Les notionnels redopent les augmentations de capital

Parmi les champions des augmentations de capital: Ikea, mais aussi Exxon Mobil, AB Inbev ou EDF. ©IMAGEGLOBE

Les entreprises actives en Belgique ont totalisé l’an dernier 32,9 milliards d’euros d’augmentations de capital et 23 milliards de réductions. Par rapport à 2012, c’est un basculement.

L’an dernier, les entreprises actives en Belgique ont globalement augmenté leur capital de 9,9 milliards d’euros nets. La différence entre le total des augmentations et celui des réductions est en effet positive, alors qu’en 2012 elle avait été largement négative à -48,4 milliards. Concrètement, on a enregistré pour 32,9 milliards d’euros d’augmentations de capital et pour 23 milliards de réductions, selon le relevé établi par le bureau spécialisé Graydon, à comparer avec les 49,9 milliards d’euros d’augmentations et les 98,4 milliards d’euros de réductions annoncées en 2012.

C’est a priori une bonne nouvelle, même si comme un an plus tôt, l’exercice 2013 a également enregistré de grosses opérations émanant de "banques internes" de multinationales. Deux éléments ont fait la différence: d’une part, on a vu moins de grands groupes vider leurs banques internes belges alors qu’en 2012, un géant comme le sidérurgiste ArcelorMittal avait délocalisé 35,5 milliards d’euros; d’autre part, le nombre d’entreprises ayant augmenté leur capital a plus que doublé d’une année à l’autre, passant de 6.421 en 2012 à 13.375 l’an dernier. Le nombre d’entreprises ayant réduit leur capital a parallèlement baissé, mais dans de moindres proportions: on en a recensé 1.902 l’an dernier contre 2.208 en 2012.

Les rois des augmentations

Les champions des augmentations de capital présentent pour la plupart le profil de banque interne de grands groupes, c’est-à-dire de structures purement financières bénéficiant a priori du régime fiscal des intérêts notionnels. C’est le cas du N°1 ExxonMobil Belgium Int Services, et de huit des neuf suivants dans le Top 10 (voir tableau).

Outre le pétrolier américain, il s’agit du fabricant néerlandais de composants pour l’industrie des semiconducteurs ASML, du brasseur belgo-brésilien AB InBev (Cobrew), de l’énergéticien français EDF, du géant suédois du meuble Ikea, du distributeur français Auchan, de l’actionnaire suisse de la chaîne de vêtements C & A (Cofra), du groupe germano-luxembourgeois UTM et du constructeur français Vinci. Intéressant à noter: le onzième est BP Capital Nok, filiale du pétrolier britannique BP qui, un an plus tôt, avait réduit de 27 milliards d’euros les capitaux de deux autres de ses filiales financières belges. Le groupe aurait-il modifié son analyse du marché? L’opération faite par la filiale de l’assureur français Axa (6ème) n’a, en revanche, rien à voir avec les intérêts notionnels: il s’agissait ici de pomper les réserves de la structure chapeautant Axa Bank Belgium en vue de la cession de son contrôle à Axa France, ce qui a été finalisé par une réduction de capital du même niveau début 2014.

Pour diverses raisons, dont les spécificités fiscales belges, ces multinationales établissent leur banque interne dans notre pays. "Cobrew est la société de financement belge du groupe, explique-t-on par exemple au siège d’AB InBev. Avec le capital supplémentaire levé, Cobrew peut octroyer des prêts complémentaires à d’autres sociétés au sein du groupe."

En pratiquant le même exercice sur le Top 10 des réductions, le tableau est moins clair. Le roi des réductions, la banque résiduelle Dexia, venait de procéder un an plus tôt à une augmentation de capital pour le porter à 6 milliards. L’opération 2013 visait à apurer ses pertes. Rien à voir avec une optimalisation financière de type fiscal.

Atlas Services est une filiale de l’opérateur France Télécom qui porte une série de participations dans divers pays: holding du groupe, oui, banque interne, c’est moins évident. La filiale belge du transporteur de colis américain UPS semble avoir fait une opération de portage en 2013, avec un brusque va-et-vient d’augmentation et de réduction de capital. Contacté, un porte-parole d’UPS nous a promis une réponse… après la publication de ses résultats annuels. Umicore Financial a été quasi complètement siphonnée: "C’est une adaptation de notre structure de financement comme nous en faisons régulièrement", nous a expliqué à l’époque le CEO Marc Grynberg. Pour lui, "il ne faut y voir aucune connotation fiscale". La filiale déduisait toutefois des intérêts notionnels. Pieter Schelte est un constructeur naval basé en Suisse qui avait procédé un an plus tôt à une grosse augmentation de capital. Ici aussi, un va-et-vient interpellant, sans qu’on puisse conclure. Si le capital de Royal Park a été vidé, c’est parce que l’ancien portefeuille de Fortis a été revendu. L’énergéticien norvégien Norsk Hydro avait déjà réduit fortement le capital d’une autre filiale en 2012: ici, le mouvement paraît durable. De son côté, le groupe d’intérim néerlandais Randstad a procédé l’an dernier à une restructuration dans notre pays et la filiale concernée détient aussi un portefeuille de participations, comme Atlas. Plus limpides sont les cas des filiales du groupe de médias suédois Bonnier et du groupe néerlandais de santé et nutrition DSM: elles répondent bien aux caractéristiques des banques internes.

Le retour des PME

Ce qui est sûr, c’est qu’on n’assiste plus, comme en 2012, à une fuite des capitaux d’origine "notionnelle" hors de Belgique. Au contraire, même, la tendance dans les banques internes semble à nouveau à la hausse, comme si les mesures de rabotage des notionnels prises par le gouvernement en 2011 avaient été digérées, et malgré la récente introduction de la "fairness tax".

Quant aux PME, qui constituent comme le rappelle le professeur Bruno Colmant l’économie réelle, créatrice d’emplois, le fait qu’elles aient été beaucoup plus nombreuses qu’en 2012 à augmenter leurs fonds propres est une bonne nouvelle. Leur plus grande solidité financière réduit leur dépendance vis-à-vis de créanciers externes et conforte le sentiment d’une sortie de crise.

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