portrait

Markus Braun, l'homme derrière le scandale Wirecard

Markus Braun, l’ancien président de la fintech Wirecard impliquée dans un vaste scandale de comptes possiblement fictifs aux Philippines, a été placé en détention ce mardi. Le scandale ébranle la place boursière et les autorités de supervision allemandes.

Markus Braun s’est finalement livré lui-même à la police, après le lancement d’un mandat d’arrêt à son encontre pour avoir "gonflé" artificiellement le bilan de Wirecard, en vue de "le rendre plus attractif pour les investisseurs et les clients", a indiqué le parquet de Munich dans un communiqué. Il a été placé en détention ce mardi et sera libéré "dès que l’intégralité de la caution aura été versée", toujours selon le parquet de Munich.  

Le profil 

  • Novembre 1969 : naissance à Vienne
  • 1995-1996 : assistant de recherche à l’institut d’informatique appliquée de l’université de Vienne
  • Jusqu’en 1998 : consultant chez Contrast Management Consulting.
  • 2000 : Obtient son doctorat en sciences sociales et économiques à Vienne.
  • Jusqu’en 2002 : chef de projet chez KPMG.
  • 2002 : entre au Conseil d’administration de Wirecard
  • 19 juin 2020 : démissionne
  • 22 juin 2020 : se livre aux enquêteurs.

Braun, le patron déchu de Wirecard, avait démissionné vendredi de ses fonctions, justifiant sa décision dans un laconique communiqué vidéo diffusé par Wirecard sur Youtube. En bourse, le scandale Wirecard a mené à un sauve-qui-peut des investisseurs et à l’effondrement du cours de l’entreprise d'Aschheim, près de Munich, qui a perdu 90% de sa valeur en quelques jours. 

Au temps de sa splendeur, Wirecard dame le pion à Deutsche Bank et évince même Commerzbank du Dax, le principal indice boursier allemand. Au premier semestre 2018, 56 milliards d’euros de transactions sur le net sont réglées via Wirecard. La valeur boursière de l’ex-start-up est alors estimée à 20 milliards d’euros, davantage que Deutsche Bank. Lundi, l’entreprise devait concéder qu’une somme de 1,9 milliard d’euros inscrite à son bilan et censée se trouver sur des comptes aux Philippines n’existait "très probablement pas".

Succession 

Après la chute de Braun, c’est l’Américain James H. Freis qui prend en main les rênes chez Wirecard. Jusqu’en 2012, il était chef de la division Financial Crimes Enforcement Networks au sein du ministère des Finances à Washington.

Le destin de Wirecard est indissociable de Markus Braun. C’est lui qui a fait de l’ancienne start-up – dont il est le plus gros actionnaire avec 7% du capital – une star du Dax après le rachat d’un centre d’appels téléphoniques, en 2005. Entre 2013 et 2018, le cours de l’entreprise est multipliée par 700.

Braun, Autrichien, 50 ans, fils d’enseignants, diplômé en informatique appliquée aux affaires, passe par le conseil avant d’arriver – après un séjour chez KPMG – à la tête de Wirecard. La start-up créée trois ans plus tôt est alors affublée d’une réputation sulfureuse. On est en janvier 2002, internet en est à ses débuts, et seuls les clients des pages pornographiques ou des sites de jeux d’argent en ligne utilisent alors les services de Wirecard pour régler leurs achats sur le net.

Un parfum d'Enron 

Les soupçons de fraude chez Wirecard rappellent le scandale du groupe énergétique Enron aux Etats-Unis au début des années 2000. Après le scandale VW et les malversations chez Deutsche Bank, l’affaire met en question la réputation de sérieux des géants allemands.

 

Braun a une solide réputation de "Nerd" qui ne parle jamais de sa vie privée. Dans l’une de ses rares interviews, il assure même avec une certaine coquetterie être "ennuyeux", et "ne pas avoir le moindre intérêt à être connu". Klaus Rehnig, l’un des investisseurs de Wirecard, l’a décrit comme "un homme épris d’ambition et de perfection". Sur de vieilles photos, il porte un pull à col roulé noir, à la Steve Job, le fondateur d’Apple. En Allemagne, on l’a aussi comparé à une autre star du net, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos. Le portrait est plus contrasté. Cet amateur de musique classique, qui dit aimer se rendre à l’opéra joue aussi à l’occasion du violon.

La chute de Markus Braun ébranle la place boursière et les superviseurs allemands. "Cette affaire est un désastre complet et une honte pour le pays", a reconnu le patron du superviseur allemand, Bafin, Felix Hufeld. Les critiques sont d’autant plus vives que depuis 2015, la presse allemande n’a cessé de mettre en doute le sérieux du modèle de croissance de Wirecard. Début 2019, une enquête du Financial Times mettait même le doigt sur des soupçons de fraude chez Wirecard en Asie.

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