Jackpot pour la famille Lippens

Olivier Lippens, CEO de Finasucre ©Dieter Telemans

Le holding Finasucre de la famille Lippens a vendu les 25,8% qu’il détenait dans la société française Naturex, pour un total de 330 millions d'euros. Le deal a été réalisé après la clôture de ses comptes pour l’exercice 2017-2018, qui ont été impactés par l’abandon des quotas européens et la chute des prix du sucre.

Le holding Finasucre, que contrôle la famille Lippens, s’apprête à recevoir un joli paquet de millions alors qu’il a réalisé un dernier exercice (clôturé fin mars 2018) décevant. C’est la résultante d’une fine stratégie de prise de participations et, parallèlement, d’une conjoncture franchement négative sur le marché du sucre. Contacté, son CEO Olivier Lippens a décliné tout commentaire à ce sujet, ne souhaitant pas communiquer avant l’assemblée générale de ses actionnaires, prévue pour le 26 juillet.

Il a pourtant une excellente nouvelle à leur détailler. Son groupe qui, outre la production de sucre, d’acide lactique via sa filiale Galactic et l’exploitation de plantations de cannes à sucre en République démocratique du Congo (RDC) et en Australie, gère aussi un portefeuille de participations variées, détenait aussi 25,8% du capital de Naturex. Une part qu’il possédait en direct et via sa filiale française SGD.

1,3 milliard €
Le suisse Givaudan a valorisé la française Naturex à 1,3 milliard d’euros. il a déjà déboursé 522 millions pour racheter les premiers 40,5%, dont les 25,8% de Finasucre.

Cotée sur Euronext Paris, Naturex, un des leaders mondiaux dans l’extraction végétale (ingrédients naturels pour l’alimentation, la santé et les cosmétiques), est en train d’être racheté par Givaudan, un groupe suisse spécialisé dans la création de parfums et d’arômes. Givaudan a déjà racheté les parts des actionnaires de référence de Naturex au prix de 135 euros par action, avec une prime de 42% sur le cours de clôture précédant l’officialisation de son offre: il l’a annoncé au printemps et a finalisé le deal le mois dernier, avant d’étendre, le même mois, son offre à l’ensemble des détenteurs de titres.

Givaudan a valorisé sa proie à environ 1,3 milliard d’euros. Finasucre, qui en était le premier actionnaire avec ses 25,8%, a donc touché selon nos calculs quelque 332,5 millions d’euros. L’opération est intervenue après la clôture de son exercice 2017-2018. Elle n’est donc qu’évoquée dans le rapport annuel qu’il vient de publier. Finasucre y explique sobrement qu’il a dégagé "une plus-value significative" et qu’il "va redéployer cette somme en veillant à limiter les risques de ses activités cycliques et à créer de la valeur dans les activités en croissance durable".

Impacté par le prix du sucre

En réalité, le groupe belge en a bien besoin car il a subi l’an dernier les conséquences de la fin des quotas sucriers européens. Entrée en vigueur le 1er octobre 2017, la mesure a entraîné l’accroissement de la production de sucre en Europe. Combinée avec le niveau excessif de la production à l’échelle mondiale, elle a aussi entraîné la baisse des prix du sucre aux niveaux européen et mondial, ainsi qu’un durcissement de la concurrence. Cela a évidemment pesé sur la rentabilité de Finasucre, puisque les prix sucriers ont atteint un niveau très bas durant les six derniers mois de son exercice décalé.

Finasucre

• Finasucre est un holding contrôlé par la famille Lippens.

• Il est actif dans la production et la commercialisation de sucre, la production d’acide lactique et de ses dérivés, la R&D dans les bioplastiques, ainsi que l’immobilier.

• Il possède des usines en Belgique, aux Pays-Bas, en RDC, en Australie, en Chine et aux Etats-Unis.

• Il a réalisé en 2017-2018 un chiffre d’affaires consolidé de 349,9 millions d’euros. Il emploie 2.670 personnes sur base permanente et plus de 1.500 saisonniers.

Le chiffre d’affaires consolidé du holding a par conséquent reculé de 14% à 349,9 millions d’euros contre 406,9 millions sur l’exercice 2016-2017. Son excédent brut d’exploitation récurrent s’est contracté de 32% à 35 millions. Son résultat opérationnel a chuté de 62% à 16,4 millions et son bénéfice net de 64% à 14 millions d’euros. Sur les cinq dernières années, c’est son plus faible chiffre d’affaires, tandis qu’en termes de profit (Ebitda et résultat net), c’est sa deuxième moins bonne performance après un exercice 2014-2015 plus décevant encore.

Les choses ne risquent malheureusement pas de s’arranger cette année dans le secteur du sucre. La conjoncture reste mauvaise au plan mondial. Selon les estimations du bureau F.O. Licht, cité par Finasucre, la production mondiale de la campagne 2017-18 s’est avérée excédentaire de quelque 6 millions de tonnes par rapport à la consommation. Et surtout, elle devrait le rester sur la période 2018-2019. Autrement dit, les prix du sucre demeureront sous forte pression.

Finasucre a toutefois prévu de distribuer 10,8 millions d’euros sous forme de dividende à ses actionnaires, pour autant bien sûr que l’assemblée avalise sa proposition à la fin de ce mois. Ce qui fera un dividende net de 95 euros par action.

Où réinvestir?

Reste à voir comment il utilisera les fonds issus de l’opération Naturex. Le groupe est déjà relativement diversifié, notamment dans la production d’acide lactique et de ses dérivés avec Galactic, mais aussi dans l’immobilier avec ses participations dans Galeries Saint-Hubert à Bruxelles et dans la Compagnie Het Zoute à la côte belge. Il est toujours investi dans le projet de recherche et développement mené avec Futerro dans le domaine de la production de bioplastiques, malgré que le géant français Total en soit sorti voici deux ans pour lancer son propre projet de bioplastiques. Il est sorti l’an dernier, en revanche, du capital de la société immobilière réglementée Aedifica.

Olivier Lippens ©Dieter Telemans

Dans le sucre, enfin, il a différents fers au feu: à côté de la société de production sucrière Iscal en Belgique et aux Pays-Bas, il pilote également Bundaberg Sugar Group en Australie, dont les usines ne broient pas que de la canne à sucre classique, mais aussi depuis peu de la canne bio et des noix de macadamia. Et hors périmètre de consolidation, Finasucre contrôle à 60% de la Compagnie Sucrière SA qui produit non seulement du sucre, mais aussi de l’alcool en RDC. L’an dernier, cette filiale a produit un volume record de 87.960 tonnes de sucre. Ses ventes ont en revanche diminué de 31%, à 69.378 tonnes, en raison du ralentissement de l’économie congolaise.

On l’aura deviné, le groupe pèse aussi relativement lourd en termes d’emplois. Il met 2.670 personnes au travail dans le monde, sans compter quelque 1.511 travailleurs saisonniers. Finasucre? Un "petit" Belge discret, mais qui a une réelle envergure…

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