Olivier Vanderijst: "La SRIW a investi un montant record, dont 90 millions liés à la crise"

Olivier Vanderijst estime que les entreprises fort touchées par la crise n'ont pas été assez aidées au niveau de leurs coûts fixes. ©saskia vanderstichele

Malgré la crise sanitaire, le moteur du holding public wallon a tourné à plein régime l'an dernier, avec un record de 271,5 millions d'euros investis.

Malgré ou à cause de la crise, 2020 a été une année intense pour la Société Régionale d’Investissement de Wallonie (SRIW). Le holding public dédié aux moyennes et grandes entreprises a investi, en capital ou en prêt, un montant record de 271,5 millions d’euros dans 114 sociétés, dont 29 nouvelles dans son portefeuille. C’est 31,7% de plus qu’en 2019 (206 millions dans 104 entreprises). Les dossiers liés à la crise représentent un tiers du total, tandis que les autres témoignent de la résilience du tissu économique wallon, nous explique en interview Olivier Vanderijst, qui préside son comité de direction.

271,5 millions
montant investi en 2020
La SRIW a libéré pour 271,5 millions d'euros d'investissements l'an dernier, son record absolu.

La SRIW a accru ses investissements dans les entreprises en 2020: le signe que celles-ci se développent ou qu’elles sont fragilisées par la crise?

Une des caractéristiques de la crise actuelle est qu’elle est très dissymétrique selon les secteurs et parfois même à l’intérieur des entreprises: les unes sont fort touchées, les autres voient des opportunités. Un tiers de nos investissements ont répondu l’an dernier à des besoins spécifiques liés à la crise Covid, soit environ 90 millions d’euros pour une vingtaine d’entreprises. Il s’agit notamment de Sonaca, dont on a participé à la recapitalisation aux côtés de la SFPI et qui opère dans un secteur clairement touché (l’aéronautique), de Pairi Daiza (le tourisme étant également fort impacté), d’Exki (horeca), de Trafic (retail), de Maniet (chaussures) ou encore de John Martin’s Hotels (horeca). On est toujours intervenu en respectant un équilibre avec les banques et les actionnaires.

Parmi les secteurs les plus atteints, on identifie beaucoup de petites entreprises, qui ont donc fait appel à d’autres outils publics de financement comme la Sowalfin ou les invests, puisque la SRIW  se concentre sur les grandes. Pour répondre à la crise toujours, nous avons aussi pris des mesures générales de report d’échéances de prêts. Et nous avons activé pour la première fois notre filiale Geligar, qui octroie des garanties à des crédits bancaires aux entreprises: dans le cadre de l’assouplissement du régime des garanties décidé à titre temporaire par l’Europe, Geligar a octroyé pour 40 millions d’euros de garantie, pour couvrir 95 millions d’euros de prêts au bénéfice de 33 entreprises.

Où sont allés vos investissements sans lien avec le Covid?

Un de nos plus gros investissements s’est avéré atypique, l’objectif étant d’ancrer un gros acteur de la finance en Belgique: aux côtés de la SFPI et d’autres institutionnels belges, on a investi 25 millions dans Euroclear, qui est important pour notre écosystème financier. On a consacré quelque 40 millions, comme d’habitude en quelque sorte, aux sciences de la vie: on a consolidé IBA et continué d’irriguer un écosystème de start-ups biotech relativement épargnées par la crise, sauf concernant les essais cliniques, qui ont été ralentis. On est entré dans Univercells à hauteur de 5 millions, un investissement dont on est fier, car nous n’étions pas encore présents dans cet écosystème-là…

Et quels autres secteurs?

On a injecté 25 millions dans l’agroalimentaire (Avieta, Scam-Alia2…), dans les technologies (Aerospacelab, Lazer, Lasea), on est entré dans AMB Ecosteryl (recyclage des déchets hospitaliers) par rachat d’actions…

"Paradoxalement, c’est la diversification dans la biotech qui nous permet de mitiger les risques."

Le secteur biotech ne pèse-t-il pas trop lourd dans votre portefeuille aujourd’hui?

Ce qui pèse lourd, ce sont les grandes participations. La biotech représente 250 à 300 millions d’euros dans notre portefeuille. Et paradoxalement, c’est la diversification dans la biotech qui nous permet de mitiger les risques. Si l’on n’avait que 5 biotech, ce serait fort risqué. Quand on en a 30, la possibilité que l’une d’elles performe très bien et compense deux ou trois faillites est beaucoup plus grande. C’est ce qu’on a fait par exemple avec Ogeda, rachetée pour 800 millions par le japonais Astellas. Maintenant, si on avait 30 agences de voyages en portefeuille, ce serait problématique.

Que pourrait-on faire, selon vous, pour mieux aider les entreprises en difficulté face à la crise?

Beaucoup d’entre elles sont confrontées à un gros problème de coûts fixes, qui restent dus même quand elles sont à l’arrêt. Leur octroyer une aide sous forme de prêt ne me semble pas la bonne solution, car cela ne fait que retarder le problème. Il faudrait les aider en capital.

Pas moins de 4 entreprises détenues en partie par la SRIW sont entrées en bourse en 2020. Un record paradoxal pour vous, puisqu'il a été atteint en pleine crise…

Trois des 4 IPO (Iteos, Nyxoah et Hyloris, NDLR) ont été le fait de sociétés biotech que ne sont pas encore sur le marché. Quant à Inclusio, la quatrième, elle opère dans l’immobilier résidentiel. Ce sont donc deux secteurs épargnés par la crise. Et une introduction en bourse est un processus de longue haleine…

"La SRIW est au capital de l'Entreprise de l'année et de celle dirigée par le Manager de l'année? "C’est le signe du dynamisme de notre politique de financement et la preuve qu’on apporte du 'smart money'!"

I-care et Odoo ont décroché les titres d'Entreprise de l’année et de Manager de l’année 2020, or la SRIW est actionnaire des deux: est-il impossible de créer une belle entreprise dans la Région sans soutien public?

C’est le signe du dynamisme de notre politique de financement et la preuve qu’on apporte du "smart money"! On est entré il y a plusieurs années dans Odoo, on a peut-être accéléré son développement, mais elle aurait été une réussite sans nous aussi. Cela montre aussi qu’au-delà du financement, on apporte un réseau et une expertise. Et quand vous regardez ce qu’il se passe dans les pays voisins, vous verrez que ce n’est pas différent. En France, les levées de fonds sans la Banque Publique d’Investissement (BPI) sont rares. Ce n’est pas propre à la Wallonie.

Les biotech créent aussi de l'emploi

Un sujet qui irrite Olivier Vanderijst est la question de l'emploi dans les biotech. "On dit souvent qu’en Wallonie, il y a deux grands acteurs mondiaux de la pharma, puis une série de petites jeunes pousses biotech qui lèvent beaucoup de fonds mais créent peu d’emplois", note-t-il. Une vision qu'il estime réductrice. "Il y a dans ce secteur de plus en plus d’entreprises de type CDMO (Contract Development and Manufacturing Organization, sociétés qui font de la production en sous-traitance pour la pharma, la biotech et la medtech, NDLR), qui sont intensives en emplois. L’ex-Eurogentec (acquis par le groupe japonais Kaneka) occupe 500 personnes en Wallonie, Novasep Belgium (ex-Henogen, rachetée par Novasep France) en emploie 400, Masthercell, 200, Univercells, 150, la filiale CDMO de Mithra, une centaine… Toutes des entreprises où le volume d’emploi croît en parallèle avec la taille et qui sont difficilement délocalisables."

Ce qui nous amène au débat actuel sur la relocalisation de l'industrie. "Un de nos faits d'armes de 2020 est qu'on a relancé en Wallonie une production de masques avec entre autres la société Deltrian à Fleurus", répond-il. Un exemple un peu maigre... "Mais relocaliser résulte de la combinaison d'une série de facteurs. Et il est difficile de relocaliser quand le marché est en contraction." En revanche, ajoute-t-il, "au plus une chaîne de valeur est complète sur un territoire donné, au moins elle sera délocalisable." A méditer.

Et quid de l'avenir de la SRIW elle-même? Le gouvernement wallon planche toujours sur une éventuelle fusion des outils économiques régionaux, SRIW, Sowalfin, Sogepa, voire aussi les invests... Ce dossier lui inspire deux réflexions: "Un, la France l'a fait en regroupant ses outils au sein de la BPI. Cela améliore sa visibilité et son accessibilité. La marque unique est donc un avantage. Deux, il y a de plus en plus de fonds qui gèrent plusieurs plateformes avec des services de support communs, mais aussi avec des équipes transversales composées par thématique, qui agissent dans les entreprises à travers toutes les plateformes. En fusionnant les outils wallons, on aurait l'effet de masse nécessaire pour ce faire." Accueil positif, donc. "Mais il faudrait aller vers davantage de décentralisation à l'intérieur du groupe."

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