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L'Europe fourbit ses armes face aux géants du paiement

©REUTERS

Le secteur des services de paiement connaît des bouleversements depuis plusieurs mois. Les acteurs européens tentent de se faire une place dans ce paysage en recomposition.

Le monde du paiement est en pleine transformation. Au début du mois, seize banques issues de cinq pays lançaient officiellement la "European Payment Initiative" (EPI), un projet ambitieux destiné à tailler des croupières aux géants américains du paiement que sont Visa et Mastercard.

La semaine passée, le français Worldline officialisait  son offre de rachat sur son compatriote Ingenico pour la bagatelle de 7,8 milliards d’euros. Les deux annonces sont d’une nature différente, mais elles sont symptomatiques d’un marché en pleine mutation.

"L’acquisition d’Ingenico par Worldline s'inscrit dans une dynamique de consolidation de l'industrie du paiement", estime Stefan Dab, managing director et senior partner chez Boston Consulting Group. Un deal qui vient s’ajouter à une série d’opérations de grande ampleur dans ce secteur.

Consolidation

En 2019, l’américain FIS mettait la main sur le britannique Worldpay pour 43 milliards de dollars. Dans la foulée, Fiserv déposait 39 milliards de dollars pour prendre le contrôle de First Data tandis que Global Payment déboursait 21,5 milliards de dollars pour TSYS.

2.400
Milliards de dollars
Selon une étude du Boston Consulting Group, les revenus liés au paiement représenteront quelque 2.400 milliards de dollars en 2027.

"La tendance est lourde", estime Stefan Dab. "Quelques gros acteurs achètent les petits pour atteindre une taille critique et ainsi bénéficier d'économies d’échelle." Les infrastructures de paiement sont particulièrement lourdes et onéreuses et y investir demande dès lors de gros moyens, mais le coût marginal pour traiter davantage d’opérations est quant à lui modique. En somme, il faut atteindre une certaine masse pour être performant et poursuivre ses investissements dans le réseau.

Le jeu en vaut la chandelle : selon une étude du Boston Consulting Group, les revenus globaux relatifs aux paiements devraient atteindre 2.400 milliards de dollars d’ici 2027"C’est un marché en pleine croissance, notamment en raison de la diminution de l’utilisation du cash", explique Fabrizio Marchesi, Analyste senior VP chez Moody’s Investors service.

"Le rachat d’Ingenico a de plus beaucoup de sens, car les deux entreprises sont très complémentaires", estime Stefan Dab. Worldline est ainsi spécialisé dans le traitement des transactions et les services aux marchands tandis qu’Ingenico produit notamment des terminaux de paiement. La nouvelle entité sera ainsi présente sur tout le processus de paiement et deviendra le numéro quatre du secteur à l’échelle mondiale.

Le paysage du paiement reste fragmenté en Europe, et cette opération devrait en amener d’autres.

Souveraineté

Parallèlement, l’EPI a été officiellement lancée par seize institutions bancaires de premier ordre de la zone euro. Le projet, qui comporte la conception d’une carte bancaire de nouvelle génération et la mise sur pied d’une solution de paiement instantanée, se veut ambitieux : il vise à terme 60% de parts de marché en Europe."C’est plutôt optimiste", estime Fabrizio Marchesi. Les deux acteurs mondiaux de la carte de paiement que sont Visa et Mastercard sont en effet très bien implantés en Europe et seront difficiles à faire bouger.

"Le marché du paiement est en pleine croissance, notamment en raison de la diminution de l’utilisation du cash"
Fabrizio Marchesi
Vice-président du service Investisseurs de Moody’s

Le spectre des GAFAM

Ces opérations de consolidation sont peut-être également motivées par les serpents de mer du secteur des paiements : les GAFAM, qui procurent déjà de tels services, mais sans s’affranchir des acteurs traditionnels.

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