2020 marquera un tournant pour les assureurs

Les assureurs-crédit seront fortement sollicités l'année prochaine en raison du nombre important de faillites attendu à la suite du confinement. ©BELGA

Assuralia dévoilait ce jeudi les (bons) chiffres-clefs du secteur pour l'année 2019, mais les assureurs redoutent plutôt les résultats pour 2020 et tentent d'anticiper l'année prochaine.

Contrairement à la coutume, Assuralia n'a pas organisé de conférence de presse afin de présenter les principaux chiffres du secteur belge des assurances pour l'année 2019. "Avec ce qu'il est en train de se passer cette année, l'année passée semble une époque dépassée", estime Wauthier Robyns, le porte-parole de la fédération.

La cuvée 2019 aura pourtant été positive pour les assureurs. Pour l'ensemble des compagnies belges, les encaissements ont atteint la bagatelle de 29,2 milliards d'euros, soit une augmentation de 3%. Que ce soit dans le segment vie ou dans celui des sinistres, la hausse a été supérieure à l'inflation, ce qui correspond à une croissance réelle.

"Pour la septième année consécutive, les assureurs vie ont déboursé davantage en prestations qu'ils n'ont récolté de primes."
Assuralia

L'assurance vie n'est pas sans susciter certaines inquiétudes dans un contexte de vieillissement de la population. Si les primes sont reparties à la hausse pour la seconde année de suite, le niveau d'encaissement demeure largement en deçà de la période faste du début des années 2000. "Pour la septième année consécutive, les assureurs ont, dans le cadre de cette branche, déboursé davantage en prestations qu'ils n'ont récolté de primes", stipule le rapport.

Faiblesse des taux

Les avoirs relatifs à la branche 21 individuelle ont ainsi plongé à proximité de la ligne des 100 milliards d'euros, soit "un recul conséquent" selon la fédération. Si l'activité vie, en comptabilisant la branche 23 et les assurances groupes, représente encore un montant de 200 milliards d'euros, "ce chiffre impressionnant n’est pas suffisant pour garantir à la population un niveau de vie souhaitable d’un point de vue sociétal pour ses vieux jours".

La faiblesse persistante des taux d'intérêt en est la principale raison. Le rendement des portefeuilles de placements, dont la valeur atteint quelque 322 milliards d'euros, a atteint un pauvre niveau de 2,5% en 2019. L'organisation pointe par ailleurs "les décisions politiques désastreuses visant à taxer cette forme d'épargne".

1,6
milliard d'euros
Assuralia table sur une chute des encaissements de 1,6 milliard d'euros cette année, principalement dans le segment Vie.

Pour 2020, les perspectives ne sont pas réjouissantes non plus: Assuralia table sur une forte baisse des encaissements dans le segment de l'assurance-vie individuelle. Une baisse qui devrait avoir pour conséquence un recul du chiffre d'affaires global du secteur de 1,6 milliard d'euros, les primes en sinistre et en assurances groupe étant censées conserver un niveau plus ou moins similaire par rapport à ceux enregistrés dans le passé. La fédération sectorielle mise ainsi sur un chiffre d'affaires total de 27,6 milliards d'euros sur l'ensemble de l'exercice.

D'autres secteurs devraient évidemment aussi être touchés par le contexte économique difficile des derniers mois et des prochains. Parmi ceux-ci: l'évolution de l'assurance assistance, qui s'était fort développée jusque fin 2019 en raison de la tendance des voyageurs à organiser eux-mêmes leurs vacances, s'écrit avec un point d'interrogation en raison de la pandémie qui "bouleverse les perspectives du secteur des voyages".

Les assureurs-crédit devraient quant à eux être fortement sollicités alors que l'on craint de nombreux dépôts de bilan une fois que toutes les mesures de report de crédit seront arrivées à échéance d'ici la fin de l'année. Ils bénéficiient cependant d'une réassurance partiellement supportée par l'État.

Chute de certains risques

Le recul escompté du chiffre d'affaires sectoriel se fonde également sur la diminution du risque dans plusieurs secteurs. Ainsi, la chute du nombre de déplacements en raison du recours massif au télétravail fait diminuer la sinistralité en matière d'assurance automobile. Pour le même motif, les primes dans la branche accident du travail devraient elles aussi chuter.

Le secteur tente néanmoins de rassurer en faisant valoir sa grande robustesse. La position de solvabilité des compagnies d'assurance belges atteint ainsi un niveau quasiment deux fois supérieur aux exigences réglementaires. Cette position s'est détériorée au cours des derniers mois avec la baisse de la valeur des portefeuilles d'investissement, mais les réserves de fonds propres constituées par le passé devraient s'avérer suffisantes pour faire face au marasme économique des prochains mois.

Enfin, Assuralia donne comme chaque année le classement des compagnies en terme de parts de marché. AG Insurance trône toujours largement en tête avec 22,7% des encaissements. AXA, numéro 2 du secteur, dépasse AG d'une courte tête dans le segment non-vie. Au classement général, la troisième place est dorénavant occupée par KBC, qui l'a subtilisée à Ethias. Belfius complète le top 5.

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