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Crise financière: les réviseurs se disculpent

Pour l’Institut des Réviseurs d’Entreprises, la profession d’audit ne peut être tenue responsable de la crise financière de 2008. Elle répondait aux critiques formulées par la Commission européenne dans son " livre vert " publié en octobre.

La Commission européenne cherche à tirer les leçons de la crise financière. Après les banques, les agences de notation ou les fonds spéculatifs, c'est le secteur de l'audit qui est dans sa ligne de mire aujourd’hui. Un secteur qu'elle aimerait voir plus indépendant et moins dominé par quelques grands acteurs.

L’Institut des Réviseurs d’Entreprises (IRE) a réagi à la publication, en octobre dernier, du "livre vert" de la Commission qui a quelque peu écorné la profession d’audit. Une profession tenue finalement pour responsable de la faillite, en septembre 2008, de Lehman Brothers. Cette faillite avait menacé d'entraîner dans son sillage la majorité du système bancaire mondial, et obligé les gouvernements européens à recapitaliser massivement plusieurs établissements. En mars, un expert mandaté par la justice américaine pour analyser les raisons de la débâcle, dévoilait dans un rapport des artifices comptables par lesquels Lehman Brothers avait fait apparaître ses comptes plus solides qu'en réalité…

Depuis, les réviseurs d’entreprises serrent les poings. Et se défendent. Après consultation de tous les membres de la profession en Belgique, l’IRE a adopté, à l’unanimité, une position commune aux questions que soulève la Commission européenne. Et à la première d’entre toutes, - celle de savoir si la crise financière n’est pas due à un manquement dans l’exercice de l’audit, - la réponse est catégorique: c’est non. "La profession ne partage pas l’approche générale du Livre vert qui isole le rôle de l’auditeur externe. Ce dernier n’est qu’un maillon dans la chaîne d’information financière, où les premiers rôles reviennent au management des entreprises et à leur conseil d’administration" rétorque Michel De Wolf, président de l’IRE. Et d’ajouter, en citant Fortis, qu’ "en Europe et en Belgique, aucune indication ne porte à croire que des manquement dans l’exercice de l’audit seraient l’origine ou auraient contribué à la crise financière".

Pour l’Institut des Réviseurs d’Entreprises, il n’y aurait pas non plus de risque de conflits pour l’auditeur, qui est à la fois désigné et rémunéré par l’entité auditée. "Comme un médecin ou un avocat, nous exerçons une profession libérale basée sur la confiance et l’expertise. Nos intérêts convergent" défend encore De Wolf, qui avance des garde-fous. Ainsi, le Code belge des sociétés stipule que le conseil d’entreprise dispose d’un droit de véto sur la proposition faite par l’organe de gestion à l’assemblée générale. En outre, précise-t-il encore, des organes extérieurs à la profession, telles que "la Chambre de renvoi et de mise en état, et les instances disciplinaires ont prouvé ces deux dernières années que leur fonctionnement était efficace".

L’IRE oppose également une fin de non recevoir concernant la rotation des cabinets d’audit, autrement dit, l’obligation pour une entreprise de changer de cabinet après une certaine période. "La littérature scientifique démontre les inconvénients d’une telle mesure: diminution de la qualité de l’audit, augmentation du coût de l’audit sans valeur ajoutée liée à cette obligation éventuelle de la rotation". Abattant ses cartes les unes après les autres, l’IRE précise aussi que le contrôle efficace de l’information financière par un expert indépendant ne doit pas être une exigence exclusive des grandes sociétés. "Aux Etats-Unis, la crise du ‘sub-prime’ n’est pas née dans les mastodontes. Elle s’est aussi développée au sein de petites institutions aux comptes non audités" défend le président de l’IRE.

Prudent, Michel De Wolf reconnait qu’ "on peut toujours améliorer l’audit". Comment? La réponse va de soi, même si elle fait un peu sourire: "si l’on veut développer l’audit dans de nouvelles directions, il faut accepter d’en payer le prix. Et du reste, si l’on veut maintenir la qualité de l’audit, il faut arrêter de vouloir en détruire la base économique par des honoraires en baisse". Traduisez: pour les réviseurs d’entreprises aussi, la crise n’a pas fini ses ravages…

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