1.500 Belges grugés dans une arnaque aux manuscrits anciens

Aristophil, société créée par Gérard Lhéritier, proposait à ses clients des manuscrits anciens et des lettres de collection. En promettant un très beau rendement. ©BELGAIMAGE

En Belgique, plus de 1.500 personnes se sont fait connaître dans le cadre de la faillite d’Aristophil. On évoque un passif de 13 millions d’euros.

On connaissait le volet français du dossier Aristophil. Un peu moins l’aspect belge. Pourtant, chez nous, plus de 1.500 demandes de revendications auraient été déposées. À peu de chose près, cela revient à dire que près de 1.500 personnes ont introduit une demande en vue de récupérer un manuscrit ou une lettre ancienne. D’après nos informations, le montant du passif d’Aristophil se chiffrerait à plus de 13 millions d’euros. Une somme qui pourrait encore évoluer dans les semaines et mois à venir.

Deux enquêtes pénales

Alors que la faillite de la SA (belge) d’Aristophil a été déclarée le 29 décembre dernier par le tribunal de commerce francophone de Bruxelles, les éventuels créanciers avaient jusqu’au 4 février pour se faire connaître auprès du curateur Alain Henderickx. Et ça n’a pas manqué.

Le premier PV dans le cadre de la faillite fait état, outre les demandes de revendication, d’un passif estimé, à ce stade, à plus de 13 millions d’euros.

13 millions €
Le montant total des créances réclamées dans le cadre de la faillite d’Aristophil SA, la filiale belge de la société créée par Gérard Lhéritier.

En réalité, en introduisant une demande de revendication, les détenteurs d’un manuscrit ou d’une lettre ancienne espèrent le récupérer. La démarche vise à se faire connaître en tant que propriétaire du document revendiqué. À terme, si celui-ci, pour une raison ou pour une autre, ne peut pas être restitué, une créance équivalant à la valeur supposée du manuscrit devra alors être inscrite dans la faillite.

• Qui est Aristophil? Pour mémoire, Aristophil SAS (société d’action simplifiée), une société créée en France en 1990 par Gérard Lhéritier, proposait à ses clients des manuscrits anciens et des lettres de collection, selon deux formules. Soit, le collectionneur achetait un manuscrit, le payait et l’emportait. Soit le collectionneur (ou investisseur) achetait le manuscrit, tout en le laissant à la disposition d’Aristophil qui pouvait l’exposer dans ses deux musées des lettres et manuscrits (Paris et Bruxelles). Parallèlement à cela, Aristophil garantissait un rendement annuel de 8%, pendant cinq ans. À ce terme, la société bénéficiait d’un droit de préemption en vue de racheter les manuscrits. Ou pas. Car droit de préemption ne veut pas dire obligation de rachat.

Sous le coup de deux enquêtes pénales, une menée en Belgique, l’autre en France, l’empire Aristophil s’est effondré. En France, la société a été placée en redressement judiciaire, ses activités sont interrompues. En Belgique, c’est la faillite qui a été déclarée à la fin de l’année dernière.

Où sont les manuscrits?

D’après nos informations, les placements des collectionneurs-investisseurs attirés par ce système oscilleraient entre 5.000 et 100.000 euros. Et la grande question aujourd’hui sera de savoir s’il s’agissait d’achats effectués par des collectionneurs ou de placements gérés par des investisseurs. Et surtout, si tel est le cas, Aristophil bénéficiait-il d’un agrément pour proposer de tels investissements au public? Ce point devra être analysé par les enquêteurs qui travaillent dans le cadre des deux enquêtes pénales parallèles.

À ce stade, beaucoup de questions restent encore sans réponse. Et la première n’est certainement pas la moins importante. Où sont les manuscrits? Si les langues ne se délient pas facilement à l’heure d’aborder ce sujet, une certitude émerge: les manuscrits retrouvés auraient tous été saisis.

Maintenant, il va falloir faire le grand tri. Répertorier, inventorier, déterminer ce qui appartient à qui, entre la France et la Belgique, entre Aristophil et les collectionneurs. Encore beaucoup de pain sur la planche, on le voit, surtout que les deux enquêtes pénales en cours devraient sensiblement ralentir les procédures civiles. Comme la faillite qui vient d’être ouverte à Bruxelles.

Quelle que soit la suite des événements, il faudra de la patience aux investisseurs avant d’espérer récupérer quoi que ce soit. Tout d’abord parce que deux enquêtes pénales sont en cours. Elles visent à faire la lumière sur les activités d’Aristophil. Les enquêteurs cherchent à savoir s’ils ne sont pas en présence d’une arnaque de type Ponzi. Ils soupçonnent Gérard Lhéritier d’avoir entretenu tout son système avec l’argent des nouveaux investisseurs. Ensuite, avant de pouvoir restituer des manuscrits ou rembourser qui que ce soit, il va falloir tirer les choses au clair. D’après nos informations, la plupart des manuscrits seraient détenus par Aristophil SAS, la société française. A priori, Aristophil SA, la société belge, en faillite, ne détiendrait actuellement rien. Les musées des lettres et manuscrits, tant à Paris qu’à Bruxelles, qui sont gérés par des entités juridiques distinctes, pourraient par contre détenir des manuscrits. En tout état de cause, les deux sociétés Aristophil sont à l’arrêt, les comptes ont été saisis, tout comme les manuscrits. En France et en Belgique, Aristophil aurait réussi à attirer pas moins de 18.000 clients.

Les 1.500 Belges qui ont introduit une demande de revendication représentent donc moins de 10% de l’ensemble des personnes ayant investi dans des manuscrits proposés par Aristophil. Aristophil SAS détiendrait quelque 135.000 pièces.

Au cours des prochaines semaines, le curateur d’Aristophil SA devra tenter d’identifier les plaignants, la totalité du passif, localiser les actifs et essayer de récupérer les créances qui figurent sur les débiteurs de la société. Il nous revient par exemple que le musée des lettres et manuscrits, situé dans la Galerie du Roi, à Bruxelles, est fort endetté par rapport à Aristophil SA qui a largement financé l’installation du musée. Créée le 8 mars 2004, la filiale belge d’Aristophil avait été dotée d’un capital initial de 400.000 euros. Le 12 juillet 2010, ce capital avait été porté à un million d’euros. Selon les derniers comptes disponibles, Aristophil SA a réalisé, en 2013, un chiffre d’affaires de 17,4 millions d’euros, affichant une perte de 2,7 millions d’euros. En France, les résultats 2013 s’étaient bouclés sur un chiffre d’affaires de 166 millions et un bénéfice de 3,5 millions. N.K.

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