Noshaq et Deminor créent un fonds pour l'exit des minoritaires

Pierre Nothomb (Deminor) avait déjà planché sur un fonds de ce genre il y a 25 ans, mais n'avait pas songé à y associer un invest comme Noshaq. ©Emy Elleboog

C'est une première en Belgique, l'invest liégeois et le cabinet conseil lancent un fonds qui ciblera les participations minoritaires "coincées", donc illiquides.

Les start-ups et les scale-ups déploient efficacement leur valeur ajoutée pendant les cinq premières années de leur existence, puis dans la plupart des cas le soufflé retombe quelque peu. Parce que l'entrepreneur et ses actionnaires "s'installent" dans une relation qui, du coup, ronronne, parce qu'il faudrait renouveler le leadership, réformer la gouvernance... L'invest liégeois Noshaq a fait ce constat, le bureau de gestion des participations minoritaires Deminor l'a fait aussi de son côté.

On sait par ailleurs que les besoins de financement des PME sont importants, surtout pour celles qui osent prendre des risques, mais que l'argent, côté investisseurs, "tourne" trop peu sous nos latitudes...

L'invest et le bureau ont réuni leurs compétences pour trouver une réponse à ces deux défis. Leur solution? Créer un fonds d'investissement spécialisé dans l'accélération des exits (reventes) de participations minoritaires. Ils sont passés de la parole aux actes et ont mis sur pied Switch Fund, le premier fonds secondaire (car il rachète des participations aux fonds "primaires") du genre en Belgique. Noshaq pourra d'ailleurs lui apporter des participations, tout comme les tiers.

"Pas un fonds poubelle!"

Le fonds se concentrera sur les participations peu liquides car ce sont celles-là qui posent le plus de problèmes. Ce sera par exemple le cas d'une PME où des actionnaires familiaux se querellent, ou celui d'une entreprise paralysée par le relationnel ronronnant de ses dirigeants. Il exigera une décote d'illiquidité d'au moins 20% pour chaque investissement. "Mais nous ciblerons des participations de 'slow movers' de bonne qualité", précise Christine Gerardy, investment manager de Noshaq et gestionnaire du nouveau fonds. "Pas question de devenir le fonds poubelle de Noshaq! L'invest n'y apportera que des parts dans des sociétés à potentiel, pas des dossiers moribonds, sinon on n'aura pas de rotation forte."

"On sera très attentif à la qualité des participations. On y met notre argent aussi."
Pierre Nothomb
Managing partner de Deminor, gestionnaire de Switch Fund

"Et nous n'avons pas envie de perdre notre crédibilité, ajoute Pierre Nothomb, managing partner chez Deminor. On sera très attentif à la qualité des participations. On y met notre argent aussi."

Le fonds est en effet déjà doté de 8 millions d'euros, 7 apportés par Noshaq et un par Deminor. Il compte lever 35 millions au total, 10 en capital et 25 en prêts ou obligations, et démarrer au premier semestre 2021. Il s'adresse aux investisseurs institutionnels classiques, ainsi qu'aux family offices et aux investisseurs privés, avec un ticket d'entrée minimal de 200.000 euros. Les autres invests pourront s'y inviter s'ils le souhaitent. A noter que son aire de jeu est limitée à la Wallonie et Bruxelles. Ses créateurs tablent sur un taux de rendement interne final de 12,3%.

Switch Fund prévoit de rester de deux à cinq ans dans les sociétés participées, l'objectif étant d'en sortir rapidement, mais après avoir contribué à améliorer leur valorisation et dopé leur liquidité. "Cela permettra de mieux faire tourner les actifs et de dynamiser l'économie des PME", commente Pierre Nothomb qui évoque une "économie circulaire" en termes de financement.

"Il n'existe encore aucun fonds de ce type en Wallonie, ni d'ailleurs en Belgique."
Christine Gerardy
Investment manager dez Noshaq, gestionnaire de Switch Fund

"Il n'existe encore aucun fonds de ce type en Wallonie, ni d'ailleurs en Belgique", souligne Christine Gerardy. "Nous avons monté une équipe performante. Nous avons l'habitude de gérer des participations chez Noshaq, où nous avons étudié des milliers de dossiers. Et Deminor est spécialisé notamment dans la sortie des participations minoritaires. Nous avons déjà eu un retour très positif de la part d'investisseurs à qui nous avons présenté le projet: ils rencontrent le même problème d'illiquidité dans certaines de leurs participations."

Risque de conflit d'intérêts écarté

Deminor avait déjà songé à lancer un fonds de ce type il y a 25 ans, dans un dossier impliquant Deficom. Mais il y avait renoncé, car il avait détecté un risque de conflit d'intérêts en raison de ses différents mandats, de conseil à la gestion et d'investisseur. "Ici, ce risque disparaît car le fonds est mixte: nous l'avons créé conjointement avec Noshaq et nous nous contrôlerons mutuellement. En cas d'apport d'une participation par l'un des deux, l'autre veillera à sa valorisation", relève Nothomb.

Le fonds n'exclura a priori aucun secteur d'activités. Il sera ouvert aussi aux opérations de Leverage-Buy-Out (LBO) ou de portage. Logique puisque là aussi, des problèmes peuvent surgir concernant la valorisation de parts minoritaires. Il se réserve enfin le droit de participer au financement d'opérations de promotion immobilière, dans les mêmes conditions de durée (5 ans maximum).

Il s'agira d'un fonds fermé, au statut de pricaf privée, créé pour une durée de 12 ans.

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