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La "biotech valley" wallonne s'étend

©REUTERS

Plus lentes à la détente que leurs homologues flamandes, les biotechs wallonnes rattrapent leur retard. Elles emploient aujourd’hui 16.000 personnes. Et leur essor n’est pas terminé.

"Deux sociétés biotechnologiques wallonnes entrées en Bourse en un an et demi, cela n’a rien de banal." Pour Olivier Vanderijst, le patron de la SRIW, la société wallonne d’investissement, la politique mise en place au sud du pays, qui favorise l’émergence de sociétés innovantes grâce aux pôles de compétitivité, démontre toute sa pertinence avec l’entrée en Bourse réussie de Cardio3 Biosciences et de Bone Therapeutics (lire p. 35).

9,1 milliards €
Les exportations wallonnes de produits (bio) pharmaceutiques, qui ont dépassé les 9 milliards d’euros en 2013, ont encore progressé de 10% au premier semestre 2014.

En un peu plus de dix ans, la Belgique s’est taillé une réputation mondiale dans les biotechnologies. Notre pays compte aujourd’hui plus de 300 entreprises (essentiellement des start-up et des PME) dans un secteur où il est numéro quatre mondial en termes d’investissements en recherche par entreprise.

Les entreprises flamandes, servies par un réseau d’investisseurs à risque plus étoffé, ont longtemps tenu le haut du pavé. Après un petit retard à l’allumage, la Wallonie est en train de combler son retard. Elle compte aujourd’hui 140 entreprises actives dans ce secteur de pointe.

Au tour de qui?

D’autres pépites pointent à l’horizon

Avec Bone Therapeutics, Cardio3 et Promethera, la Wallonie voit se profiler des sociétés de pointe dans l’utilisation des cellules souches permettant de restaurer les fonctions d’un organe malade. Elles n’ont pas encore vendu un produit, mais elles attirent déjà.

Derrière ces trois figures de proue se cachent de nombreuses pépites, au développement moins avancé, mais potentiellement créatrices de valeur grâce à leurs innovations. Novadip Biosciences, un spin off de l’UCL, s’est elle aussi lancée dans la reconstruction des os, mais à partir de cellules-souches puisées dans les graisses du patient. Les premiers essais cliniques devraient être bouclés d’ici la fin 2016.

Dotée d’un capital de 3 millions d’euros, complété par un subside à la recherche de 6 millions d’euros de la Région wallonne, iTeos Therapeutics est déjà un cran plus loin. La collaboration stratégique nouée fin 2014 avec Pfizer doit lui permettre d’accélérer le développement et la commercialisation de ses "immunomodulateurs", des molécules qui stimulent la capacité du système immunitaire à s’attaquer aux cellules cancéreuses.

Nyxoah, elle, a mis au point un implant minuscule, facile à insérer, qui stimule le muscle de la langue et évite ainsi l’apnée obstructive du sommeil. Il y en a bien d’autres. iSTAR Medical (traitement du glaucome), Cardiatis (maladies cardiovasculaires), Ovogenics (traitement des allergies)…. : autant de noms dont on reparlera. 

Le plan Marshall lancé en 2005 et réajusté depuis lors n’y est pas étranger. Mais il n’explique pas à lui seul l’essor des biotechnologies au sud du pays. "La Wallonie dispose aujourd’hui d’un écosystème favorable aux entreprises innovantes, explique Olivier Vanderijst. Outre la présence de gros acteurs comme UCB ou GSK, elle bénéficie d’un tissu universitaire et de chercheurs de qualité, d’une mise en réseau des acteurs grâce au pôle de compétitivité BioWin, qui permet des échanges de compétences et du soutien de la Région wallonne à la R&D."

16.000 emplois

Les chiffres sont là pour en témoigner. En 2013, les entreprises du secteur actives en Wallonie pesaient ensemble 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employaient 16.000 personnes, un chiffre en augmentation constante depuis 2005. Elles ont exporté pour 9,1 milliards d’euros, pour une balance commerciale positive de 2,4 milliards.

Un petit bémol: si les compétences en recherche sont là pour booster l’émergence de nouvelles sociétés, la taille des acteurs reste assez réduite. "Le potentiel serait plus grand encore si on avait la possibilité d’ancrer la société grâce à un apport substantiel de capitaux étrangers", estime Eric Nys, partenaire chez Deloitte spécialisé dans les biotechs et la santé.

Cet avis n’est guère partagé côté wallon. "On se trouve dans le champ thérapeutique, un secteur qui nécessite de gros apports en capitaux avant de pouvoir accéder au marché et de créer de la valeur", dit Frédéric Druck, directeur général ad interim de BioWin. Et du côté des partenaires publics, on tient à ce que les centres de décision restent chez nous.

Pour favoriser la croissance de ce biotope, il faut renforcer les clusters et consolider l’écosystème des fonds spécialisés, autrement dit favoriser l’émergence de nouveaux acteurs. "Les fonds étrangers examinent plus volontiers un dossier quand un fonds spécialisé est déjà présent. L’exemple de Promethera, soutenue par des fonds étrangers comme Mitsui Global Investment ou Boehringer Ingelheim Venture Fund, est très parlant à cet égard", souligne le patron de la SRIW.

Pour lui, une entrée en Bourse permet d’obtenir une masse importante de capitaux sans perte du centre de décision. "Le succès boursier rassure sur la capacité de convertir en projet industriel des recherches cliniques ou universitaires", affirme Frédéric Druck.

Un rachat par de grands laboratoires est-il donc à écarter? Pas nécessairement, estime Eric Nys, qui cite l’exemple de GSK. "En 1986, SmithKline Beecham n’était pas grand-chose, mais elle a eu la chance d’avoir derrière elle un gros acteur de la pharmacie. Sans cela, il est impossible de se développer dans une activité qui consomme beaucoup de capitaux". Ce n’est pas la voie choisie à ce jour par les trois biotechs wallonnes les plus en pointe. Une entrée en Bourse de Promethera est du reste inéluctable.

©MEDIAFIN

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