Les microentreprises peinent à obtenir les aides publiques

Les plus petites entreprises éprouvent des problèmes de liquidités auxquels le microcrédit peut répondre. ©Louis Wauters / Microstart

Alors que les plus petites entreprises sont parmi les plus touchées par la crise économique, celles-ci ont souvent du mal à obtenir les aides publiques. Le microcrédit peut constituer une partie de la solution.

Ce n'est pas une révélation, la période de confinement aura été un supplice pour le tissu économique belge et mondial. L'impact de la crise économique provoquée par la pandémie, qui n'est pas encore terminée, reste impossible à évaluer et les mesures de soutien s'accumulent à tous les niveaux de pouvoir pour aider les entreprises à sortir la tête de l'eau.

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Quelque 95% des sociétés belges sont des microentreprises (de moins de cinq employés).

Parmi les premières victimes de la situation figurent les microentrepreneurs. Ces sociétés, qui emploient moins de cinq personnes, représentent pas moins de 95% des entreprises belges. Elles sont particulièrement actives dans les secteurs qui ont été frappés de plein fouet par la crise, notamment l'horeca ou les salons de coiffure. 

Selon une enquête menée par microStart, premier organisme de microcrédit professionnel en Belgique, deux tiers de ces entrepreneurs se disent "très inquiets" pour l'avenir, tandis que 40% d'entre eux éprouvent des difficultés à obtenir les aides auxquelles ils ont droit.

Problèmes de trésorerie

Un de leurs principaux motifs d'anxiété est l'accès au financement. Malgré le fait que les autorités ont échafaudé plusieurs plans pour aider le monde de l'entreprise, notamment un montant de 50 milliards d'euros de garantie publique, les microentrepreneurs sont les oubliés de la crise, estime Emmanuel Legras, CEO de microStart.

"Beaucoup de gens vont perdre leur emploi à cause de cette crise, il faudra en créer de nouveaux et l'entrepreneuriat populaire, par lequel les travailleurs créent eux-mêmes leur société, est une excellente manière de le faire."
Emmanuel Legros
CEO microStart

"De nombreux indépendants n'entrent pas en considération pour plusieurs mesures d'aide en raison de leur statut", explique-t-il. Ainsi, les indépendants complémentaires ou travaillant en coopérative sont de facto exclus de certaines mesures.

Un autre écueil est celui de l'accès à l'information, ajoute-t-il. Les indépendants ne sont pas forcément bien informés de leurs droits et des mesures d'aide qui leur sont destinées.

Enfin, les indépendants qui ont démarré leurs activités il y a moins de deux ans sont également désavantagés. "Pour avoir accès à certaines aides, il faut être en mesure de présenter un bilan des deux ou trois dernières années", indique Emmanuel Legras.

Un constat que dresse également Patrick Somerhausen, CEO de Funds for Good. "Nous constatons de vrais problèmes de trésorerie parmi les 300 entreprises que nous avons contribué à mettre sur pied. Les plus jeunes sont les plus fragiles, mais les sociétés qui ont engagé une ou deux personnes ont aussi des difficultés à assumer les charges fixes", qui sont en moyenne de 2.600 euros par mois.

Secteur sous-développé

La microfinance peut constituer une solution pour soutenir ces milliers de très petites entreprises, mais celle-ci demeure sous-exploitée. Le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) confirme que très peu de ses membres y ont eu recours en cette période de crise. 

Au niveau public, la Région bruxelloise a bien lancé le prêt Proxi, mais les spécialistes du secteur déplorent des initiatives trop rares et trop timides en la matière. "La microfinance est pourtant un magnifique levier de lutte contre la précarité", estime Patrick Somerhausen. "Ce n'est cependant pas une activité rentable et elle reste sous-développée en Belgique."

A peine un bon millier de microcrédits seraient ainsi accordés en Belgique chaque année. "C'est pourtant une partie de la solution", assure Emmanuel Legras, qui plaide pour un plus grand soutien public et une prime unique de redémarrage de 4.000 euros pour chaque entrepreneur. "Beaucoup de gens vont perdre leur emploi à cause de cette crise, il faudra en créer de nouveaux et l'entrepreneuriat populaire, par lequel les travailleurs créent eux-mêmes leur société, est une excellente manière de le faire", conclut-il.

 

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