Li Lu, l’élu de Warren Buffett

Li Lu à gauche sur la photo

Le gourou de la finance prépare sa succession. Le candidat favori est un ancien leader de la protestation étudiante de la place Tienanmen.

Le milliardaire américain Warren Buffett fêtera ses 80 ans le 30 août prochain et n’envisage pas du tout de prendre sa retraite. Sa succession à la tête de sa société d’investissement et de ses 100 milliards de dollars est pourtant une des plus importantes transitions de l’histoire de la finance américaine.

Dans une interview accordée au Wall Street Journal, Charlie Munger, 86 ans, vice-président de Berkshire Hathaway, a évoqué pour la première fois un candidat sérieux: le sino-américain Li Lu, 44 ans, patron d’un fonds d’investissement et… ancien leader de la protestation étudiante du "Printemps de Pékin" en 1989! "Selon moi c’est couru d’avance", a déclaré au journal américain le complice de toujours du gourou d’Omaha.

De Tienanmen à omaha

Le parcours de Li Lu est pour le moins détonant. Il a d’ailleurs été retracé dans une autobiographie intitulée "Moving the Mountain: My Life in China from the Cultural Revolution to Tiananmen Square", adaptée au cinéma en 1994.

Li Lu est né à Tangshan en 1966 en pleine révolution culturelle chinoise dans une famille d’intellectuels. Ses parents sont envoyés en "rééducation" dans des camps de travail alors qu’il n’a que neuf ans. Son grand-père qui avait étudié dans les années vingt à l’Université américaine de Columbia avait trouvé la mort dans les prisons d’état. Déplacé d’une famille d’accueil à une autre pendant son enfance, il perd de nombreux proches lors du terrible tremblement de terre de 1976. En 1989, il débarque à Pékin pour rejoindre l’aile dure de la protestation étudiante et devient un des organisateurs de la grève de la faim de la place Tienanmen.

Activement recherché après la répression sanglante du 4 juin, Li Lu réussit à fuir en France avant de débarquer aux Etats-Unis où il est accueilli en héros par les militants des droits de l’homme. Il apprend rapidement l’anglais et suit l’exemple de son grand-père à l’Université de Columbia où il étudie la finance et décroche simultanément trois diplômes: droit, économie et commerce. C’est là qu’il assiste à une conférence de Warren Buffet. Le message du gourou de la finance est efficace et l’étudiant investit en Bourse les avances de son éditeur. Avec succès: Li Lu se constitue un joli capital qui lui aurait permis de prendre une retraite très anticipée dès la fin de ses études, mais il préfère se lancer dans la finance. Après un bref passage dans une banque d’investissement de Wall Street, il ouvre en 1997 son premier hedge fund, Himalaya Capital Management, qui cible essentiellement l’Asie. Il rencontre quelques années plus tard Charlie Munger qui deviendra son mentor et son ami. Le bras droit de Buffett conseille au Chinois de lancer un véhicule d’investissement à long terme. Il y investit lui-même 50 millions de dollars puisés dans les économies familiales.

Partage du pouvoir

C’est le début d’une collaboration fructueuse qui sera notamment marquée en 2008 par un investissement de 230 millions de dollars de Berkshire Hathaway dans le fabricant chinois de batteries électriques pour automobiles BYD. Une affaire qui a déjà rapporté 1,2 milliard de dollars à "l’oracle d’Omaha".

Li Lu ne devrait pas régner seul sur l’empire de Buffett. Le gourou de la finance a déjà indiqué qu’il séparerait son poste entre plusieurs personnes. Li Lu chinois pourrait prendre en charge la stratégie d’investissement tandis que le nom de David Sokol, actuel patron de la filiale MidAmerican Energy Holdings, est souvent évoqué pour occuper la fonction de PDG.

 

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