analyse

Nouvelle vague de rachats dans le secteur financier

©Dieter Telemans

Les rachats d’entreprises se font à la pelle dans le secteur financier belge. Les raisons avancées pour expliquer ce phénomène – comme les taux ultra-bas – ne convainquent pas.

La crise financière d’il y a dix ans a provoqué un séisme dans le monde des banques, des assurances ainsi qu'au sein d’autres acteurs du secteur financier belge. Fortis a explosé et Dexia, KBC et Ethias ont été partiellement démantelées à la demande de la Commission européenne, en échange d’un plan de sauvetage. Ces exigences ont provoqué une série de désinvestissements à l’étranger, mais aussi en Belgique, avec comme principales secousses le rachat de Fortis Banque par BNP Paribas et la nationalisation de Dexia Banque Belgique (aujourd’hui Belfius). A un échelon inférieur, Centea s’est retrouvée intégrée au sein du Crédit Agricole. Les deux institutions ont finalement fusionné pour créer Crelan.

Un total de plus d'1 milliard d'euros

Le secteur a ensuite connu une période de calme relatif, mais une nouvelle vague d’acquisitions semble prête à déferler. Au cours des 12 derniers mois, on a recensé par moins de sept transactions, sans compter l’entrée partielle d’Ethias au capital du spécialiste en assistance IMA Benelux. La vente annoncée d’AXA Banque devrait être la huitième transaction.

Cette cession devrait être la plus importante transaction de ces dernières années, avec un prix de vente estimé entre 500 et 800 millions d’euros. Il est possible que Crelan remporte une fois de plus la mise. Dans le secteur, on entend dire que la banque coopérative a de bonnes cartes en main.

Si l’on ajoute les 480 millions d’euros que le groupe suisse d’assurance Baloise a déboursé pour Fidea et le montant de 150 à 225 millions d'euros qui circule pour Banque Nagelmackers, numéro neuf sur la liste, on arrive facilement au-dessus de 1 milliard d’euros.

Qui pour reprendre Nagelmackers?

Il faudra cependant se montrer patient pour connaître les repreneurs intéressés par Nagelmackers. Lors de la précédente vente en 2015, la maison mère Delta Lloyd a dû chercher longtemps avant de trouver un acheteur, la société chinoise Anbang étant le seul repreneur intéressé.

Entre-temps, Nagelmackers a revu sa stratégie et se concentre aujourd’hui principalement sur la banque privée. De plus, elle a réduit ses coûts, diminuant le personnel à moins de 500 employés. Résultat: au cours du premier semestre, et après des pertes en 2018, Nagelmackers a renoué avec des chiffres positifs. Les résultats dépassent les projections, a confirmé son CEO Tim Rooney. "Cela crée de l’optimisme dans l’entreprise", ajoute une source.

La banque peut s’appuyer sur un bilan solide et sur des clients institutionnels intéressants se situant en partie du côté gauche de l’échiquier politique, un héritage d’une de ses devancières, la banque d’épargne Codep. Cette nouvelle stratégie axée sur les clients fortunés pourrait tenter ABN Amro et d’autres acteurs souhaitant se renforcer dans le secteur de la banque privée. Mais il faut savoir que seul un tiers des clients de Nagelmackers fait partie de ce nouveau segment de clientèle.

La vague d’acquisitions de l’année écoulée ne semble pas inspirée par les stimuli souvent cités comme accélérateurs, à savoir les taux bas et le renforcement des réglementations. Ces transactions semblent surtout motivées par des problèmes, comme ceux rencontrés par le groupe chinois Anbang qui fut nationalisé et est aujourd’hui en grande partie démantelé.

Merit Capital et Weghsteen ont également traversé des zones de turbulences, tout comme la banque italienne Monte Paschi qui a été forcée de revendre sa filiale belge à la société de private equity américaine Warburg Pincus. L’assureur français AXA souhaite se séparer de sa banque belge parce qu’elle ne cadre pas avec le reste du groupe. La banque française Société Générale s’est aussi retirée de notre pays après avoir échoué à développer suffisamment sa banque privée en Belgique.

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