En dix ans, Monizze a vu le paiement se transformer

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Depuis 2011, la fintech a dû s'adapter à une législation belge instable tout en se faisant une place entre deux colosses.

"Il y a dix ans, mon horizon, c'était le trimestre." Jean-Louis Van Houwe mesure le chemin parcouru depuis le lancement des activités de Monizze en février 2011. En une décennie, la fintech belge, qui a intégré le groupe français Up en 2015, est parvenue à se faire une belle place sur le marché des titres électroniques face aux mastodontes hexagonaux que sont Edenred et Sodexo.

Une opportunité s'est ouverte en 2010. C'est alors que la législation a permis la numérisation des titres-repas. L'ingénieur a senti l'opportunité ouverte par le nouveau texte de loi et décidé de saisir la balle au bond. Ayant eu vent des projets de Comeos qui envisageait de lancer ses propres titres électroniques, il a proposé à plusieurs grandes enseignes de la distribution de s'en charger.

"Nous étions alors les seuls acteurs du marché à proposer des titres électroniques, et nous avons divisé les coûts par trois, voire par dix, pour certains employeurs! Les autres ont été obligés de nous suivre", explique-t-il.

Instabilité juridique

Les titres électroniques facilitent également le traitement administratif et sont un gage de sécurité supplémentaire. De plus, ces titres ne peuvent être utilisés qu’en Belgique, alors que des milliards d’euros quittent le royaume chaque année via le commerce frontalier.

14
millions d'euros
L'an passé le chiffre d'affaires de Monizze a atteint les 14 millions d'euros.

En 2013 pourtant, tout a failli capoter. Le cadre législatif est remis en question, et il est même question de supprimer purement et simplement les titres électroniques. "Du point de vue de la stabilité juridique, c’était tout simplement ahurissant", se remémore Jean-Louis Van Houwe. Le gouvernement fédéral a cependant rétropédalé et depuis 2015, les titres papiers ont totalement disparu de la circulation en Belgique.

La nouvelle réglementation va faire exploser les activités de Monizze. Alors que son chiffre d’affaires représentait quelque 2,5 millions d’euros et qu’elle employait 18 personnes à l’époque, elle enregistre aujourd’hui plus de 14 millions d’euros de revenus et occupe une soixantaine de collaborateurs.

Paiement dématérialisé

Son offre de produits s’est également élargie depuis lors, puisque la fintech propose aussi les écochèques, les chèques-cadeaux, les chèques-culture et depuis l’année passée, les chèques-consommation que les employeurs peuvent proposer à leurs travailleurs pour les remercier de leurs efforts pendant la crise. Un avantage que Monizze a été le premier à proposer sous forme électronique et dont Jean-Louis Van Houwe tire "une grande fierté". Il trouve cependant aberrant que ce produit ait dans un premier temps été pensé par les autorités sous sa forme imprimée alors que l'on tente de limiter les risques de contamination.

Même si le business de Monizze repose sur la carte, son patron n’en est pas vraiment un fervent partisan. "La solution idéale est totalement dématérialisée", estime-t-il, le développement du paiement par smartphones, wearables et QR code devant se poursuivre.

"La solution idéale de paiement est totalement dématérialisée."
Jean-Louis Van Houwe
CEO de Monizze

Il pointe par ailleurs le retard pris par la Belgique en matière de commerce électronique. "Les détaillants belges ont été à la ramasse par rapport à l’étranger, et le fossé se creuse encore. Le simple fait qu’Amazon n’ait pas jugé utile d’ouvrir un site belge devrait déjà nous alerter", pointe Jean-Louis Van Houwe, même s’il se réjouit que le géant américain pèse dès lors moins sur les activités des commerçants belges. "Il n’y a cependant rien d’insurmontable. La Belgique dispose de suffisamment d’atouts et de compétences pour combler ce retard."

Le résumé

  • Fondé en 2011, Monizze s'est fait une place sur le marché des titres de paiement face aux géants français du secteur.
  • Sur ce laps de temps, la législation belge n'a pas toujours brillé par sa cohérence.
  • Le paiement dématérialisé constitue l'avenir.
  • La Belgique souffre d'un gros retard en matière de commerce électronique, selon le CEO de Monizze.

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