interview

"Tous les gros acteurs nous sollicitent"

Francois Fornieri, CEO de Mithra ©LAURIE DIEFFEMBACQ

La spin-off de l'Université de Liège, Mithra, a atteint l’âge de la majorité, mais elle n’a pas fini de grandir.

Mithra Pharmaceuticals , la spin-off de l’Université de Liège créée en 1999 par François Fornieri et Jean-Michel Foidart, se prépare tout doucement à la commercialisation de sa pilule miracle, l’Estelle. Son principe actif, l’estétrol, un œstrogène naturel produit par le fœtus humain, est censé la rendre plus efficace et réduire quasi à néant les effets secondaires.

La société liégeoise spécialisée dans la santé féminine vient de recevoir une nouvelle aide de 1,9 million d’euros de la Région wallonne. Ce financement non-dilutif, accordé sous forme d’avances récupérables, couvrira jusqu’à 50% de la valeur totale de deux projets de Mithra: un programme de recherche sur la production alternative d’estétrol par un processus de biosynthèse et un autre sur le développement d’éthylène-acétate de vinyle pour les solutions thérapeutiques complexes.

"Mithra n’a jamais reçu le moindre subside de la Région wallonne."

Mithra reçoit une nouvelle aide de la Région wallonne. Pourrait-elle vivre sans le soutien public?
Je tiens à souligner que Mithra n’a jamais reçu le moindre subside de la Région wallonne. Elle s’apprête à en recevoir maintenant, mais il s’agira uniquement de subsides à l’emploi. Les aides que nous avons eues n’ont été octroyées que sous la forme d’avances récupérables destinées à accélérer le développement de nos produits. Et nous avons tout remboursé à heure et à temps.

Comment se porte Mithra aujourd’hui?
Sur le plan commercial, notre situation en Belgique est très bonne. Nous avons progressé de 4% l’an dernier par rapport à 2015. Sur les 218.000 cycles supplémentaires dénombrés en un an, Mithra en prend 217.000 à son compte. Nous avons aujourd’hui près de 47% de parts de marché. Notre position est donc très confortable.

"En Belgique, nous avons progressé de 4% l’an dernier par rapport à 2015."

Cela n’a pas l’air d’emballer outre mesure les marchés…
Le marché a tendance à se focaliser sur l’estétrol, mais il faut savoir que notre croissance sur le marché belge nous permet de dégager un peu de cash flow. Et nous améliorons aussi nos marges sur d’autres marchés.

Où en est le recrutement de patients pour les essais cliniques de l’estétrol?
Pour la pilule Estelle, il est terminé. Nous avons recruté, en Europe et en Russie, 1.680 patientes alors que nous devions en avoir 1.550. L’étude a formellement débuté en juin 2016. À cet échantillon, il faut ajouter les 2.000 femmes recrutées aux Etats-Unis et au Canada, ce qui fait au minimum 3.500 patientes sous Estelle pendant douze mois dans une centaine de centres.

La commercialisation est toujours espérée pour 2019?
Oui. Les premières patientes termineront la phase 3 en juin, celle-ci devant être clôturée en février 2018. La demande de mise sur le marché devrait donc être remise au plus tard au second semestre 2018, et peut-être plus tôt. Mais nous restons prudents en communiquant sur le second semestre. Tant mieux si cela se fait plus tôt.

"Le brevet qui octroie à Estelle le statut de pilule du lendemain aux Etats-Unis est très bon pour nous."

Pourquoi un échantillonnage plus important en Amérique du Nord?
Les Européens se focalisent d’abord sur les effets secondaires. Aux Etats-Unis, on demande d’abord si une pilule est bien contraceptive, puis on fait attention à la sécurité. Pourquoi? Parce que 30% des Américaines oublient entre une et trois fois par cycle de prendre leur pilule. Le problème, c’est que si elles tombent enceintes, elles attaquent les sociétés pharmaceutiques, sans avouer qu’elles ont oublié une pilule ou l’autre. Il faut donc être prudent et assurer ses arrières en sachant exactement comment le mécanisme fonctionne. C’est pour cela qu’on a un échantillon plus important de patientes dans la phase 3. À cet égard, le brevet qui octroie à Estelle le statut de pilule du lendemain aux Etats-Unis est très bon pour nous. Il faut savoir que l’estétrol agit sur l’ovaire comme un anti-œstrogène, il inhibe l’action ovarienne. C’est ce qui nous a permis d’avoir un brevet pour l’utilisation de l’estétrol seul comme pilule du lendemain.

Comment se dessinent les perspectives commerciales pour l’estétrol?
Le montant de notre contrat de partenariat avec Fuji pour le Japon et d’autres pays d’Asie du Sud-Est doit nous rapporter 250 millions d’euros. Mais c’est un minimum. Il rapportera en réalité entre 250 et 600 millions d’euros, et seulement pour la pilule Estelle. Nous négocions encore avec Fuji un partenariat sur le Donesta, notre traitement contre les effets néfastes de la ménopause. Nous négocions par ailleurs un partenariat analogue avec Xianju, le numéro un chinois, qui devrait rapporter un montant du même ordre, d’autant qu’il est intéressé par Estelle et par le Donesta. 2017 sera en tout cas une année cruciale pour l’estétrol. C’est cette année que nous commençons à chercher un partenaire pour l’Europe et pour les Etats-Unis.

"Notre contrat de partenariat avec Fuji rapportera en réalité entre 250 et 600 millions d’euros."

Ce seront d’office des partenaires différents?
Je pense que oui. Le numéro un aux Etats-Unis n’est pas le même qu’en Europe. Tous les gros acteurs nous sollicitent. Le partenaire doit en tout cas être choisi pour le début de 2018.

Qu’apporte Marc Coucke, qui préside le conseil d’administration?
Il apporte tout d’abord un réseau. Marc a acquis une réputation mondiale, grâce à Omega Pharma notamment. Il a aussi donné de la crédibilité à Mithra, auprès des gros investisseurs notamment. Et puis, c’est un spécialiste de la pharmacie alors que je suis plutôt spécialisé dans la prescription. Nous sommes donc très complémentaires.

CV express
  • 30 avril 1962: naissance à Ougrée
  • Formation: ingénieur industriel chimiste (Haute-École de la Province de Liège); IFAPME (cours de management); ULg, HEC-Ecole de gestion, sciences de gestion et de management
  • 1986: commercial chez Labaz-Sanofi
  • 1987-1998: responsable marketing-vente chez Schering
  • 1999: il crée Mithra Pharmaceuticals avec le professeur de l’ULg Jean-Michel Foidart
  • Manager de l’Année 2011
  • Marié, François Fornieri est père de trois enfants

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