interview

Emna Everard: "Chez Kazidomi, on n'a jamais autant travaillé"

Confinée chez elle, Emna Everard, cofondatrice de Kazidomi, observe que l'ambiance start-up lui manque.

Commandes en hausse, croissance du chiffre d’affaires… Pour répondre à la demande, Emna Everard, cofondatrice de la plateforme d’e-commerce de produits sains et bio, Kazidomi, a dû s’organiser dans l'urgence.

L’occasion fait le larron, dit-on. C'est peu ce qu'on vit chez Kazidomi, plateforme d’e-commerce de produits sains et bio (alimentation, soin, santé, hygiène…). La start-up bruxelloise tourne à plein régime. La petite entreprise créée par Emna Everard et Alain Étienne ne connaît pas la crise.

"Le jour de l’annonce du confinement, on a doublé le nombre de commandes en Belgique, tandis qu’en France, où nous réalisons 70% de notre chiffre d’affaires, elles ont même triplé au lendemain des premières annonces d’Emmanuel Macron", affirme la jeune entrepreneuse. "On a donc dû être très réactifs et recruter dans l’urgence une vingtaine de personnes."

"C’est le bon moment pour accélérer notre développement, car en période de confinement, les gens cherchent des solutions sur le web."

Des stocks en suffisance, une distribution qui coince parfois

Pour faire face à la demande, Kazidomi a aussi dû travailler beaucoup sur les process informatiques, la logistique… Naguère occupé sur un seul de ses trois étages, l’entrepôt de Vilvorde est désormais envahi par les marchandises. "Heureusement, on a été prévoyant", poursuit Emna Everard. "Suite à ce qui se passait en Chine, on avait augmenté les stocks. Si bien qu’on a très peu de rupture, jamais plus de 6% du catalogue." Par contre, la distribution ne suit pas toujours. Au point que, chez Kazidomi, on songe à "réexaminer" la collaboration avec bpost.

10 millions
euros
Kazidomi ambitonne un chiffre d'affaires de 10 millions d'ici la fin de l'année. Un objectif qui devrait être atteint bien plus tôt.

Les produits les plus demandés? La farine, les produits d’hygiène, les pâtes, les conserves… Six semaines après le début du confinement, la demande reste très élevée. L’acquisition d’abonnés à la plateforme a triplé pour atteindre les 12.000 membres (qui paient 100 euros par an, ce qui leur donne droit à des réductions sur leurs achats). "Nous sommes déjà aux chiffres de croissance prévus normalement pour la fin de l’année", indique Emna Everard, "on ambitionnait un chiffre d’affaires de 10 millions fin décembre, on y sera avant."

Ne rien lâcher pendant ce moment charnière

Tout n’est pas rose pour autant. Il y a une surcharge de travail, le homeworking est la règle – sauf bien sûr dans l’entrepôt – et, Emna Everard l’avoue, ce cloisonnement lui pèse un peu: "Certes, le télétravail nous rend plus efficaces, mais on ne voit plus grand monde, il n’y a plus cette ambiance de travail si importante pour une start-up qui emploie beaucoup de jeunes."

"Des fonds d’investissement s’intéressaient déjà à nous, mais cela s’est amplifié avec la crise."

Aujourd’hui, Emna Everard dit qu’elle n’a jamais autant travaillé: "Je suis sur le pont 7 jours sur 7, de 7h à minuit, mais je ne vais pas me plaindre. On est sur une vague, il faut assurer." Autrement dit, Kazidomi est un peu à un moment charnière. La crise a démontré que la plateforme répondait à une demande. Il ne faut donc rien lâcher.

Ainsi, contrairement à la plupart des sociétés qui ont taillé dans leur marketing, Kazidomi y a, au contraire, beaucoup investi: "C’est le bon moment pour accélérer notre développement, car en période de confinement, les gens cherchent des solutions sur le web. Nos campagnes publicitaires sont bien plus rentables qu’avant."

Des fonds d'investissements intéressés

Et de fait, la croissance de son entreprise suscite des convoitises. "Des fonds d’investissement s’intéressaient déjà à nous, mais cela s’est amplifié avec la crise", observe-t-elle. "Ils voient que la plateforme fonctionne bien, que l’on surfe sur des tendances fortes: e-commerce, santé, soin."

Faut-il alors s’attendre à une nouvelle levée de fonds après celle de plus d’un million annoncée début janvier? "On est dans une situation plutôt confortable, mais tout dépend de la vitesse à laquelle on veut accélérer", répond la patronne de Kazidomi. "On se pose des questions mais on n’a pas encore de réponse très claire car on ne sait pas encore très bien si cette tendance positive va durer, si ce changement des modes de consommation va s’inscrire sur le long terme."

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés