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Veepee mise sur la seconde main

Jacques-Antoine Granjon, fondateur de Veepee. ©Antoine Doyen

En cette période de crise logistique, le géant français de l'e-commerce événementiel veut être moins dépendant des stocks. Il se diversifie tous azimuts. Notamment dans la vente de produits de seconde main.

Dans son grand bureau de la Plaine Saint-Denis, en plein "9-3", à deux pas du stade France, en banlieue parisienne, règne un improbable capharnaüm: statuette de la Vierge, gadgets et bibelots en tous genres, animaux empaillés, tableaux... Les lieux sont à l'image de son occupant: originaux. L'antre de Jacques-Antoine Granjon, cheveux longs et dégaine de rocker, tranche avec l'atmosphère feutrée des locaux d'un de ses actionnaires, le holding belge Sofina, qui détient 5,6% de son entreprise Veepee. Une opération effectuée lorsque Veepee, qui s'appelait encore vente-privee.com, racheta en 2016 l'Espagnol Privalia dont Sofina était actionnaire.

Jacques-Antoine Granjon a créé vente-privee.com (devenue Veepee début 2019) il y a tout juste 20 ans. Jusque-là, cet homme d'affaires, né avec le virus de l'entrepreneuriat (son oncle Pierre Bellon est le fondateur de Sodexo, n°1 mondial de la restauration collective), rachetait des stocks d'invendus aux grandes marques textiles et se chargeait de les revendre à des enseignes de déstockage comme, par exemple, Dod à Bruxelles.

"Nous ne faisons pas la même chose que les grandes plateformes d'e-commerce. Sur Amazon, les gens savent ce qu'ils cherchent, sur Veepee, c'est de l'achat impulsif."
Jacques-Antoine Granjon
Fondateur et PDG de Veepee

Il a ensuite pris le virage du web, devenant un des pionniers français de l'e-commerce. Mais à sa manière. Tout est basé sur les ventes événementielles: des produits de marque vendus en ligne en quantité limitée pour une durée limitée (de trois à cinq jours), proposés à prix bradés. Les "événements" ont lieu trois fois par jour: à 7h (9h le week-end), à midi pour les "moods" et à 19h. La veille de notre rencontre, 4,5 millions de visiteurs uniques s'étaient connectés à la plateforme et 88.000 commandes avaient été enregistrées, le site comptant 66 millions de membres.

Jacques-Antoine Granjon n'aime cependant pas qu'on le compare à Amazon ou à bol.com, qui livrent à la vitesse de l'éclair, alors que chez Veepee, il faut compter une bonne dizaine de jours en moyenne. "Nous ne faisons pas la même chose: nous vendons les invendus des marques, c'est de l'achat impulsif. Sur Amazon, les gens savent ce qu'ils cherchent, et, même si nous travaillons à les réduire, les délais de livraison sont moins stratégiques lorsque le produit est à 60 ou 70% moins cher", se défend-il.

Expansion

Au début, l'ex-vente-privee.com s'est concentrée sur le textile, puis a étendu son offre à d'autres produits et services (vins, épicerie fine, décoration, électronique, électroménager, voyages, billetterie de spectacles…). Elle a ensuite entamé une très (trop?) importante expansion géographique en rachetant des acteurs locaux, comme le Belge vente-exclusive.com, dont les fondateurs sont ensuite devenus actionnaires de leur repreneur.

3,8
milliards d'euros
En 2020, le chiffre d'affaires de Veepee a crû de 8% à 3,8 milliards d'euros.

Mais cette expansion est devenue difficilement gérable. Et la crise est passée par là. Veepee se recentre aujourd'hui sur huit pays européens: la France (qui représente plus de 50% de son chiffre d'affaires), la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, alors qu'elle pourrait abandonner le marché brésilien. L'entreprise a déjà quitté les États-Unis, vendu le Mexique, fermé la Pologne et le Danemark et abandonné le marché britannique en raison du Brexit.

Problèmes de stocks

A priori, Veepee est un des grands gagnants de la crise sanitaire, les consommateurs ayant été cloîtrés chez eux et les magasins fermés des mois durant. La réponse de son PDG est nuancée: "Oui, nous avons connu une hausse de 8% de notre chiffre d'affaires en 2020 (3,8 milliards d'euros) mais en même temps, nous avons perdu 400 millions dans le voyage et 100 millions dans la billetterie puisque ces secteurs ont été à l'arrêt, relève-t-il. Dans ce contexte, les activités belgo-luxembourgeoises ont fait mieux que se défendre avec un chiffre d'affaires en hausse de 30% à 182 millions d'euros.

"Nous sommes en sortie de crise sanitaire mais nous sommes entrés dans une autre: celle de l'approvisionnement."
Jacques-Antoine Granjon
Fondateur et PDG de Veepee

"Aujourd'hui, nous sommes en sortie de crise sanitaire mais sommes entrés dans une autre: celle de l'approvisionnement, poursuit le PDG; les magasins ont rouvert, il y a moins de stocks et la pénurie de matières premières a ralenti la production des ateliers chinois. Sans compter que les coûts de transport ont augmenté, vu la hausse des prix de l'énergie. Heureusement, la diversification de notre offre nous permet de limiter la casse". Jacques-Antoine Granjon prévoit une stagnation du chiffre d'affaires en 2021 et un exercice 2022 compliqué en raison des problèmes de stocks qui devraient perdurer.

Seconde main

En soi, une plateforme comme Veepee, avec son offre variée et ses prix cassés, favorise la consommation à outrance. Pas né de la dernière pluie, son PDG en est bien conscient. Le groupe investit donc dans des activités "tendance" et plus sociétales comme le recyclage et la seconde main. Ce qui, au passage, lui permet de se diversifier et de pallier en partie ces problèmes d'approvisionnement.

Après avoir développé la vente de téléphones et d'appareils électroniques reconditionnés (36 millions d'euros de ventes annuelles), Veepee lance à présent Re-cycle, ce qu'elle appelle la "vente inversée". Le principe? Le membre envoie à Veepee des vêtements de marque qu'il ne porte plus en échange d'un bon d'achat à dépenser dans leurs boutiques. Les vêtements sont triés, lavés, repassés et shootés avant d'être remis en vente à prix cassés sur le site. Ceux qui ne peuvent être vendus (environ 30%) sont donnés à des associations.

"On a aujourd'hui collecté 100.000 pièces", détaille Jacques-Antoine Granjon, évoquant des premières expériences réussies avec des marques comme Aigle et Timberland. "C'est un modèle rentable, assure-t-il: le process industrialisé de traitement des vêtements ne coûte que 2,40 euros l'unité, nous gagnons de l'argent via le fee payé par les marques et la vente des produits qui nous sont envoyés gratuitement par les membres". La première vente Re-cycle aura lieu en France, avant Noël. Le projet sera ensuite lancé dans les autres marchés où Veepee est présent. Vinted, le roi de la seconde main, pourrait avoir du souci à se faire.   

Non à la bourse

Alors que bien des sites d'e-commerce se sont financés en bourse, Jacques-Antoine Granjon, n'en voit pas l'utilité. "Nous n'avons aucun projet en ce sens. D'abord, parce que nous nous autofinançons, nous avons toujours été profitables. Ensuite, parce que l'IPO de Showroomprive (un concurrent de Veepee, NDLR), a été dramatique, elle a abîmé l'image de notre métier sur les marchés. Enfin, parce que notre métier dépend des stocks à 60%; c'est trop, il faut passer à 30%. On est donc dans un métier où il est difficile de donner des prévisions. Et ça, les analystes n'aiment pas du tout". Et puis, son PDG, qui détient 30% du capital de son entreprise, a de quoi voir venir. Selon Challenges, sa fortune professionnelle (la 73e de France) s'élèverait à 1,4 milliard d'euros.

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