Chez GBL, la nouvelle génération passe à l'offensive

Albert Frère, CEO de GBL, suivi de Gérard Lamarche. ©BELGA

Le holding des familles Frère et Desmarais débourse 2 milliards d’euros pour devenir le principal actionnaire du groupe SGS.

C’est le premier investissement d’envergure depuis que Ian Gallienne et Gérard Lamarche sont aux commandes de GBL. Une opération que les deux hommes ont bouclée rapidement. "Nous avons commencé à discuter il y a six semaines à peu près. L’opportunité était attractive, nous connaissions bien le secteur et la société, qui est active sur un marché en croissance, nous pouvions y acquérir d’un coup 15%, nous avons donc décidé de sauter dans le train", confie Ian Gallienne.

Les deux administrateurs délégués soulignent que l’acquisition répond en tous points aux critères d’investissement de GBL. "SGS combine à la fois une croissance à deux chiffres et un rendement en dividende de 2,7%, ce qui est rare, pointe Gérard Lamarche. C’est une société leader sur son marché, avec

un "business model" clair et un management de qualité et très dynamique, qui a montré sa capacité à faire de nombreuses acquisitions et à créer de la valeur dans la durée. Elle permet à GBL de diversifier son portefeuille, tant d’un point de vue sectoriel que géographique. Et elle a un impact positif sur les cash earnings de GBL".

Dernier aspect, et non des moindres: GBL devrait avoir une vraie influence sur la gouvernance de l’entreprise.

Avec 15% du capital, le holding devient en effet le principal actionnaire de l’entreprise, talonné par la famille von Finck, qui détient 14,97% de l’entreprise. Cette famille d’origine allemande a fondé en 1870 Merck, Finck & Co, la banque privée à l’origine d’entreprises comme Munich Re, Allianz ou les brasseries Löwenbräu, aujourd’hui dans les mains d’AB InBev. Les autres actionnaires de SGS viennent loin derrière: la Bank of New York Mellon est propriétaire de 3,23% des actions, et The Capital Group Companies de 3,03%.

"Pour démarrer, nous remplacerons les deux administrateurs d’Exor au conseil", précise Gérard Lamarche, qui laisse ainsi entendre que la situation pourrait évoluer. Qui plus est, même si les deux principaux actionnaires n’agiront pas de concert, ils ne sont pas des inconnus les uns pour les autres et semblent sur la même longueur d’ondes. "La famille von Finck et les familles Frère et Desmarais se connaissent, poursuit Gérard Lamarche. Nous en avons évidemment parlé avec eux, et nous partageons une vision d’investisseur à long terme."

Deuxième essai

Les dirigeants de GBL ne cachent pas leurs ambitions de voir SGS jouer un rôle actif dans la consolidation en cours dans le secteur, encore très fragmenté, puisque les 5 premiers acteurs ne pèsent, ensemble, que 15% du marché.

Pour la petite histoire, on apprend à bonne source que le holding d’Albert Frère avait déjà songé, en 2009, à entrer dans le capital de SGS, quand la famille von Finck avait réduit sa participation de 25% à à quelque 15% Mais le deal ne s’était finalement pas réalisé, et les von Finck avaient vendu leurs actions à Goldman Sachs et à Deutsche Bank, qui les avaient replacées sur le marché.

GBL a pu bénéficier, cette fois, d’un autre lien précieux pour transformer l’essai: celui qui lie les familles Frère et Agnelli. Le vendeur des 15% rachetés par GBL n’est autre, en effet, que Exor, société d’investissement de la famille Agnelli, qui s’apprête à mobiliser de gros moyens pour éviter de laisser se diluer sa participation de 30% dans Fiat à l’occasion de sa fusion avec l’Américain Chrysler.

"Il y a toujours eu beaucoup d’amitié et de respect entre les deux familles, souligne Ian Gallienne. Albert Frère connaissait bien Gianni Agnelli. Personnellement, je connais bien John Elkann." Le beau-fils d’Albert Frère siège aux côtés du petit-fils de Gianni Agnelli, président et CEO d’Exor, au conseil d’administration de Gruppo Banca Leonardo. Des liens qui ont permis à GBL d’avoir vent de l’opération — la famille Agnelli avait envisagé, dans un premier temps, une opération de marché — et de remporter le morceau.

À noter que si la famille Agnelli sort complètement de SGS, dans l’actionnariat duquel il était présent depuis 13 ans, Sergio Marchionne, le CEO de Fiat, qui préside le conseil d’administration de SGS, va conserver son siège. "Avant d’être patron de Fiat, il était patron de SGS, et il y est très attaché", commente Ian Gallienne.

D’autres opérations en vue

La transaction se fait à 2.128 francs suisses par action, soit près d’1,6% de moins que le cours de clôture de vendredi dernier. GBL, qui injecte 2,004 milliards dans SGS, utilise sa trésorerie pour financer l’acquisition.

À l’issue de l’opération, il lui restera 1 milliard d’euros de trésorerie brute, auquel s’ajoute 1,2 milliard d’euros de lignes de crédit non tirées. De quoi réaliser encore d’autres opérations, mais vraisemblablement de taille plus petite. "Nous aimons avoir une structure financière solide, et limiter notre endettement", rappelle Gérard Lamarche. "Nous allons d’abord digérer l’opération, et travailler sur cet actif, même si cela ne nous empêchera pas de faire des investissements de taille moins importante qui, avec le temps, pourraient également devenir stratégiques", ajoute Ian Gallienne.

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