18 millions pour lutter contre l'apnée du sommeil

©BELGA

La société wallonne Nyxoah développe un implant destiné à lutter contre l'apnée obstructive du sommeil. Elle se donne les moyens de boucler les dernières études cliniques en Europe. Le processus d’approbation aux Etats-Unis viendra ensuite.

Un nouvel acteur wallon se profile dans le petit monde des dispositifs médicaux, plus discret en Wallonie que celui des biotechnologies. Créée en 2009 par l’entrepreneur en série Robert Taub, la société Nyxoah voit se préciser la perspective d’une entrée sur le marché. Il lui reste pour cela à franchir un dernier cap d’essais cliniques après ceux déjà réalisés en Allemagne et dans la clinique du sommeil de l’hôpital universitaire d’Anvers (UZA). C’est dans ce but que l’entreprise basée à Mont-Saint-Guibert vient de boucler une augmentation de capital de 18 millions d’euros. Un apport d’argent frais qui doit lui permettre également de lancer le processus d’obtention du marquage CE et d’approbation par la FDA, le régulateur américain.

Le marquage CE, label qui autorise les sociétés à commercialiser leurs produits en Europe, est espéré pour le début 2018. La procédure américaine, plus fastidieuse, ne devrait pas être achevée avant la fin 2019.

Nyxoah – un patronyme gréco-israelien signifiant "oiseau de nuit" – a fait de l’apnée obstructive du sommeil son cheval de bataille. Cette pathologie, causée par un affaissement de la langue dans la trachée qui obstrue le passage de l’oxygène, est potentiellement dangereuse: les patients les plus touchés peuvent faire jusqu’à 30 apnées par heure, avec pour conséquence de la fatigue, des migraines, voire de l’hypertension et des troubles cardiovasculaires. Dans les pays occidentaux, plus de 5 millions de personnes souffrent d’apnée obstructive du sommeil. Le marché mondial pèse plus de 5 milliards d’euros.

36 millions €
Avec la nouvelle levée de 18 millions, la start-up porte ses capitaux propres à 36 millions.

La société belgo-israélienne – le centre de recherche est basé à Tel Aviv – pousse plus loin le développement de technologies alternatives au classique masque respiratoire, facile à utiliser mais peu confortable. Deux sociétés – Inspire, une spin off du géant américain des dispositifs médicaux Medtronic, et ImThera – se sont déjà lancées dans la production de neurostimulateurs qui stimulent le muscle de la langue pour empêcher l’encombrement des voies respiratoires.

Une pièce de monnaie

Contrairement à ses concurrentes qui ont opté pour un appareil dont l’installation nécessite une intervention chirurgicale, Nyxoah a poussé au maximum la miniaturisation. L’implant souple et inerte qu’elle a mis au point a la taille d’une pièce de monnaie. Facilement implantable par une petite incision sous le menton (20 minutes d’intervention en ambulatoire), il est en outre dépourvu de batterie: l’énergie est apportée par un adhésif jetable que l’on place sur le dessous du menton au moment du coucher.

La levée de fonds qui vient d’être bouclée, la troisième depuis 2004, doit permettre à l’entreprise de parachever les préparatifs à son entrée sur le marché. "La prochaine augmentation de capital servira à lancer la phase de commercialisation en Europe et à poursuivre les études cliniques aux Etats-Unis, où le processus est plus long", explique Fabian Suarez, directeur financier de Nyxoah.

Les 18 millions de capitaux frais viennent s’ajouter aux 18 millions apportés jusqu’ici par Robert Taub et par des industriels – Jürgen Hambrecht, ex-CEO de BASF, Uwe Wascher, ancien vice-président de General Electric, et plus récemment un membre de la famille Solvay. La SRIW s’est jointe à la nouvelle augmentation de capital, dont l’investisseur principal est le fonds de capital-risque néerlandais Gilde Healthcare, spécialisé dans les biotechnologies et les technologies médicales. Le fonds Novallia, filiale de la Sowalfin dédiée au soutien des projets d’innovation des PME wallonnes, a pour sa part octroyé un prêt subordonné.

Cet apport de fonds s’accompagne d’un changement à la tête de Nyxoah. À 68 ans, le CEO Robert Taub s’apprête à passer la main. Le 1er septembre prochain, c’est l’Espagnol Enrique Vega qui tiendra les rênes de l’entreprise. Peu connu chez nous, il peut se targuer d’une grande expérience dans le monde de l’appareillage médical. Il a passé cinq ans chez l’Américain St Jude Medical et trois ans chez LivaNova (pacemakers).

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