Jan Hommen "Le profil de risque du monde a changé"

Jan Hommen, patron d'ING

Le patron d’ING, Jan Hommen, insiste sur la nécessité du secteur de s’adapter au nouvel environnement. Quant à une éventuelle taxe bancaire, il évoque ses retombées sur les clients.

De passage à Bruxelles, le CEO d’ING Group, Jan Hommen, a expliqué les défis qui attendent le groupe: la scission de ses activités bancaires et d’assurance, le contexte réglementaire et les mutations à l’oeuvre dans le secteur.

La réglementation bancaire fait l’objet d’importants changements. Êtes-vous contre un secteur plus réglementé?

Le système bancaire a complètement changé. Il s’est globalisé, ce qui nécessite une réflexion sur la surveillance. Un acteur global a besoin d’un superviseur global. L’Europe a d’ailleurs fait certaines propositions en la matière. Néanmoins, on ne peut pas se passer complètement d’un superviseur local. Il y a aussi Bâle et ses exigences en matière de capital. Nous soutenons le principe de Bâle III, mais nous trouvons qu’il y a une tendance à aller trop vite.

Le secteur sera-t-il encore suffisamment rentable?

Il faudra toujours être suffisamment rentable pour pouvoir attirer des investisseurs. Si nous étions taxés et que les stress tests concluaient à un besoin de capital additionnel, je pense que peu d’investisseurs seraient prêts à injecter des fonds qui seraient ensuite engloutis dans des impôts.

Cela signifie-t-il que la taxe bancaire sera répercutée sur le consommateur?

Je crains en effet qu’il n’y ait pas d’autre possibilité. La question est donc: quelle est la meilleure façon de lever cette taxe? Si les banques doivent continuer d’octroyer des crédits, elles doivent continuer à constituer du capital et donc à générer des rendements.

Quel est, selon vous, l’équilibre entre le rendement et le risque?

Cela dépend du marché. Nous pensons en tant que banque qu’un rendement doit pouvoir atteindre 13 à 15&flexSpace;% des fonds propres après impôts. Nous pensons y arriver d’ici 2013. Un niveau déjà atteint par ailleurs ce premier trimestre.

Quelle serait donc l’alternative?

Heureusement, je ne dois rien proposer. Je plaiderais seulement pour une implémentation de la réglementation de façon réaliste et dans un délai raisonnable. Je ne pense pas que l’objectif soit de mettre hors service le système financier.

Êtes-vous favorable à la publication des stress tests?

Si les tests ont bien été effectués, je ne vois que des avantages dans leur publication. On aurait enfin une image claire de la situation. La condition est certes qu’il y ait un back up des autorités, voire de l’Europe. Elles doivent avoir à disposition une facilité pour les banques nécessitant du capital.

Êtes-vous favorable à un fonds européen pour aider les banques en quête de capital?

Il y a déjà diverses réglementations européennes appliquées dans divers pays. On pourrait les utiliser au profit des banques.

Reste encore l’évaluation des risques liés aux obligations d’État?

C’est une question pour les membres du CEBS (Conseil des superviseurs européens). Je ne peux parler que de nos chiffres. La valeur de marché de notre portefeuille obligataire est de plus de 2 milliards d’euros tenant compte des plus-values et des moins-values.

L’Union européenne s’est aujourd’hui prononcée sur la plupart des dossiers de banques aidées. Quel est votre sentiment face au traitement d’ING?

Après avoir pris connaissance de divers dossiers, nous avons introduit une plainte. Le dossier est actuellement auprès du juge. Nous attendons une décision dans le courant de la prochaine année.

L’Europe vous impose une scission entre la banque et l’assurance; une scission que vous aviez déjà envisagée. Ne croyez-vous plus dans le modèle de bancassurance?

Le modèle n’est pas totalement dépassé. Il fonctionne bien en Belgique mais il a été démontré qu’il ne faut pas être propriétaire pour vendre des produits d’assurance. La deuxième raison réside dans les différences existantes entre le management d’une banque et celui d’un assureur. La compagnie d’assurance est plus orientée sur le long terme alors que la banque travaille davantage à court terme. Troisième élément: Nous avons appris de la crise que l’"impact taux" n’est plus d’application auprès des bancassureurs. Auparavant, un taux bas profitait à la banque et un taux haut à l’assureur. Pendant la crise, tous deux ont été touchés avec la conséquence que le risque a été renforcé plutôt qu’annulé. Le profil de risque du monde a changé et nous devons en tirer les conclusions.

Où en êtes-vous dans le processus de scission?

Nous avons dès le 1er janvier préparé la société d’assurance à son indépendance. Un processus qui, selon nous, devrait se terminer fin de cette année. Au premier trimestre, nous avons inventorié ce qui était intégré. Au deuxième trimestre, nous avons analysé les possibilités offertes pour les scinder. Dans certains domaines, comme l’IT, où l’intégration est forte, nous poursuivrons encore plusieurs années comme cela. Au cours de la troisième phase, qui doit être effectué avant fin 2013, nous passerons de l’étude à la pratique.

Avez-vous déjà arrêté votre choix sur la vente ou l’introduction en Bourse?

Nous privilégions une ou deux introductions en Bourse. Si l’Europe fixe d’autres exigences en matière de solvabilité que les Etats-Unis, notre filiale américaine deviendra un désavantage. Nous aurons besoin de plus de capital que nos concurrents. Dans ce cas, nous procéderons probablement à deux IPO. Ceci dit, à cette heure, rien n’est exclu.

Et en Belgique, le maintien des deux activités est-il réellement envisagé?

Nous analysons la situation et aucune décision n’a été prise. De plus, c’est un sujet qui sera avant tout discuté avec la Commission.

Côté financement, disposez-vous encore comme d’autres banques d’une ligne de crédit à la BCE?

Non. Nous n’avons plus aucune ligne ouverte à la Banque centrale européenne et nous avons déjà terminé, au premier semestre, le financement prévu pour cette année. Nous sommes donc à ce moment une société très bien financée.

La méfiance entre les banques est-elle toujours présente?

Le fait que l’assaut sur les facilités de crédit de la BCE ne diminue pas, montre qu’il y a bel et bien plus de liquidité sur le marché que supposé. Les problèmes de liquidité sont mis en avant par certains secteurs. Les banques espagnoles ont, par exemple, martelé ce message.

Propos recueillis par Dominique Liesse.

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