Apple vs Qualcomm, la guerre des puces n'aura pas lieu

©AFP

Le procès s’annonçait long et complexe. Il n’aura duré que quelques heures. Apple et Qualcomm ont réglé à l’amiable le conflit commercial qui les opposait jusqu’ici.

Qualcomm et Apple ont annoncé mardi avoir conclu un accord pour mettre fin au différend commercial et juridique qui les oppose sur des droits de propriété intellectuelle, quelques heures seulement après l’ouverture d’un procès qui s’annonçait long et complexe. Les deux groupes américains de hautes technologies renoncent ainsi à l’ensemble des actions en justice dans ce dossier dont l’enjeu financier potentiel était estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

L’accord à l'amiable prévoit le paiement à Qualcomm par Apple d’une somme non précisée et se double d’un accord de licence de six ans effectif rétroactivement au 1er avril dernier, ajoute un communiqué commun. À Wall Street, l’action Qualcomm a gagné 23,21% après l’annonce de l’accord tandis qu’Apple a pris 0,01%.

Rétroactes

Le procès opposant les deux groupes sur l’utilisation de brevets s’était ouvert mardi devant un tribunal de San Diego, en Californie, et il était censé durer cinq semaines. Cette saga illustre bien l’interdépendance des fabricants et des fournisseurs sur le marché très lucratif des appareils mobiles et de leurs composants où des milliards de dollars sont en jeu.

7 milliards $
En octobre 2018, le manque à gagner entraîné par l’arrêt du paiement des redevances par les fabricants asiatiques des iPhone et iPad d’Apple atteignait 7 milliards de dollars.

Depuis le 20 janvier 2017, date de la première action intentée par Apple, les antagonistes s’affrontent, d’une part, sur le refus du géant à la pomme de verser des redevances au fournisseur des puces permettant de connecter les smartphones au réseau, et d’autre part, sur le prix demandé par Qualcomm pour l’utilisation de ses puces.

Apple cible des montants qualifiés d’exorbitants et réclame des dédommagements qui pourraient se chiffrer en milliards de dollars. "Qualcomm exige (…) une redevance bien plus élevée que (sa) contribution (technologique) -- un montant fondé sur le prix entier des produits innovants, qui n’utilisent la technologie que de façon marginale", argumente Apple. "Même quand Apple vend un iPhone avec plus de mémoire 256 Go plutôt 128 -, Qualcomm récupère de plus grosses redevances juste en raison de l’ajout de mémoire", ajoute le concepteur de l’iPhone, qui dit avoir été "surfacturé pour des milliards de dollars".

Qualcomm, qui accuse Apple de rupture de contrat, rétorque en affirmant que celui-ci a engagé des poursuites dans le seul but de négocier les prix à la baisse, abusant ainsi de sa position de force.

Plus important pour Qualcomm

L’enjeu du procès paraissait plus important pour Qualcomm, qui aurait eu plus à perdre qu’Apple. Une bonne partie de ses revenus proviennent en effet des redevances payées par les fabricants pour ses technologies brevetées: pour Apple, c’est même "le modèle économique" de Qualcomm, "qu’il protège via un monopole et des licences illégales", selon sa plainte de 2017.

L’impact comptable du litige avec Apple est d’ailleurs déjà conséquent pour Qualcomm: en octobre 2018, le manque à gagner entraîné par l’arrêt du paiement des redevances par les fabricants asiatiques des iPhone et iPad d’Apple, parmi lesquels le taïwanais Foxconn, atteignait 7 milliards de dollars.

Pour Apple, l’enjeu se situait surtout au niveau technologique. Qualcomm est en effet déjà en mesure de fournir de la 5G. Avec Intel, son actuel fournisseur, il risque de devoir se contenter de la 4G jusqu’à l’an prochain au moins.

Le procès de San Diego est en quelque sorte un point d’orgue. Après sa plainte initiale aux Etats-Unis pour abus de position dominante, Apple avait intenté deux actions supplémentaires contre Qualcomm en Chine, pour les mêmes faits. Qualcomm avait à son tour poursuivi Apple, l’accusant d’abuser de sa position de force pour faire baisser les prix. Début 2017 également, l’autorité américaine de la concurrence (FTC) lançait des poursuites contre Qualcomm, l’accusant d’avoir violé la législation antitrust lors de la vente de certains composants et licences à des fabricants de smartphones, dont Apple. En avril 2017, Qualcomm avait enfin dû reverser 815 millions de dollars au canadien BlackBerry, déjà sur un conflit autour des redevances.

Depuis 2015, via des condamnations ou des accords à l’amiable, le groupe a aussi dû verser de très fortes pénalités pour abus de position dominante en Chine, en Corée du Sud, à Taïwan, dans l’Union européenne…

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect