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Bad bank de Fortis: "On a réalisé l'irréalisable"

Jacques Straetmans CFO et Danny Frans CEO de Royal Park Investments (de droite à gauche) (©Thierry du Bois) ©Thierry du Bois

Personne n’imaginait quand RPI a été créé pour loger les actifs à risque de l’ex-Fortis que le portefeuille serait vendu avec une plus-value quatre ans et demi plus tard. Ses dirigeants reviennent sur leur expérience hors du commun.

C’est la première interview de Danny Frans, le CEO de Royal Park Investments, et Jacques Straetmans, le CFO, depuis l’annonce, fin avril, du rachat par Lone Star et Credit Suisse des actifs de RPI et des dettes qui les accompagnent. Le sentiment qui domine? La satisfaction du devoir accompli.

  • En commençant votre tâche, imaginiez-vous ce dénouement?

Danny Frans. Non, pas du tout. Nos sommes très fiers. Nous avons réalisé l’irréalisable et transformé une histoire très négative en histoire très positive. Même nous, en découvrant le portefeuille, nous sommes d’abord dit que c’était mission impossible. Mais nous avons mis les premiers mois à profit pour identifier ce qu’il y avait dans le portefeuille, et surtout négocier avec BNP Paribas un financement viable. Nous avons pu ensuite trouver du financement de tiers, grâce à la signature de l’État, moins cher et plus flexible que celui offert par BNP P Fortis.

Jacques Straetmans. Le fait d’avoir conclu une série de couvertures, aussi bien sur le risque de taux d’intérêt que sur le risque de change, a aussi été important. Cela nous a rapporté près de 600 millions d’euros sur 1,4 milliard de bénéfice cumulé avant impôt.

D.F. Le plus important, surtout, est d’avoir pu réunir le capital humain nécessaire pour gérer à la fois le portefeuille et la trésorerie, même si personne n’y croyait. Mais c’était pour les 12 personnes employées par RPI l’occasion de faire leurs preuves.

  • Que va devenir le personnel de RPI?

J. S. Trois personnes partent ce mois-ci, et fin 2013 au plus tard, il n’y aura plus d’employés sur le payroll. Ceci dit, il faudra encore organiser la manière dont on assure le suivi des "claims" aux Etats-Unis, qui va encore prendre un certain temps. Nous avons introduit trois procédures, contre 12 banques d’investissement au total, à qui nous réclamons 3 milliards de dollars. Nous n’avons aucune garantie de gagner, mais notre dossier est solide, et nos avocats travaillent sur base de "success fees". Soit on va aboutir devant les tribunaux, soit il y aura un accord. Et si nous récupérons de l’argent, ce sera pour les actionnaires.

  • Allez-vous rester pour assurer ce suivi?

J.S. Nous n’en avons pas encore discuté. Depuis fin avril, nous nous sommes concentrés sur la concrétisation de l’accord. À part 391 millions de dollars d’actifs pour lesquels nous avons besoin du consentement de tiers, nous avons vendu tout le reste du portefeuille. Et même si nos équipes étaient confrontées à la fin de leur mission, elles ont géré cela de manière très professionnelle, venant même travailler le lundi de Pentecôte. L’argent est là, et lundi passé, une assemblée générale extraordinaire a décidé de redistribuer le 1,7 milliard d’euros de capital injecté par nos actionnaires, plus un dividende de 200 millions d’euros, qui sera versé vendredi. Le reste suivra.

  • Quelle est la principale leçon de cette expérience?

D.F. Nos actionnaires ont pris la bonne décision de créer une "bad bank" séparée. Cela nous a permis de nous focaliser sur notre tâche, avec un mandat très clair, mais aussi une flexibilité pour prendre les décisions, et cela se révèle plus efficace que d’autres modèles en Allemagne ou en Suisse.

J.S. Par exemple, dans la deuxième moitié de 2011, quand la Belgique venait de battre le record de formation d’un gouvernement, malgré la signature de l’État, nous n’arrivions plus à attirer les investisseurs pour assurer notre financement. Heureusement, avec l’aide de Fortis et de la Trésorerie, nous avons eu accès aux lignes de la BCE. Et cela n’a pas demandé 45 signatures.

  • Quel est votre principal regret?

D.F. Ne pas avoir réussi à convaincre les médias de ne plus appeler Royal Park Investments la "bad bank de l’ex-Fortis"...

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