La famille Sioen veut retirer sa société textile de la bourse

Michèle Sioen, CEO de Sioen. ©jonas lampens_ID

La famille Sioen a l’intention de retirer la société éponyme de la bourse et fait une offre de 23 euros par action.

La société Sioen prépare son retrait de la bourse. La société spécialisée dans les textiles techniques et établie à Ardooie, en Flandre occidentale, est entrée en Bourse de Bruxelles il y a 25 ans et pèse aujourd'hui 360 millions d'euros. La famille en a toujours conservé le contrôle, avec près de 65% des actions. Elle se prépare aujourd'hui à offrir 23 euros par action - soit 26% de plus que le dernier cours - pour en acquérir le solde. Un communiqué précise que l'opération sera finalisée si le holding détenu par la famille et les personnes qui lui sont liées acquièrent au moins 95% des actions.

Cela signifie que la famille devra mettre sur la table près de 160 millions d'euros pour acquérir 100% du capital. Une opération qui sera financée par des crédits

Plus d'utilité

"La bourse nous a offert de nombreuses opportunités mais, aujourd'hui, elle n’a plus d’utilité pour nous."
Michèle Sioen
CEO de Sioen

"La bourse nous a offert de nombreuses opportunités. Grâce à elle, notre entreprise a grandi et s'est renforcée, ce que nous n'aurions jamais pu réaliser sans cette cotation" explique Michèle Sioen.

Mais depuis son introduction en bourse, Sioen n’a jamais fait appel à ses actionnaires. Ses fonds propres et les financements bancaires ont suffi pour réaliser ses projets. «La bourse n’est plus le meilleur véhicule pour notre groupe. Aujourd'hui, elle n’a plus aucune utilité pour nous. Et en cas d’autres grands projets, il existe d’autres possibilités de lever des fonds », explique la CEO.

La CEO fait référence aux riches familles d’entrepreneurs (family offices) et aux sociétés d’investissement qui ne savent pas quoi faire de leur argent. Par ailleurs, les crédits n’ont jamais été aussi bon marché.

Sur les réseaux sociaux, certains observateurs et investisseurs considèrent cette transaction comme particulièrement opportuniste vu le cours relativement bas de l’action.

'Opportuniste? Je ne trouve pas. L'action a déjà été à des niveaux beaucoup plus bas. Nous aurions alors également pu lancer une offre, ce que nous n'avons pas fait" répond Michèle Sioen.

Des airbags aux sachets de thé

Avec l’argent récolté lors de son introduction en bourse en 1996, l’entreprise a notamment agrandi son usine de Mouscron, et s’est intégrée verticalement en investissant dans la filature et le tissage.

Sioen a ensuite pris un virage plus technique et a fortement misé sur l’innovation. Cela s’est traduit par une gamme de milliers de produits textiles comme des sachets pour le thé, vêtements de protection contre les incendies, bâches pour camions, gilets de sauvetage pour la Marine française, gilets pare-balles, tissus pour airbags, tissus pour la culture des algues et auvents pour voitures résistant à plus de 50°C sous le soleil brûlant des Emirats.

Acquisitions

Il y a cinq ans, l’entreprise s’est lancée dans une série d’acquisitions et, selon nos estimations, aurait conclu des deals pour un montant estimé à 140 millions d’euros. «Il est plus rapide de se développer par acquisitions et nous ne voulions pas perdre de temps. De plus, la croissance externe permet de devenir d’un seul coup leader sur un marché de niche», avait déclaré Sioen il y a quelques années.

Le groupe est aujourd’hui présent en Italie, en Finlande, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il a par exemple racheté le leader mondial des toiles pour voiliers et a renforcé sa position dans le secteur des combinaisons de plongée humides et sèches ainsi que des tissus spéciaux pour renforcer les bandes transporteuses et les enveloppes.

En Italie, l’acquisition de Manifattura Fontana – qui lui a permis de faire son entrée sur le marché des géotextiles – s’est révélée être un succès. L’entreprise italienne a entre autres produit les 800.000 m2 de textile qui assurent l’étanchéité du canal de Panama.

Pionnière

En 1996, avec le succès incroyable de son introduction en bourse, Sioen a ouvert les portes de la bourse à de nombreuses entreprises familiales, dont Kinepolis, Duvel, Van de Velde, VPK, Miko et Omega Pharma. Des entreprises dont un bon nombre se sont, entretemps, retirées de la cote (lire ci-contre).

Pour les actionnaires de Sioen, cette radiation pourrait aussi s’avérer amère. Cyclique par nature, Sioen n’a pas été épargnée par la pandémie et la crise qui a suivi, mais à long terme, les acquisitions de ces dernières années ne devraient pas manquer de porter leurs fruits.

Sioen n’est pas la première

L'entreprise textile n'est pas la première à envisager le retrait de la Bourse. D’autres grands noms ont effectués la même opération ces dernières années.

Depuis le début de l’année 2000, plus de 80 sociétés ont fait l’objet d’une offre publique d’achat et ont été retirées des écrans de cotations de la Bourse de Bruxelles. Il y a dans ce grand nombre de retraits des sociétés qui ont été rachetées, mais une bonne part est restée dans les mains de la même famille, qui a préféré se débarrasser des actionnaires minoritaires.

C’est le cas par exemple du brasseur Duvel, de Pairi Daiza, d'Omega Pharma ou de l’armateur CMB. Il s'agit, en général, de sociétés familiales, détenues par des familles qui se retrouvent face à la difficulté de devoir fixer le prix d'achat alors qu'elles sont aussi actionnaire majoritaire. Ces opérations de rachat puis de retrait de la cote se sont toutefois généralement passées sans heurt.

Mais cela ne marche pas à tous les coups. La famille du Bois voulait retirer Spadel de la bourse, mais elle s’est heurtée au refus de plus 5% des actionnaires. Elle est donc toujours cotée... Après sa radiation, une entreprise comme Duvel Moorgat a connu une croissance impressionnante, ce qui a fait grincer les dents de nombreux investisseurs, qui n'avaient pas pu en profiter.

Autre point commun à ces sociétés, l'opération est décidée parce que la Bourse ne constitue plus une source de financement incontournable (via par exemple les augmentations de capital) et les familles majoritaires veulent retrouver une plus grande liberté de manoeuvre dans leur stratégie, sans devoir se justifier devant des actionnaires qui ont parfois une vision à (très) court terme.

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