"First et Centea intéressent Axa"

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Le nouveau patron d’Axa Belgique revient sur ses ambitions de croissance dans l’assurance-vie et la banque. Ils se dit intéressé par les opportunités mais après une analyse approfondie.

En 2001, Emmanuel de Talhouët vend son entreprise de travaux publics et entre chez Axa. Aujourd’hui, à 49 ans, ce Vosgien a succédé à Eugène Teysen à la tête d’Axa Belgique.

Comment appréhendez-vous votre nouvelle fonction?

Axa Belgique est une belle entreprise: elle est leader sur le marché avec un bon positionnement de la marque. Elle a connu une croissance importante via des acquisitions. Après l’intégration, l’heure est venue de poser un regard plus critique sur notre travail: essayer d’être plus efficace, d’améliorer la qualité de service, les coûts, et devenir une entreprise avec laquelle il est facile de travailler.

La gestion des coûts passe-t-elle par une baisse de l’effectif?

Nous avons une pyramide des âges telle que beaucoup de collaborateurs partiront en pension dans les 5 ans à venir. L’un de nos challenges est d’éviter un remplacement d’un pour un. Sur les 6.140 collaborateurs, quelque 600 partiront dans les 3 ou 4 ans en retraite. Le turnover naturel est, lui, d’une centaine de personnes par an. Nous ne sommes pas dans une logique où on met les gens à la porte mais nous privilégions un remplacement interne à un externe. Ceci dit, nous continuons de recruter pour des postes d’expertise.

Le marché belge est-il un marché particulier?

La différence du marché belge, c’est son réseau de distribution. Il est principalement occupé par le courtage. Dans les autres pays, on a du courtage, des réseaux propriétaires, des réseaux salariés et des accords de bancassurance plus importants qu’en Belgique, où les banquiers sont des assureurs.

Les opportunités de reprise se multiplient. Êtes-vous intéressé par certains dossiers?

Nous voulons grandir en assurance-vie. La base de clientèle de First (Ethias, NDLR) pourrait donc nous donner de belles opportunités de croissance. Certes, il y a dans First des engagements pris envers les clients qui doivent être analysés. Nous voulons aussi grossir dans la banque. En terme de modèle, Centea (KBC) nous intéresse, mais sous réserve d’une analyse plus approfondie de son réseau. En assurance IARD, nous sommes déjà leader.

Quel est votre trésor de guerre pour faire des acquisitions?

Nous avons une marge de solvabilité de 170 % sur base du ratio Solvency I et il en va de même pour le groupe. Mais une opération locale belge serait achetée par Axa Belgique.

Ces opportunités vont-elles attirer des étrangers?

La Belgique est un pays avec un niveau de vie élevé et une vraie capacité d’épargne. Il n’est pas exclu de voir débarquer un concurrent étranger. J’espère cependant qu’il sera soumis aux mêmes règles éthiques et statutaires que les acteurs actuels.

Lors de son départ d’Axa Nord Europe, Alfred Bouckaert déclarait vouloir voir le gouvernement sortir du capital d’Ethias. Les exigences de l’Europe vous satisfont-elles?

C’est satisfaisant de savoir que ce ne sont plus des fonds publics qui soutiennent les promesses du produit First mais le marché. Ceci dit, la défaillance d’un acteur majeur n’est pas une bonne nouvelle pour la profession. Je préférerais que tous mes concurrents puissent dire: "nous avons traversé la crise sans encombre".

Quelle évolution pour le marché belge de l’assurance?

En IARD, il n’y aura pas de changements de fond même si le besoin en capitaux augmente avec un impact sur la tarification. En assurance collective (employee benefit), une évolution est nécessaire: on ne peut pas rémunérer à long terme du 3,50 % si la rémunération des obligations ne dépasse pas les 3 %. En assurance-vie, il y aura aussi des évolutions. Les clients ont une aversion au risque mais veulent des rendements importants. Le Belge souscrit davantage la branche 21 (taux garantis) mais je vois une évolution vers des nouveaux produits de branche 23 qui permettront de profiter du rebond des marchés tout en ayant une garantie du bénéfice obtenu après rebond.

Quel sera le niveau des hausses de primes en IARD?

Nous observons une augmentation considérable des sinistres. Il s’agit dans certaines branches d’une hausse de 20 à 40 %. Notre stratégie est de procéder à des adaptations tarifaires sur base de notre stratégie de segmentation. Il faut travailler sur les primes, mais aussi sur l’ajustement pour les clients très sinistrés. Il est raisonnable qu’une entreprise comme la nôtre examine de façon récurrente ses 1 % de contrats avec une sinistralité démesurée. Et dans ces 10.000 contrats, il y aura peut-être 10 résiliations.

Les problèmes politiques belges pèsent-ils sur l’activité?

Sur le métier, pas vraiment. Les sujets politiques ne nous touchent que par le biaeis de la législation. Certes, la CBFA reste présent même si elle connaît des évolutions. On peut donc vivre sans pouvoir législatif pendant quelques mois, mais il ne faudrait pas que cela dure plus longtemps.

L’incertitude politique influe-t-elle sur votre stratégie d’investissement?

Nous sommes fort investis sur le papier d’État belge. Mais la crise des dettes souveraines nous apprend que nous devons avoir une diversification aux risques souverains, comme le souhaite Solvency.

 

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