Le private equity entame 2021 en force, avec des prix élevés

Les fonds de private equity ont réalisé moins de transactions en 2020, mais pour des montants plus importants. ©Shutterstock

La crise n'a vraiment handicapé le private equity qu'au 2e trimestre 2020, montre le rapport de Bain & Co. Au-delà, le marché a cartonné. Les prix ont suivi...

Les fonds de private equity ont surfé l'an dernier sur la crise pandémique en faisant preuve d'une belle capacité de résistance. Si le nombre des transactions a chuté de 24% dans le monde, à quelque 3.100 deals contre 4.100 en 2019, en valeur elles ont augmenté de 8% à 592 milliards de dollars, ainsi que le révèle le 12ᵉ rapport du bureau de consultance Bain & Company sur l'industrie du private equity.

Les prix moyens des opérations ont sensiblement augmenté, ce qui explique la hausse. C'est à la fois un sujet de satisfaction (pour la santé du secteur) et d'inquiétude (pour les valorisations aujourd'hui et demain).

12,6
fois l'ebidta
Les fonds de private equity ont payé leurs acquisitions 12,6 x leur ebitda en Europe.

"Après un premier trimestre 2020 en légère croissance, la crise pandémique a gelé les opérations au deuxième trimestre, résume Cédric Bovy, associé chez Bain & Co Bruxelles. Ensuite, la politique monétaire a ramené beaucoup de liquidités sur les marchés financiers. Et beaucoup de fonds de private equity avaient anticipé la disruption digitale, ce qui explique qu'ils ont bien résisté à la crise. De sorte qu'aux troisième et quatrième trimestres, on a assisté à une combinaison d'effets de rattrapage et à une forte reprise."

Le second semestre a enregistré pour 410 milliards de dollars de transactions. Le dernier trimestre 2020 a d'ailleurs atteint un niveau record d'après crise financière. Et l'année 2021 a démarré sous les mêmes auspices favorables. Sur les deux premiers mois, la valeur des rachats d'entreprises au plan mondial dépasse de 60% la moyenne des cinq dernières années pour la même période.

Des prix record en Europe

Au niveau des prix, les multiples ont augmenté dans tous les secteurs en 2020, avec en pointe les activités qui ont bénéficié de la pandémie comme la technologie et les systèmes de paiement. En moyenne, les fonds ont payé leurs acquisitions 11,4 fois leur ebitda (excédent brut d'exploitation) aux États-Unis et 12,6 fois en Europe. "Il s'agit d'un niveau record absolu pour le Vieux continent, commente Cédric Bovy. C'est actuellement un des principaux défis pour les fonds: il leur faut identifier de nouvelles manières de faire de la valeur."

Cela se répercute sur le niveau d'endettement des entreprises cibles, puisque les fonds leur font supporter une partie de leurs dettes. Près de 80% des transactions effectuées l'an dernier avaient un effet de levier supérieur à 6 fois l'ebitda. Un niveau excessif? "La qualité des actifs augmente aussi, répond Bovy. Et le niveau de 'leverage' n'a pas encore atteint en Europe celui d'avant la crise financière. Enfin, n'oubliez pas que les fonds de private equity utilisent toujours un effet de levier supérieur aux sociétés cotées et qu'ils investissent dans des secteurs à forte croissance."

Le retour en force des SPAC

Deux tendances ont été fort marquées en 2020 et devraient continuer à l'être à l'avenir: le recours aux SPAC, ces sociétés coquilles qui émettent des titres en vue d'une acquisition future et l'utilisation de critères ESG (environnement, social, gouvernance) pour guider la politique d'investissement.

Alors qu'ils avaient disparu après la crise financière de 2008, les SPAC sont revenus en force en 2020, levant 83 milliards de dollars en capitaux frais. Et 170 SPAC ont déjà levé plus de 50 milliards supplémentaires en janvier et février derniers. Ils "pourraient jouer un rôle significatif à long terme sur les marchés financiers alors que les entreprises recherchent des alternatives aux introductions en bourse traditionnelles", note le rapport. "Ils sont toutefois plus populaires aux États-Unis, où la valorisation est très élevée sur les marchés boursiers et où les règles leur sont très favorables", ajoute Cédric Bovy.

"Les fonds et les sociétés en portefeuille bien développés dans l'ESG génèrent de meilleurs retours sur investissement, mais on ne dispose pas d'assez de recul pour le certifier de manière mathématique."
Cédric Bovy
Asocié chez Bain & Company Bruxelles

En Europe, le jeu est un peu plus resserré. Ajoutons qu'aux States, pour l'instant ce sont surtout les promoteurs des SPAC qui en retirent un grand profit. Pour qu'elles s'inscrivent dans la durée, il faudrait sans doute un meilleur équilibre dans le partage des bénéfices.

Les critères ESG prisés en Europe

Quant aux investissements guidés par des critères ESG, ils semblent plus prisés actuellement en Europe qu'en Amérique, où ils suscitent encore un certain scepticisme. "Les fonds et les sociétés en portefeuille bien développés dans l'ESG génèrent de meilleurs retours sur investissement, mais on ne dispose pas d'assez de recul pour le certifier de manière mathématique", observe Cédric Bovy. Certains constituent des fonds à impact distincts, d'autres intègrent ces dimensions dans leurs fonds "classiques".

Les sociétés de private equity du Benelux, et notamment les belges, se montrent fort actifs dans l'ESG, observe au passage Bovy qui voit nos compatriotes comme des pionniers sur ce terrain. L'avenir de l'ESG reste encore un peu flou, mais "beaucoup d'experts voient là une révolution en train d'éclore".

Le coup de sonde d'Argos Wityu

À plus de 10 fois l'excédent brut d'exploitation (ebitda), les multiples payés par les fonds d’investissement ont atteint un record, confirme un coup de sonde mené par le fonds d'investissement européen Argos Wityu, qui chiffre la baisse du volume de transactions à 15% sur 2020.

L'augmentation constatée est tirée par trois facteurs que sont "la forte concurrence avec les acquéreurs stratégiques (dont la majorité se sont avérés être des sociétés cotées, NDLR) sur les sociétés non affectées par la crise, le niveau toujours croissant d’investissement dans le private equity et l’accès à faible coût à la dette d’acquisition, ce qui tient aux politiques des banques centrales, indique Argos.

SIMS

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés