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Les gelées inédites qui pourraient pousser les prix du millésime 2021 à la hausse

En avril, les vignerons ont dû déployer des dispositifs antigels, comme ces bougies. ©AFP

Les viticulteurs ont vécu en avril les pires gelées depuis une quarantaine d’années. Pour les acheteurs de la filière, il s’agit de compenser le manque quantitatif du futur millésime par des achats sur ceux encore disponibles. Mais à quel prix?

Des bougies installées de nuit dans le vignoble, des aspersions d’eau sur les bourgeons formant une coque de glace les protégeant des températures négatives, des tours qui brassent l’air envoyant de la chaleur au sol renvoyant ainsi l’air froid en hauteur: autant de moyens développés pour lutter contre les gelées du mois d’avril dans tout le vignoble français

Ainsi que chez certains producteurs belges. Comme dans le Domaine de la Portelette à Lobbes, près de Thuin. "Des vignes de deux ans. Nous allions procéder à nos premières vendanges", se désolent les coopérateurs qui se relayèrent toutes les nuits pour allumer un millier de bougies, dont le coût s'élève à 6.000 euros.

"Si je récolte une demi-vendange, je serai content."
John Leroy
Oenologue du Domaine des Agaises (Ruffus)

À Haulchin, près de Binche, le Domaine des Agaises, plus grand vignoble du pays bien connu pour son mousseux Ruffus, ne peut que constater les conséquences de dix nuits de gelées sur deux semaines. "Des gelées de type hivernal commençant déjà à 22 heures et durant jusqu’à 7 heures du matin: du jamais vu! Dans certaines parties du vignoble, les bourgeons les plus avancés en maturité ont tous brûlé. Si je récolte une demi-vendange, je serai content", analyse John Leroy, l’œnologue du Domaine. Une demi-vendange? Cela représente environ 150.000 bouteilles, bien loin des souhaits des 2.000 clients sur la liste d’attente…

Des gelées exceptionnelles

"Les gelées ont également touché des régions peu habituées à cet épisode printanier plus récurrent dans les vignobles septentrionaux. Comme le Languedoc et toute la Vallée du Rhône qui subissent de fortes pertes. Ce qui est rare", explique Alain Pardoms, acheteur vins chez Delhaize. "Nous avons activé tous nos contacts afin de savoir si nos fournisseurs habituels avaient encore du vin à vendre et encore les disponibilités au même prix d’avant-gelées. Ce fut difficile, mais on y est arrivé. Je crains toutefois que, d'ici à un mois, les prix n’augmentent. Heureusement, la France est suffisamment grande pour nos besoins. Et indépendamment du volume qui sera impacté pour le millésime 2021, l’inconnue est aussi la qualité. La récolte risque d’être fortement hétérogène", poursuit le doyen des acheteurs de la firme au lion, un distributeur très actif sur les vins sud-africains et sud-américains (Chili, Argentine).

10
nuits de gelées
À Haulchin, près de Binche, le Domaine des Agaises a subi dix nuits de gelées sur deux semaines en avril.

"Heureusement, dans ces pays, la dernière vendange qui vient de se terminer – nous sommes dans l’hémisphère sud –, est de bonne qualité et avec de bons volumes. Nous allons pousser nos achats dans cette direction en présentant peut-être aussi de nouvelles références", projette Alain Pardoms.

Chez Cora, sept magasins au total en Belgique, les quantités pour les achats sont évidemment différentes. "Nos besoins ne sont pas les mêmes. J’ai envoyé des mails de soutien à nos principaux fournisseurs. S’il le faut, je modifierai la gamme. Je pense par exemple à Chablis qui est toujours très sujette au gel. Si les prix deviennent inabordables, je me passerai de cette appellation bourguignonne", considère Alain Renier, sélectionneur des vins pour Cora. "Maintenant, s’il faut mettre quelques centimes de plus pour une bouteille, je serai preneur. Je ne veux pas être le méchant acheteur mais je crains toutefois que certains prix vont nettement augmenter. Et ce n’est pas évident d’acheter trop et de stocker. Il sera préférable, pour certains vins, de sauter le millésime 2021. Mais il faut être prudent dans l’anticipation.", ajoute-t-il.

Pas de panique

"Attendons", préconise Eric Van Rysselberghe, acheteur des Bordeaux pour Colruyt. "En 38 ans de carrière, c’est la cinquième année que le même scénario se répète. Bien sûr, il y a des propriétés qui sont fortement touchées. Je suis navré pour eux. Mais je ne compte pas acheter pour autant des millésimes antérieurs encore disponibles. Nous avons des stocks en grands Bordeaux, sur plusieurs millésimes, et nous pouvons nous permettre de ne pas acheter durant deux ans", assure-t-il. Eric Van Rysselberghe explique que pour les "simples" Bordeaux, il n’est pas conseillé de se prémunir en achetant des millésimes trop anciens pour des vins dont le plaisir est d’être bu relativement jeune. "Hors Bordeaux, notamment dans le Languedoc, il y a du stock avec la fermeture de l’horeca et du tourisme freiné à cause du Covid. Je ne panique pas, on aura des bouteilles. Et hors Europe, on peut trouver beaucoup de vins intéressants dans l’hémisphère sud", ajoute-t-il.

"Nous avons des stocks en grands Bordeaux sur plusieurs millésimes. On peut se permettre de ne pas acheter durant deux ans."
Eric Van Rysselberghe
Acheteur des Bordeaux chez Colruyt

Rappelons enfin que l’an dernier, les ventes de vin ont progressé en Belgique. Un exemple: Colruyt a vendu en 2020 un million de litres de rosé en plus que l’année précédente…

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