moyens de contrôle importants sur nos futurs programmes, est une autre possibilité.

Une entrée en Bourse avait été évoquée il y a quelques années. Pourquoi ne pas l’avoir réalisée directement?

La valorisation de la société est beaucoup plus importante quand vous avez non seulement des investisseurs de tout premier plan mais également quand vos programmes sont au stade clinique. Pour avoir ces deux conditions-là, il est important de faire un tour intermédiaire. MPM Capital, qui est notre investisseur de référence, considère que ce tour de 64 millions d’euros, qui est l’un des plus importants jamais réalisés en Europe par une entreprise préclinique et le plus important réalisé en Belgique jusqu’à ce jour, n’est qu’un tour de cross over, un tour qui prépare à l’IPO.

Mais je répète qu’une IPO n’est qu’une option parmi d’autres pour le futur financement de la société. Une collaboration stratégique avec une entreprise pharmaceutique, dans laquelle nous gardons des moyens de contrôle importants sur nos futurs programmes, est une autre possibilité. Parce que cela permet également d’obtenir beaucoup de cash, tout en gardant le contrôle du futur du programme et en ayant un partenaire solide qui permet d’étendre de manière importante la stratégie clinique.

Quelle sera l’importance de votre représentation aux USA?

Nous aurons 3 à 5 personnes d’ici la fin 2018 et une dizaine de personnes supplémentaires l’année prochaine. Mais on restera dans cet équilibre-là, avec l’essentiel des forces et les fondations de la société en Wallonie.

Vous restez à Gosselies?

Non. Je vais déménager aux USA avec ma famille. Le directeur financier va prendre la direction du site belge. C’était un des éléments importants dans le financement d’iTeos de voir le CEO s’installer aux USA pour développer la visibilité de la société sur place et interagir avec les acteurs de premier plan pour préparer la prochaine étape de financement. Mais je reviendrai en Belgique de manière régulière.

Le tissu biotech wallon pourrait-il atteindre une masse critique suffisante pour que l’on puisse tout garder et tout faire chez nous?

C’est mon espoir. Un des premiers éléments qui doit permettre d’accélérer cette dynamique est la constitution de fonds d’investissement qui seront beaucoup plus importants que ceux que l’on a pour le moment. Je pense qu’il est essentiel que l’on ait un fonds d’investissement qui pèse 350 à 500 millions d’euros. Nous n’avons pas d’équipes financées à de tels niveaux, à l’exception de GIMV, qui a un positionnement un peu différent et qui ne peut pas être considéré comme un acteur de la biotech.

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