portrait

Avec Amanda Blanc, Aviva fait sa mue

En à peine six mois, le quatrième assureur européen a été profondément transformé par sa nouvelle directrice générale, qui a convaincu les actionnaires en réduisant rapidement la voilure.

Il y a exactement un an, le 5 mars 2020, le cours d'Aviva amorçait une brutale chute à la bourse de Londres, perdant les deux tiers de sa valeur en seulement quinze jours.

La publication des résultats annuels, les premiers sous la direction d'Amanda Blanc, a finalement relativisé les frayeurs initiales. Aviva voit en effet ses profits progresser de 250 millions de livres et tutoyer la barre des 3 milliards de livres (environ 3,47 milliards d'euros). Le cours de l'action a recouvré ses niveaux pré-pandémiques, comme si l'année écoulée n'avait pas fondamentalement été différente des précédentes.

CV Express

1967: Naissance au Pays de Galles.
1989: Commercial Union (ex-Aviva).
1999: Arrive chez AXA.
2003: Passe chez Groupama.
2009: Travaille chez Towergate Insurance.
2011: Devient CEO chez AXA pour le Royaume-Uni.
2018: CEO chez Zurich Insurance pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.
2020: CEO d'Aviva.

En réalité, Aviva a vécu la mue la plus importante des dix dernières années, qui ont été marquées par une instabilité chronique à la direction générale. Amanda Blanc a en effet pris la suite de Maurice Tulloch l'été dernier. Celui-ci a dû démissionner après seulement dix-huit mois de fonctions, en raison de soucis de santé. Lui-même avait succédé à Mark Wilson, qui avait été poussé vers la sortie en raison de désaccords stratégiques. Ce dernier avait pris la relève d'Andrew Moss en 2012, suite au mécontentement des actionnaires en raison d'un décalage entre la politique de rémunération et les performances du groupe.

Une stratégie au pas de charge

Amanda Blanc est-elle là pour durer? Sa stratégie a en tout cas été menée au pas de charge, à la façon d'une cheffe d'État fraîchement élue qui sait qu'elle n'a que quelques mois pour mener ses réformes. La priorité a été de recentrer le groupe sur ses marchés historiques du Royaume-Uni et d'Irlande. Celui-ci s'est en effet beaucoup diversifié, il possède par exemple la société belge Parnasse Square Invest, qui exploite notamment le Renaissance Hotel de Bruxelles.

Pas moins de sept divisions internationales ont été vendues depuis l'arrivée d'Amanda Blanc. La plus importante a été la branche française, cédée au groupe Aéma pour 3,2 milliards d'euros. Le risque est réel, puisqu'avec 3 millions de clients et 7,8 miliards d'euros de chiffre d'affaires, elle générait environ 15% des revenus d'Aviva. D'autres ventes ont été réalisées (Singapour, Italie, Pologne, Turquie) et de nouvelles opérations cessions pourraient suivre (Inde, Chine).
Aviva, qui a pu récupérer 5 milliards de livres avec ses différentes ventes, va réduire son endettement en remboursant 1,7 milliard de dettes au cours du premier semestre.

Les investisseurs ont salué l'action rapide d'Amanda Blanc depuis l'été dernier, avec un cours qui a nettement mieux performé que ceux des autres géants européens de l'assurance comme Allianz, Prudential, Axa ou Legal & General.

Une deadline exigeante

Amanda Blanc est déjà depuis plusieurs années l'une des figures les plus éminentes de l'industrie. Elle est la première femme à occuper le rôle de CEO d'Aviva, ainsi que de l'Association of British Insurers. Alors qu'elle n'avait pas 30 ans, dans les années 90, elle fut aussi la première directrice d'agence de l'assureur, lorsqu'il s'appelait encore Commercial Union.

Aujourd'hui dans sa cinquante-quatrième année, celle qui rêvait à l'origine de faire une carrière de pianiste est un pur produit de l'assurance, même si elle a fait quelques détours vers la concurrence (Groupama et surtout AXA, où elle également occupé des fonctions de CEO pour le Royaume-Uni, puis Zurich Insurance pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique).

En dehors des questions purement stratégiques et financières, la directrice générale vient de frapper fort en faisant d'Aviva le premier grand assureur au monde à indiquer à ses entreprises clientes qu'il cesserait de les couvrir si elles échouaient à atteindre des objectifs environnementaux ambitieux. Concrètement, Aviva ne suivra plus les sociétés qui génèrent plus de 5% de leur chiffre d'affaires en exploitant des ressources fossiles, à moins qu'elles se soient engagées à des cibles élevées dans le cadre de l'Accord de Paris. La deadline est exigeante: 2022.

L'une des 6 femmes CEO du FTSE 100

Amanda Blanc fait partie des six directrices générales du FTSE 100, qui rassemble les 100 plus grandes sociétés cotées sur le London Stock Exchange. Seules 17 femmes occupent actuellement les plus hautes responsabilités des 350 premières sociétés du LSE.

Passionnée de rugby

Outre son excellent niveau au piano, Amanda Blanc regarde régulièrement des matches de rugby et est d'ailleurs la présidente de la Welsh Professional Rugby Board. Elle partage cette passion du ballon ovale avec l'autre femme qui a marqué le marché de l'assurance ces dernières années, Inga Beale, qui a spectaculairement modernisé les codes du Lloyd's of London lorsqu'elle le dirigeait.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés