En sous-effectif et épuisés, les employés d'Allianz Benelux défient la direction

©Kristof Vadino

Face à une charge de travail jugée insoutenable et des licenciements injustifiés, les syndicats ont mené une première action ce mardi, alors que la direction rejette ces allégations en bloc.

Ils étaient plusieurs centaines de travailleurs à faire le pied de grue, mardi matin devant les bureaux d’Allianz Benelux, rue de Laeken à Bruxelles. Pendant deux heures, les employés de la septième compagnie d’assurance du pays ont exprimé leur mécontentement en bloquant les portes du siège.

L’entreprise est en proie à un conflit social larvé depuis plus d’un an. Les syndicats dénoncent un manque criant de personnel dans plusieurs services, avec pour conséquence une charge de travail devenue insupportable. "C’est un problème récurrent auquel aucune solution n’a été apportée depuis des mois", détaille Fatima Daidou, permanente pour la CNE. "En fait, la direction nie la réalité de cette surcharge de travail", souligne Yves Flamand du SETCa.

"La direction et les syndicats ne parlent pas la même langue."
Yves Flamand
SETCa

Pour l’instant, sa seule réponse a été d’encourager les salariés à plus de flexibilité. "Le management tente de tirer la loi Peeters au maximum, mais ce n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois", estime Fatima Daidou. "On ne résout pas ce type de problème en faisant travailler encore plus des gens qui sont déjà sur les genoux."

Trois départements seraient plus particulièrement affectés par cette problématique de sous-effectifs: les sinistres, l’hospitalisation et les accidents de travail. Les dossiers s’empilent et la qualité du service aux particuliers et aux courtiers s’en ressent. "Les assurés s’énervent de ces retards auprès des collaborateurs, ce qui augmente encore la pression sur eux. Ils sont devenus des punching-balls entre la direction et les clients", estime Yves Flamand.

Pour y remédier, un appel a été lancé aux volontaires acceptant de travailler le week-end. Seulement deux personnes y auraient répondu favorablement, selon les syndicats.

Licenciements arbitraires

La direction d’Allianz a effectivement une tout autre lecture de la situation. Dans une réaction écrite à la suite de ce qu’elle considère comme une action "sauvage", la compagnie précise que "la charge de travail est régulièrement abordée avec les partenaires sociaux et des mesures sont prises au niveau des différents départements lorsque cela s’avère nécessaire", précisant que ces dernières se révèlent efficaces.

Allianz serait devenue ces dernières semaines le théâtre de licenciements abusifs.

Une affirmation balayée d’un revers de main par les permanents. "Les cas de maladie, de burn-out et d’épuisement se multiplient", pointe Fatima Daidou. "En raison du nombre d’absents, certains services travaillent avec moins de la moitié de ses effectifs", embraie Yves Flamand. Pour pallier ces carences, ils demandent l’engagement de quinze personnes, mais cette requête n’a pas encore été rencontrée, alors que les processus de numérisation et l’automatisation sont encore bien perfectibles.

Parallèlement, Allianz serait devenue ces dernières semaines le théâtre de licenciements abusifs. "Des collaborateurs qui effectuent correctement leur travail depuis vingt ans se sont vus congédiés du jour au lendemain", dénonce Fatima Daidou. "Ces limogeages n’ont pas été justifiés. Certains paient peut-être ainsi leur franchise", présume Yves Flamand.

Des accusations que la direction rejette avec force. "Nous ne nous reconnaissons d’aucune façon dans l’image du licenciement arbitraire que les syndicats ont esquissée. Dans le cas d’un licenciement, nous respectons toutes les obligations qui nous incombent en tant qu’employeur."

Dialogue de sourds

Les profondes divergences entre employeur et employés pourraient en partie s’expliquer par les changements intervenus au sein de la direction des ressources humaines. Des interlocuteurs de confiance ont été remplacés par des consultants externes "sans pouvoir décisionnel" déplorent les représentants, qui dénoncent la volonté de la direction de délocaliser ce service à l’étranger.

Une conciliation sociale, menée par la présidente de la commission paritaire du secteur, est en cours depuis l’automne, mais cette procédure n’a encore rien résolu. "La direction et les travailleurs ne parlent pas la même langue, le dialogue est extrêmement difficile", insiste Yves Flamand.

Après leur action de mardi matin, les syndicats attendent maintenant un geste positif du management. Dans le cas où celui-ci ne viendrait pas, de nouveaux mouvements seraient à prévoir.

Assurances

La commission paritaire 2019-2020 signée

Assuralia, la fédération sectorielle du secteur de l’assurance, et les syndicats sont parvenus à un accord quant à la conclusion de la commission paritaire 2019-2020.

Les discussions achoppaient depuis le mois de septembre sur la question du pouvoir d’achat. Lundi, les partenaires sociaux ont convenu de l’octroi d’une prime non récurrente de 200 euros net en 2020, ainsi que du versement d’une prime récurrente de 100 euros net par an à partir de juin 2020.

"Cette prime ne doit pas forcément être versée en cash", explique Wauthier Robyns, porte-parole d’Assuralia. "Elle peut prendre la forme de chèques-repas, d’une participation bénéficiaire ou encore d’un complément au plan de pension, par exemple."

L’accord porte également sur le crédit-temps et les prépensions, la "déconnexion", le télétravail et les formations.

Les dispositions concernant la procédure en cas de licenciement technique sont quant à elles prolongées jusque fin 2021.

Allianz 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect