Bettencourt : le procès Banier renvoyé

Le tribunal de Nanterre a renvoyé jeudi, sine die, le procès de François-Marie Banier, soupçonné d'abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt, estimant nécessaire une nouvelle enquête sur les enregistrements clandestins versés au dossier par la fille de la milliardaire.

(afp) - La justice française a reporté jeudi sine die le procès d'un photographe mondain accusé d'avoir manipulé l'héritière des cosmétiques L'Oréal Liliane Bettencourt pour obtenir des dons faramineux, dans un contexte de scandale politique impliquant un ministre clé.

Photographe de stars, François-Marie Banier, 63 ans, est poursuivi pour "abus de faiblesse" par la fille de la femme la plus riche de France: Françoise Bettencourt-Meyers l'accuse d'avoir profité de la fragilité de sa mère, âgée de 87 ans, pour se faire remettre près d'un milliard d'euros.

L'artiste, qui risque trois ans de prison et 375.000 euros d'amende, récuse ces accusations, assurant que les dons lui ont été librement consentis par sa riche amie.

Tout comme la milliardaire, actionnaire principale de L'Oréal (environ 30% des actions), qui entend gérer comme bon lui semble sa fortune (évaluée à 17 milliards d'euros en 2010) et a toujours revendiqué avoir toute sa tête.

Ce conflit familial a connu ces dernières semaines des rebondissements en cascade avec la découverte d'écoutes pirates de conversations de Mme Bettencourt avec ses conseillers, qui ont donné à cette affaire un tour d'abord vaudevillesque avant de virer au scandale politique impliquant le ministre du Travail Eric Woerth et fragilisant le gouvernement du président Nicolas Sarkozy.

Dans ce contexte, l'avocat du photographe, Me Hervé Temime, avait demandé dès l'ouverture de l'audience de "renvoyer purement et simplement" le procès.

Dans l'après-midi, la présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre, Isabelle Prévost-Desprez, a "ordonné un supplément d'information", c'est-à-dire une enquête, sur les enregistrements pirates divulgués en juin par la presse, et s'est désignée elle-même pour l'exécuter.

Le parquet a annoncé qu'il faisait appel. Il reprocherait au tribunal de ne pas indiquer "le périmètre du supplément d'information" et de remettre en cause l'impartialité du ministère public, qui a lui-même déjà ouvert une enquête sur ces écoutes.

De fait, l'affaire Bettencourt s'est compliquée mi-juin avec la révélation par la presse de l'existence de ces écoutes clandestines réalisées entre mai 2009 et mai 2010 par l'ancien maître d'hôtel de l'héritière, qui accuse sa fille d'être derrière ce stratagème.

Ces bandes suggèrent une fragilité psychologique de Liliane Bettencourt mais aussi de possibles opérations destinées à échapper au fisc ou des immixtions de l'Elysée dans la procédure judiciaire.

Elles sont surtout à l'origine d'une très vive controverse qui fait tanguer le gouvernement: les bandes laissent entendre qu'Eric Woerth, ex-ministre du Budget (2007 à mars 2010), était au courant de possibles fraudes dans la mesure où une partie de la fortune de la milliardaire était gérée depuis 2007 par son épouse.

Depuis la révélation des écoutes illégales, la milliardaire a annoncé la régularisation fiscale de ses avoirs encore à l'étranger et le ministre du Budget François Baroin a annoncé qu'elle ferait l'objet d'un contrôle fiscal.

M. Woerth ne cesse de défendre sa probité, se disant victime d'une manoeuvre de "déstabilisation" alors qu'il mène une délicate réforme des retraites.

Il a jusqu'ici reçu le soutien appuyé de Nicolas Sarkozy. Jeudi, l'Elysée, par la voix de son secrétaire général Claude Guéant, a même affirmé que la démission du ministre n'avait "à aucun moment" été envisagée.

Mais l'opposition continue à dénoncer la "collusion" entre pouvoir et finance.

Jeudi, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a jugé "recevable" la demande des députés socialistes de création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Bettencourt/Woerth.

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