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interview

Marc Biron, CEO de Melexis: "Dans chaque Tesla vendue dans le monde, il y a 58 puces Melexis"

Entré en 1997 dans l'entreprise en tant que développeur, Marc Biron en a peu à peu gravi les échelons.

Marc Biron vient de succéder à Françoise Chombar à la tête du spécialiste belge des semi-conducteurs Melexis. C'est l'occasion pour lui de revenir sur la santé de l'entreprise alors que la pénurie mondiale de composants électroniques ralentit sévèrement le secteur.

Pour Melexis, 2021 est une année particulière. À peine remis de la crise sanitaire, le spécialiste des semi-conducteurs doit désormais composer avec une pénurie sans précédent de composants électroniques, l'empêchant de répondre pleinement à une demande en explosion. Le boom du véhicule électrique, le déploiement de la mobilité alternative, l'électrification des usages et la normalisation du télétravail sont autant de facteurs qui rendent l'électronique et les semi-conducteurs toujours plus indispensables. À un point tel que l'offre ne suit plus.

CV express

  • 1970: Naissance à Liège.
  • 1993: Diplôme d'ingénieur civil (ULiège).
  • 1997: Entrée chez Melexis en tant que développeur.
  • 2009: Responsable global du développement des produits.
  • 2010: Membre du comité exécutif de Melexis.
  • 2021: CEO de Melexis.

Pour piloter Melexis en ces temps incertains, le Conseil d'administration a opté pour une promotion interne: celle de Marc Biron. L'homme qui a intégré l'entreprise en 1997 succède ainsi à Françoise Chombar, chargée de son côté de prendre la présidence du CA. Ce tandem "maison" aura pour mission d'installer Melexis un peu plus comme un incontournable du secteur et de conserver, coûte que coûte, son expertise technologique de pointe.

Comment s'est passé le passage de témoin avec Françoise Chombar?

Nous travaillons ensemble depuis très longtemps. En tant que nouvelle présidente du CA, Françoise Chombar sera toujours en connexion avec les plans élaborés par le comité exécutif. Et ce dernier n’a pas changé. Le CA cherchait une évolution plutôt qu’une révolution. Il est question de continuité, sinon ils seraient allés chercher quelqu’un hors de l'entreprise.

Dans ses derniers résultats, Melexis a enregistré des ventes en nette hausse mais vous restez limités par l’offre. Comment expliquez-vous cette situation?

Avant, le marché des semi-conducteurs était dirigé par les acheteurs. Aujourd’hui, il est dirigé par les vendeurs, les fournisseurs. On peut aussi le voir positivement. Cela signifie que nous avons beaucoup d’opportunités, que les semi-conducteurs sont de plus en plus nécessaires dans la vie de tous les jours, tant dans l’automobile qu’ailleurs. Mais à court terme, il est clair que la situation est difficile. Nous ne sommes pas capables de suivre la demande.

Pour Marc Biron, la demande de semi-conducteurs va continuer à croître.

Comment analysez-vous la pénurie des composants électroniques?

L’origine de cette situation se trouve dans la pandémie. Avant, la demande et l’offre étaient bien alignées. En 2020, nos clients ont arrêté de commander, par peur du futur et dans un souci de gestion de crise. Nos commandes ont donc chuté avant de redémarrer au troisième trimestre mais le stock avait, entre-temps, été complètement mangé. Il a donc fallu le reconstruire, tout en fournissant cette demande en forte augmentation. Cette désynchronisation prend énormément de temps à se résorber parce qu’il faut augmenter la capacité de production. Et augmenter l’offre prend du temps et nécessite des investissements importants. Nous pensons que la situation ira au-delà de 2021 et se prolongera au moins jusque début 2022.

Quels autres facteurs mettent l’offre sous pression?

Les tensions commerciales internationales – comme celles qui opposent la Chine aux USA – représentent un risque, incontestablement. Tout ce qui crée de l’incertitude est problématique et peut influer sur l’offre. Mais le problème ne vient pas des matières premières.

Melexis a également indiqué souhaiter continuer à se diversifier. Quels sont vos objectifs en la matière?

Pour l’instant 88% de nos ventes se font vers le secteur automobile et les 12% restants vers des secteurs dits "adjacents". Nous visons une répartition 80-20. Cela parce que les compétences que nous avons créées pour l’automobile sont réutilisables dans d’autres secteurs. Et vice-versa. Et puis il est simplement important de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Évidemment, le problème d'offre reste le même dans les autres secteurs. On le voit par exemple avec la nouvelle console de jeux de Sony, la PS5, qui est indisponible faute de composants électroniques. C’est un problème global.

"Avant, le marché des semi-conducteurs était dirigé par les acheteurs. Aujourd’hui, il est dirigé par les vendeurs."

Quels sont vos autres secteurs cibles?

Nous avons divisé nos cibles en 5 catégories, relativement proches de l’automobile. On y trouve la mobilité alternative (vélos électriques, scooters, etc.), la santé, le gaming, les maisons connectées et la robotique. Ces marchés présentent de forts potentiels de croissance et ont un besoin important d’électronique.

Y a-t-il une trop grande dépendance à l’Asie dans votre secteur?

Moins pour nous que pour certains de nos concurrents. Notre fournisseur, X-Fab, qui fait partie du même holding, nous réserve des capacités de production. Pour le secteur dans son ensemble, l’Europe est en train d’essayer de créer un consortium afin de consolider les ressources et les compétences et de renforcer l’écosystème autour des semi-conducteurs. ll y a une grande différence entre les expertises existantes en Europe et celles en Asie.

"L'électrification modifie clairement notre stratégie."

Que signifie l’explosion de l’électrification des usages pour Melexis?

L’électrification modifie clairement notre stratégie. Dans l’automobile, on part d’une situation, avec les moteurs à combustion, à celle des véhicules électriques et hybrides qui nécessitent plus d’électronique,et de puces. Dans la voiture de demain, l’électronique est partout. La batterie est amenée à devenir le cœur du véhicule et cela s’accompagne de beaucoup d’applications qui nous concernent. Pour l’instant, en moyenne, il y a 13 puces Melexis par voiture produite. Nous souhaitons arriver à 20. Mais dans les voitures les plus modernes, ce chiffre augmente considérablement. Par exemple, dans chaque Tesla vendue dans le monde actuellement, il y a 58 puces Melexis.

Votre secteur connaît une phase de concentration. Melexis est-elle à la recherche d’acquisitions?

Historiquement, Melexis n’a pas beaucoup acquis de sociétés. Et le futur sera sans doute similaire au passé. Nous ne sommes pas en recherche active. Nous avons plein d’idées en interne.

Melexis est-elle rachetable?

On ne sait jamais ce qui peut se passer. Mais nous n’en ressentons pas le besoin.

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