Vésale Bioscience ouvre son capital et vise la bourse

Jehan Liénart, le fondateur et CEO de Vésale Pharma, veut mettre les technologies de phagothérapie développées par son entreprise à la disposition du plus grand nombre.

Restructurée en trois entités, Vésale Pharma ouvre le capital de celle dédiée à la phagothérapie à de nouveaux investisseurs. Une IPO est prévue dans les trois ans.

Dire que Vésale Pharma a souffert de la crise sanitaire serait sans doute un peu exagéré. Le groupe pharmaceutique centré sur les probiotioques termine l'année avec une progression plutôt confortable de 11,5% de son chiffre d'affaires pour 2020. Mais ceci ne doit pas masquer les difficultés rencontrées à l'aube de l'année écoulée. Au premier trimestre 2020, le chiffre d'affaires avait reculé de près de 25% et la production, essentiellement située en Italie, avait été totalement paralysée.

Mais cette période de ralenti forcé a été mise à profit pour repenser la structure de l'entreprise et son portefeuille de produits. Particulièrement dans la foulée du contrat très important passé avec la Défense belge au sujet de la phagothérapie, sous l'égide de la Région wallonne.

Structure à trois pieds

Le groupe Vésale s'articulera donc autour de trois entités. Vésale Pharma, la branche d'origine, reste active dans le développement et la commercialisation de probiotiques. Un accord de commercialisation mondial (hors USA) d'une nouvelle souche a d'ailleurs été signé avec la prestigieuse université américaine UCLA en février 2020.

10
millions d'euros
Vésale Bioscience finalise actuellement un appel de fonds de plus de 10 millions d'euros. De nouveaux investisseurs privés entreront au capital de cette branche.

Vésale Superbiotics se focalise sur les technologies propres au développement de probiotiques pour Vésale Pharma, mais aussi pour des tiers. Avec pour objectif de recherche la mise au point d'enveloppes de protection des probiotiques sensibles à la chaleur ou à l'humidité.

Enfin, Vésale Bioscience abrite les recherches sur la phagothérapie. Vésale travaille sur les phages depuis quelques années déjà, mais le contrat signé avec la Défense il y a un an a donné un coup d'accélérateur à ces recherches en phagothérapie. À tel point que Vésale Bioscience finalise actuellement un appel de fonds de plus de 10 millions d'euros. De nouveaux investisseurs privés entreront au capital de cette branche.

À moyen terme, soit dans les deux à trois ans, Vésale Bioscience devrait faire son entrée en bourse dans le cadre d'une IPO. Jehan Liénart, le fondateur et CEO de Vésale Pharma devrait rester majoritaire du groupe et de ses entités.

"D'après les prévisions de l'OMS, la résistance aux antibiotiques sera l'une des principales causes de mortalité dans le monde en 2050."
Jehan Liénart
CEO de Vésale Pharma

Tueurs de bactéries

Pour mémoire, les phages sont des organismes vivants, tueurs de bactéries, qui offrent une alternative très prometteuse aux antibiotiques. "D'après les prévisions de l'OMS, la résistance aux antibiotiques sera l'une des principales causes de mortalité dans le monde en 2050", affirme Liénart. Avec une facture qui se chiffre en milliards de milliards de dollars. Le seul staphylocoque doré, fléau des hôpitaux, provoque aujourd'hui des hospitalisations longues, des handicaps et bien souvent la mort du patient.

Développée surtout dans l'URSS de l'après-guerre, la phagothérapie a mis longtemps à arriver en Occident, guerre froide oblige. Depuis, l'armée belge faisait office d'unité de recherche pilote pour l'Otan, dans le cadre d'une éventuelle guerre bactériologique. Les équipes de la Défense sont donc particulièrement à la pointe dans l'utilisation des phages, reconnus officiellement comme médicaments par l'Union européenne en 2011.

"Notre phagogramme doit permettre de choisir au mieux les phages à utiliser pour tel type de bactéries."
Jehan Liénart

La Belgique est par ailleurs plutôt avancée au niveau réglementaire puisque les traitements par phagothérapie sont reconnus sur prescription magistrale. La technique fait d'ailleurs partie des priorités du gouvernement actuel en matière de santé.

Phages de synthèse

Dans le cadre de son partenariat avec la Défense, Vésale Bioscience travaille surtout sur la mise au point d'une forme sèche de ces destructeurs de bactéries vivants et a déposé des brevets d'un phagogramme. "Cette machine doit permettre de choisir au mieux, dans une bibliothèque la plus grande possible, les phages à utiliser pour tel type de bactéries. Plus la thérapie est ciblée, moins on risque des phénomènes de résistance", explique Liénart. À terme, la technologie pourrait permettre de concevoir des phages synthétiques par adjonction d'ADN.

"L'idée est d'arriver à individualiser au maximum le traitement. Certains phages ont une action de masse, mais pas tous", poursuit Liénart. Les brevets déposés pour le phagogramme associent des techniques et des appareils déjà présents en milieu médical à des algorithmes qui permettront de cibler de mieux en mieux les thérapies.

Par ailleurs, Vésale Bioscience s'est dotée d'une charte d'entreprise à mission. Cette vision va plus loin encore que les principes de la responsabilité sociétale des entreprises, puisqu'elle vise à mettre ses technologies à la disposition du plus grand nombre. "Nous n'allons pas devenir une ASBL ou une ONG pour autant. Mais cette vision d'un apport au bien-être de la société sous-tend notre démarche", insiste Jehan Liénart.

Le résumé

  • Vésale Pharma s'entoure de deux sociétés sœurs pour y loger des activités connexes aux probiotiques.
  • Vésale Bioscience se focalise sur la phagothérapie, alternative solide aux antibiotiques dans la lutte contre les bactéries les plus résistantes.
  • Bioscience s'ouvre à de nouveaux investisseurs à hauteur de plus de 10 millions d'euros, en prévision d'une IPO dans les trois ans.
  • Jehan Liénart gardera le contrôle du capital.

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