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L'intelligence artificielle s'immisce dans vos tarifs d'assurance

L'intelligence artificielle permet l'analyse d'une multitude de données pour une meilleure segmentation du profil de risque. ©BELGAIMAGE

Akur8 est une start-up française. Son créneau: la commercialisation d'un algorithme basé sur l'intelligence artificielle permettant d'accélérer le processus de tarification des compagnies d’assurance.

L'intelligence artificielle (IA) prend de plus en plus de place de notre vie quotidienne. Elle aide à la détection de fraudes, s'implante dans les technologies médicales, révolutionne la robotique...

Désormais, l'IA s'invite aussi dans nos polices d'assurance. Elle peut déjà être sollicitée pour activer à l'heure précise du décollage une assurance voyage. L'Asie est dans ce domaine très à la pointe, notamment avec Ant Group. "Ces formules révolutionnent l’expérience client", explique Wauthier Robyns de l'association sectorielle Assuralia.

Aujourd'hui c'est au tour de l'assurtech française Akur8 de s’immiscer dans la tarification. Elle a ainsi développé un algorithme basé sur cette technologie du "machine learning" et destiné à automatiser le processus d'élaboration des tarifs.

"L'idée est née du constat que le processus de tarification est quelque chose de lent, de long et de très itératif. De plus, en vendant une assurance, on ne sait pas si dans les trois prochaines années, elle coûtera 15.000 euros... ou zéro euro", explique Samuel Falmagne, le CEO belge d'Akur8. Il ajoute qu'un produit mal tarifé à un instant T peut avoir des répercussions 2-3 ans plus tard lors du remboursement du sinistre. "D’où l’importance de faire des modèles très prédictifs."

L'intelligence artificielle ne va pas "révolutionner" le travail des actuaires, mais le simplifier, l'accélérer et surtout permettre de multiplier les paramètres pris en compte.

C'est là que l'intelligence artificielle entre en jeu. Elle ne va pas "révolutionner" le travail des actuaires, mais le simplifier, l'accélérer et surtout permettre de multiplier les paramètres pris en compte.

"Potentiellement, un actuaire peut arriver au même modèle que notre algorithme. Mais face à mille variables à prendre en compte, cela va lui prendre un temps dingue. L’algorithme peut, lui, utiliser de nouvelles variables apportées par la capacité du 'machine learning'."

Wauthier Robyns reconnaît que le secteur de l'assurance est un "grand consommateur de données" encore trop peu exploitées.

IA versus mutualisation

Les variables actuellement prises en compte dans la tarification de nos assurances portent sur des données qui se doivent "objectives et pertinentes". À charge de l'assureur d'en apporter la preuve.

Certaines données sont toutefois bannies pour éviter toute discrimination. L'Europe interdit ainsi de définir tout tarif sur base du sexe.

Certaines données sont toutefois bannies pour éviter toute discrimination. L'Europe interdit de définir tout tarif sur base du sexe, là où la loi belge Moreau interdit toute donnée raciste (race, nationalité, ethnie...).

L'IA combine toutes ces exigences régulatoires locales et internationales aux données propres aux clients et à des données externes telles que la démographie, les codes postaux, les données techniques du bien assuré... "L'ensemble de ces variables permet de mieux comprendre le portefeuille et de mieux segmenter les risques", explique Samuel Falmagne.

"L'ensemble de ces variables permet de mieux comprendre le portefeuille et de mieux segmenter les risques."
Samuel Falmagne
CEO belge d'Akur8

Néanmoins, il l'affirme, le but n'est pas de pousser au maximum la personnification de la tarification et d'ainsi faire fi du sacro-saint principe de mutualisation des risques.

"Dans un même profil de risque, certains auront toujours plus de sinistres que d'autres. Le principe de mutualisation reste donc primordial. Une meilleure segmentation du portefeuille pourrait toutefois conduire à faire payer davantage les profils risqués et donc tendre vers un équilibre. Mais cela dépend de la stratégie commerciale de l'assureur."

L'intelligence artificielle soulève d'autres interrogations. Wauthier Robyns cite le traitement des données. "L'Europe veille davantage à la vie privée et exige un consentement pour l’utilisation de données personnelles, par exemple pour l’utilisation d’une boîte noire enregistrant des comportements au volant. Dans la santé, l’utilisation d’appareils susceptibles de transmettre des données a aussi fait l’objet d’une levée de boucliers." D'où la "totale transparence" prônée par Akur8.

Par ailleurs, si l'amélioration apportée par l'IA aux procédures ne fait aucun doute, il reste la crainte de piratage du système.

Des fonds pour croître

Akur8 emploie aujourd'hui 65 personnes réparties sur les trois bureaux à Paris, Londres et New York. Ses 30 clients sont répartis dans 15 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. "En Belgique, nous avons deux clients Axa et Yuzzu (ex-Touring), mais nous discutons avec d’autres acteurs belges."

34
millions d'euros
Akur8 a, en 2020 et en juin dernier, opéré deux levées de fonds pour un montant total de 34 millions. Objectif: soutenir son développement et se renforcer aux États-Unis.

Cette soif de croissance a été épanchée par deux levées de fonds. En 2020, Akur8 a levé 8 millions pour donner une dimension internationale à sa structure et renforcer l'équipe technique. En juin dernier, 26 millions étaient levés pour notamment accélérer le développement aux États-Unis et dans un second temps en Asie.

Enfin, la start-up travaille au brevetage de sa technologie tant en Europe qu'aux Etats-Unis.

Le résumé

  • Start-up d'assurtech, Akur8 a en 2020 et en juin dernier levé au total 34 millions d'euros. Objectif: développer son algorithme basé sur IA et utilisé à l’élaboration de la tarification des produits d’assurance.
  • IA permet, selon Akur8, d'établir des modèles prédictifs et donc de mieux comprendre le portefeuille. Au final, l'IA mène à une meilleure segmentation des risques
  • IA n'est pas une révolution par rapport au travail de l'actuaire. Elle a tout au plus une capacité d'analyse plus rapide et de davantage de données.
  • L'IA soulève toutefois certaines questions quant à l'avenir du principe de mutualisation, au traitement des données privées et aux craintes de hacking.

L'assurtech a le vent en poupe

La crise sanitaire leur a été profitable. Selon le rapport de Capgemini, les insurtech et BigTech n'ont jamais autant tiré profit d’entrées de capitaux qu'à cette période. De quoi stimuler le développement technologique, mais aussi augmenter la pression sur les assureurs traditionnels.

Au premier trimestre 2021, le financement s'élevait à 2,5 milliards de dollars (146 opérations), soit une progression de 252% par rapport à 2018.

En 2020, la capitalisation boursière des insuretch cotées s'élevait, elle, à 22 milliards de dollars contre 1,9 trillion de dollars pour les 30 plus grands assureurs mondiaux et 8,2 trillions de dollars pour les bigtech.

Capgemini note trois types d'insurtech: les "full carriers", à savoir ceux qui développent et distribuent les produits (Qover...), les distributeurs et les "enablers" qui proposent des solutions informatiques (Akur8...).

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