interview

Jan Heyvaert, DRH chez AG Insurance: "Les employés ne reviendront plus jamais 5 jours au bureau"

D'après Jan Heyvaert, directeur des ressources humaines chez AG Insurance, le télétravail est un phénomène qui va perdurer.

Chez AG Insurance, on estime que la crise sanitaire a engendré des changements profonds qui vont modifier durablement la façon de travailler des employés... et des départements RH.

"Le temps où le DRH recrutait, payait des salaires et mettait à la retraite est terminé. Aujourd’hui, il doit optimaliser la valeur ajoutée des gens avec des formations, la mobilité, les interconnexions, stimuler la créativité et travailler sur le bien-être. Le coronavirus va accélérer ce mouvement". Jan Heyvaert, directeur des ressources humaines chez AG Insurance depuis plus de 4 ans, tire un bilan positif de ces 6 mois de gestion de crise. Il l'affirme toutefois: "La crise nous a beaucoup apporté, mais elle peut s’arrêter maintenant!"

Que vous a apporté cette crise dans la gestion de vos équipes?

Cette crise confirme que le télétravail va rester un élément fondamental de l’approche RH. Les employés ne reviendront plus jamais 5 jours au bureau. Mais le Covid a aussi démontré que rester 5 jours à la maison n’est pas agréable.

"Ce confinement a mis en avant que ce qui manquait le plus c’était le contact entre les collègues."

On avait aussi perdu de vue que travailler au bureau, sans jamais réunir l’équipe complète, était une erreur.

C'est-à-dire?

Cela fait 7 ans que la plupart de nos salariés sont en télétravail 1 jour par semaine. Jusqu'ici, on organisait l’équipe pour avoir une seule personne à la fois en télétravail . Or ce confinement a montré que ce qui manquait le plus c’était le contact entre les collègues. Nos équipes nous disaient que si elles devaient revenir au bureau, c’était pour revoir les collègues. On a donc adopté une organisation où toute l'équipe est réunie les mêmes jours au bureau.

Quels autres enseignements tirez-vous?

Le boulot fait en télétravail doit être différent du boulot fait au bureau. Il faut faire revenir les gens pour un travail à valeur ajoutée. Certes pendant le confinement, nous avons pu avancer sur des projets en cours. Mais la création et le lancement de nouvelles choses étaient compliqués à distance.  Réunis dans un bureau, nous voyons les réactions des gens; on peut en discuter à la machine à café.

Cette façon de travailler demandera aussi un réaménagement des bureaux. Ce sera sûrement un des prochains projets.

À quelle vitesse entrevoyez-vous ces changements?

Le débat a déjà commencé avec les partenaires sociaux, mais dans une optique post-Covid.

"La période où on avait juste un salaire et une voitures est une période révolue."

Sur le point mobilité, on a vu, pendant la crise, une crainte face aux transports en commun. Certains venaient en vélo, d’autres en voitures. Nous voulons donc introduire plus de flexibilité dans l’offre de mobilité. Certes la fiscalité belge ne va pas dans ce sens, mais on ne va pas attendre une décision du législateur pour avancer.

Si on veut garder et attirer les bons éléments, il faudra aussi travailler sur le fait que ce n'est plus l’entreprise qui décide, mais le salarié en fonction des périodes de sa vie. Le corona a toutefois montré que ce n’était pas qu’une question de mobilité, mais aussi d’immobilité avec des frais à la maison.

La période, donc, où on avait juste un salaire et une voitures est une période révolue.

Cette prise de conscience est-elle globale dans le monde de l’entreprise?

Au début, AG était un peu seul avec sa vision de reconnecter les gens. Je vois maintenant d'autres suivre l’idée. Néanmoins, il y a des entreprises qui prônent les distances tant que le virus circule. Et puis, il y a les Google et autres qui affirment, eux, que leur entreprise peut travailler 100% à distance. Tout le monde n’évoluera pas de la même façon.

Nous n’automatiserons jamais tout. Il faudra donc trouver un équilibre entre le bien-être, les aspects sanitaires et économiques. AG pourrait travailler avec tout le monde à la maison, mais on détruirait la culture. Et cette culture, c’est la force de nos équipes.

Un campus pour être plus connecté

Dans son souci de voir ses équipes connectées, AG met en place un campus de 5.000 m² à son siège. Une douzaine de salles de formations seront disponibles, ainsi que des espaces de rencontres et de discussions. Les salariés pourront également s'y retrouver dans un lounge.

"Nous voulons créer un endroit de 'life&learning'.  Nous pensons que le 'workplace' doit devenir quelque chose de vibrant où les gens sont connectés. Et le coronavirus nous a confirmé que nos équipes avaient besoin de cette interconnectivité entre elles", explique Jan Heyvaert.

Le campus devrait être prêt l'an prochain.

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