Les obligations spéculatives n'ont plus la cote

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Après avoir enregistré un bon premier semestre, le marché des "junk bonds" est en repli. Les investisseurs sont échaudés par les craintes de récession et la crise des dettes souveraines des Etats européens. Les actifs risqués ne les intéressent plus.

Les obligations dites "spéculatives", ces titres de dette émis par les entreprises mal notées par les agences de notation, n'ont plus la cote auprès des investisseurs: c'est un problème pour ces sociétés qui ont déjà beaucoup de mal à se financer auprès des banques.

Les obligations spéculatives, appelées "junk bonds" (obligations "pourries") ou obligations à "haut rendement" sont des emprunts émis par des sociétés notées BB+ ou moins par les agences d'évaluation financière, comme Standard and Poor's ou Fitch Ratings et Moody's Investors Service.

Après avoir enregistré un bon premier semestre, ce marché est en fort repli depuis le début de l'été. "Si les entreprises s'inscrivant dans cette catégorie ont levé 27 milliards d'euros au premier semestre, ce n'est pas certain que ces émissions atteignent 3 milliards sur le second", chiffre Benoît Soler, gérant obligataire chez Edmond de Rothschild Investment Managers. "Les investisseurs désertent ce marché et vendent leurs titres à n'importe quel prix", remarque pour sa part Philippe Hab, gérant de fonds pour la société de gestion SPGP.

Les craintes d'un retour en récession et la crise des dettes souveraines des Etats européens entraînent une aversion des investisseurs pour ces actifs, par nature risqués.

"Pourquoi se placer sur ces titres alors qu'investir, par exemple, dans de la dette émise par l'Italie, troisième économie de la zone euro, rapporte déjà 6% ?", interroge Philippe Berthelot, directeur de la gestion crédit chez Natixis AM.

Et, si contrairement à 2008 certaines sociétés arrivent encore à émettre, elles le font à des taux d'intérêts très élevés, les acheteurs exigeant un important retour sur investissement en échange du risque auquel ils estiment consentir.

Ainsi, le cimentier allemand HeidelbergCement, venu solliciter le marché début octobre, a dû concéder un coupon proche de 10%, bien supérieur aux 6,75% proposés lors de sa précédente émission en juin 2010.

Le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën a également réussi à lever, fin septembre, 500 millions d'euros, mais à un taux de près de 7%. "La barre est placée trop haut pour d'autres émetteurs", estime M. Soler. "Une société endettée dans un secteur très cyclique (dépendant de la conjoncture économique) aura de grandes difficultés à émettre aujourd'hui même si elle est solide", ajoute-t-il, en prenant le cas des compagnies aériennes européennes.

Les entreprises dans l'impasse

Un problème de taille pour les entreprises alors que les banques, fragilisées par la crise de la dette des Etats européens, ont commencé à refermer le robinet du crédit et que les augmentations de capital en Bourse ont été rendues pratiquement impossibles par la crise.

Toutefois, aux yeux des experts, si les tensions venaient quelque peu à s'apaiser en Europe, les principaux acheteurs du marché -essentiellement des fonds de pension britannique et hollandais et des compagnies d'assurance- pourraient recommencer à s'intéresser rapidement à cette classe d'actifs dont les rendements sont particulièrement attractifs.

"Depuis 2008, ces sociétés ont fait les restructurations nécessaires et se sont beaucoup refinancées. Leur situation financière est solide", souligne Nolwenn Leroux, l'une des responsables de la gestion du crédit chez Natixis AM.

L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's, qui mesure régulièrement la façon dont les entreprises honorent leurs dettes, prévoit d'ailleurs un taux de défaut historiquement faible (1,8%) des entreprises entrant dans la catégorie du "haut rendement".

 

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