Moody's, "usine à triple A", se défend

Plusieurs anciens salariés de Moody's ont déclaré mercredi avoir subi des pressions pour attribuer des notes favorables à des produits financiers risqués afin d'assurer la signature de contrats, mais le directeur général de l'agence a pris la défense de l'entreprise.

(Reuters) - Dans des témoignages écrits rendus publics mercredi par la commission d'enquête du Congrès sur la crise financière (FCIC), d'anciens cadres de Moody's ont décrit une atmosphère d'intimidation et de crainte.

La commission d'enquête a entendu le directeur général du groupe, Raymond McDaniel, puis l'investisseur milliardaire Warren Buffett, dont la holding Berkshire Hathaway est l'un des principaux actionnaires de Moody's.

Dans un entretien à la chaîne de télévision CNBC avant son audition, Warren Buffett a pris ses distances vis-à-vis des agences de notation. "Je pense qu'elles ont commis des erreurs, comme tout le monde", a-t-il dit. Il a réaffirmé sa confiance dans le modèle économique des agences de notation mais il a ajouté que tous les investisseurs devaient eux-mêmes évaluer les produits financiers afin de ne pas devenir dépendants des agences. Berkshire Hathaway a réduit sa participation dans Moody's ces derniers mois, la ramenant à 13% contre près de 20% l'an dernier.

Le président de la commission d'enquête du Congrès, Phil Angelides, a déclaré lors des auditions que Moody's était devenue "une usine de triple A", en référence à la note la plus élevée de l'échelle des grandes agences (Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings).

Des analystes "dociles" et "effrayés"

Formée par le Congrès pour tenter d'identifier les causes de la crise financière de 2008, la commission se penche notamment sur le fonctionnement des agences de notation financière et l'utilisation de leurs avis par les investisseurs. Elle doit rendre publiques ses conclusions au plus tard le 15 décembre.

Dans son témoignage écrit, Mark Froeba, ancien vice-président de Moody's chargé des produits dérivés, a déclaré que la priorité donnée à la croissance de l'activité du groupe avait eu pour conséquence de faire passer les analystes sous l'autorité des banquiers d'investissement, ce qui les a conduits à accorder des notes indûment élevées à certains produits. "Fondamentalement, ils ont eu recours à l'intimidation pour créer une population docile d'analystes effrayés à l'idée de contrarier des banquiers d'investissement et prêts à coopérer le plus possible", a-t-il dit. Mark Froeba a quitté Moody's en 2007 après y avoir travaillé 10 ans.

De son côté, Raymond McDaniel a défendu le modèle économique consistant à facturer les notes aux émetteurs de produits financiers, modèle accusé depuis la crise d'avoir conduit à des notations trop généreuses. Raymond McDaniel a expliqué que les agences de notation n'étaient pas des "sentinelles" et qu'elles ne pouvaient pas empêcher l'émission ou l'achat de certains produits. "Les marchés peuvent croître sans les notes, et ils le font", a-t-il ajouté.

L'obsession de la part de marché

Il a reçu le soutien de Brian Clarkson, un ancien président de Moody's à l'origine du développement rapide de l'agence dans la finance structurée, qui a quitté le groupe en 2008. Il a ainsi jugé "incontestable" l'intégrité des analystes de Moody's.

Dans son témoignage, Mark Froeba a dressé le portrait d'un Brian Clarkson prenant plaisir à menacer les analystes de licenciement s'ils ne satisfaisaient pas les banquiers d'investissement. "Il est important de souligner que Brian n'était pas un cadre voyou pris de folie et que le conseil d'administration, le directeur général et le président se faisaient des illusions sur sa conduite", a-t-il ajouté.

De son côté, Eric Kolchinsky, qui fut un temps chargé de la notation des CDO (collateralized debt obligations) liés aux crédit "subprime", a expliqué que la culture d'entreprise de Moody's avait changé en 2007, année durant laquelle une part importante de la rémunération des cadres a commencé à être payée en actions et en options. Il a décrit une entreprise obsédée par sa part de marché. "Même s'il n'y a jamais eu d'instruction explicite pour abaisser les critères de notation, il fallait s'expliquer et se défendre sur chaque contrat raté", a-t-il dit.

Ces auditions se déroulent alors que le Congrès poursuit ses discussions sur le projet de réforme de la régulation financière: les négociateurs de la Chambre des représentants et du Sénat doivent se réunir la semaine prochaine pour tenter de rapprocher les textes qu'ils ont chacun votés ces dernières semaines. Cette réforme aurait notamment pour conséquence de durcir l'encadrement des activités des agences de notation.

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