La pépite wallonne OncoDNA séduit AvH

©rv

La pépite wallonne entre dans la cour des plus grands avec l’aide d’investisseurs professionnels: le holding flamand AvH, la SRIW, CPH et InVentures. OncoDNA, c'est le "Facebook des oncologues".

Jusqu’ici, OncoDNA était présentée comme une jeune pépite wallonne, une de ces start-ups qu’on cite comme ayant un beau potentiel. L’an dernier, elle a d’ailleurs été couronnée "Entreprise prometteuse de l’année" par E&Y et L’Echo. Depuis hier, la PME créée en 2012 par Jean-Pol Detiffe est entrée dans une nouvelle dimension. Ses actionnaires historiques ont accueilli un nouveau groupe d’investisseurs professionnels et, ensemble, ils ont augmenté le capital de la société basée à Gosselies de 7,7 millions d’euros pour le porter à 8,8 millions. De nouveaux moyens importants pour grandir et transformer sa base de données OncoShare en un "Facebook des oncologues".

"Durant la procédure de due diligence, AvH a interviewé un grand nombre d'oncologues participant à notre base de données, ce que nous n'avions jamais fait", souligne Jean-Pol Detiffe, fondateur et CEO d'OncoDNA. ©Debby Termonia

Les nouveaux actionnaires d’OncoDNA sont la Sofinim, filiale du holding flamand coté Ackermans & van Haaren (AvH), le holding public wallon SRIW, le Crédit Professionnel du Hainaut (CPH) et InVentures, le fonds de capital à risque lié à la plateforme de crowdfunding MyMicroInvest. Ils ont souscrit aux nouvelles actions de concert avec les anciens actionnaires, parmi lesquels figurent Sambrinvest, Bio.be (lié à l’Institut de Pathologie et de Génétique, IPG), l’ancien CEO de GSK Jean Stéphenne, le serial entrepreneur François Blondel ainsi que le fondateur Jean-Pol Detiffe. À l’issue de cette opération enregistrée jeudi, AvH devient le premier actionnaire avec 15% du capital.

Patients jumeaux

OncoDNA est surtout connue dans le grand public pour avoir mis au point deux tests de mesure des tumeurs cancéreuses basés sur l’analyse protéique ou de l’ADN du patient: OncoDeep, qui permet de dessiner le profil personnalisé de chaque tumeur au départ d’une biopsie, et OncoTrace, qui permet de suivre l’évolution de la tumeur au départ d’une simple prise de sang. La société collabore avec l’IPG, qui prend en charge les analyses en laboratoire.

"La solution ne peut pas venir d’un seul labo ou d’un seul pays, mais de partout. C’est la force d’OncoDNA."
Jean Stéphenne
président DE OncoDNA

Son activité se déploie toutefois bien au-delà: OncoDNA a lancé une plateforme virtuelle, baptisée OncoShare, qui centralise toutes les données des patients (cancers métastatiques) tout en offrant une aire de dialogues et de documentation aux médecins. Un des atouts de ce système expert est qu’il permet aux oncologues de rechercher dans la base de données des "patients jumeaux" des leurs: des personnes présentant des profils très similaires (mêmes mutations…) mais traités antérieurement. Avantage: ils peuvent voir très rapidement quels types de traitement ont donné de bons – ou de mauvais – résultats et adapter leur stratégie thérapeutique en fonction de cela. "C’est un outil d’aide à la décision du médecin, qui lui permet d’affiner son diagnostic et de définir les traitements", résume François Blondel, administrateur et ancien président du conseil d’OncoDNA.

"Notre base de données nous permet de suivre plus de 600 médicaments, dont des molécules encore en phase d’essais cliniques, et plus de 9.000 mutations génétiques" (liées à un cancer), explique le CEO Jean-Pol Detiffe. Elle est consultée par des oncologues et des patients dans une cinquantaine de pays et totalise déjà plus de 10.000 comptes.

"L’ambition d’OncoDNA est que sa plateforme devienne le Facebook des oncologues", souligne François Blondel. "L’oncologie est la première aire thérapeutique où l’on applique une médecine personnalisée, enchaîne Jean Stéphenne, qui lui succède à la présidence. Sans les données informatisées et sans masse critique, on ne pourra pas y arriver." D’où l’intérêt d’ouvrir la plateforme au plus grand nombre.

OncoDNA utilisera entre autres les fonds collectés pour renforcer son effectif d’informaticiens, multiplier les collaborations avec des centres de recherche et des groupes pharma, et former une équipe commerciale, qui attaquera le marché européen. Le personnel augmentera d’une vingtaine de personnes dans les douze mois à venir.

3 questions à François Blondel

Administrateur d'OncoDNA

1- OncoDNA attire de nouveaux actionnaires wallons et flamands ou nationaux: le but recherché?

Un des objectifs de l’opération était d’assurer un ancrage local fort, ce qui est fait avec l’arrivée de la SRIW et de CPH (Hainaut) aux côtés de Sambrinvest. On cherchait également à avoir un ancrage national, que nous apporte AvH. La présence d’AvH est aussi une marque de reconnaissance pour ce qui existe et se développe bien en Wallonie.

2- Savez-vous ce qui a convaincu AvH d’investir dans OncoDNA?

AvH prend un risque car le holding sort de ses métiers classiques. C’est en même temps une indication de leur taux de conviction. La vision du holding nous a séduits, nous, actionnaires historiques d’OncoDNA: AvH n’a pas une vision de financier mais bien d’entrepreneur et d’industriel. Il investit à long terme et il va accompagner le développement de l’activité. L’enjeu de l’entreprise est la vie humaine, son prolongement le plus longtemps possible: je pense que contribuer à cet objectif-là est aussi un élément intervenu dans leur réflexion.

3- Ce tour de table sera-t-il suffisant pour atteindre le cercle vertueux de l’autofinancement?

Nous avons rédigé un business plan à long terme. Ceci est un premier round. il y en aura d’autres, mais les investisseurs présents aujourd’hui ont les proches profondes, ce qui est également important. Il n’y a rien de défini, mais en fonction des nécessités, il est vraisemblable qu’il y aura d’autres tours de table. Ceci dit, aujourd’hui, le défi majeur est la croissance. M.Lw.

 

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