analyse

"Ageas est devenu une cible incontournable"

©BELGA

Fosun International envisagerait le rachat de l’assureur. Mais quelle sera la réaction des régulateurs?

Après le rachat d’Ablynx par le groupe français Sanofi et l’offre - toujours en cours - lancée sur Ontex par le fonds d’investissement français PAI Partners, le Bel 20 pourrait voir disparaitre dans les prochains mois un autre fleuron: l’assureur Ageas.

La nouvelle, dévoilée mardi soir par l’agence de presse Bloomberg qui cite des sources proches du dossier, n’a encore rien d’officiel. Selon ses informations, la société belge serait dans le collimateur du conglomérat chinois Fosun International. Il détient déjà 3,10% du capital d’Ageas et envisagerait d’accroître sa participation voire d’acquérir l’entièreté des parts restantes. Des options alternatives existent également comme la recherche d’un partenaire pour scinder l’entreprise. Mais rien n’a encore été décidé.

"Fortis free"

Cela n’a pas empêché les investisseurs de bien accueillir la nouvelle. L’action Ageas a gagné jusqu’à 6,57% ce mercredi en Bourse pour retrouver son niveau d’il y a dix ans. Signe que l’opération est plausible à leurs yeux? Pour de nombreux observateurs, on ne le peut l’exclure en tout cas. Le timing est d’ailleurs parfait. Ageas vient de se libérer du gros boulet qu’elle traînait depuis sa création, à savoir l’héritage de l’affaire Fortis.

"Maintenant qu’Ageas est ‘Fortis free’, cela pourrait être une cible incontourna-ble"

Pour mémoire, la Cour d’Appel d’Amsterdam a avaliséle 13 juillet l'accord à l'amiable trouvé entre l’assureur et les organisations représentant les actionnaires s'estimant lésés. "Maintenant qu'Ageas est 'Fortis free', cela pourrait être une cible incontournable pour un conglomérat chinois désireux d'étendre ses activités", estime Jason Kalamboussis, analyste de KBC Securities. Mais "il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives de ce qui semble n'être que spéculation à ce stade", précise-t-il.

Un autre point qui facilerait l’OPA est l’absence d’actionnaire de référence (lire l’encadré ci-contre). Quant à la capacité financière de Fosun, le conglomérat chinois disposait d’une trésorerie de 15,8 milliards d’euros au 31 décembre 2017, pour une dette totale d’environ 19 milliards. Ageas est valorisée à 9,15 milliards à l’heure actuelle.

Des régulateurs attentifs

D’un autre côté, Fosun risque de rencontrer quelques obstacles s’il décide de mettre la main au portefeuille. "Les entreprises asiatiques d'Ageas sont toutes des coentreprises et il reste à voir comment ses partenaires réagiraient à un changement de contrôle", souligne Bart Jooris de Degroof Petercam.

"Nous pensons que le régulateur belge sera soucieux de défendre les intérêts des assurés belges, compte tenu de l'importance systémique d'AG Insurance (valorisée à 3,8 milliards d’euros)."
Benoit Pétrarque
Kepler Cheuvreux

"De plus, les régulateurs européens pourraient avoir des difficultés à ce que les activités d’Ageas en Europe soient prises en charge par un conglomérat chinois, vu des difficultés rencontrées par Anbang (gros assureur chinois qui détient notamment Fidea et Nagelmakers,NDLR) dans le passé".

Les autorités belges pourraient également mettre leur grain de sel. Ageas est le leader en assurance-vie et numéro deux en non-vie chez nous. "Nous pensons que le régulateur belge sera soucieux de défendre les intérêts des assurés belges, compte tenu de l'importance systémique d'AG Insurance (valorisée à 3,8 milliards d’euros)", pointe dans une note Benoit Pétrarque de Kepler Cheuvreux. Il rappelle également que la division représente quelque 57 milliards d'euros d'assurance-vie en Belgique et est un grand détenteur d'obligations d’Etat belge.

Éclatement?

En cas de scission des activités d’Ageas, l’analyste estime par ailleurs que l’avis de BNP Paribas sera la clé des discussions. "Nous ne pensons pas que Fosun pourrait diviser le groupe et vendre l'activité d'assurance belge sans le consentement de BNP Paribas, car il pourrait y avoir un risque de perdre l'accord de distribution", explique-t-il, tout en indiquant une plus grande probabilité que Fosun procède à un éclatement de l’assureur belge.

Son avis n’est cependant pas partagé par la majorité des observateurs. Beaucoup se montrent encore très prudent et rappellent qu’il n’y a rien sur la table pour l’instant. "Il n'y a pas encore d'offre et il n'est pas certain qu'il y en aura une", conclut Bart Jooris.

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