Pour Zenner, "c'est Brink's qui braque!"

Les administrateurs provisoires pourraient réclamer 20 millions d’euros aux administrateurs de Brink’s.

"En ce qui concerne la gestion administrative et les rapports de Brink’s avec ses travailleurs, il y avait un vide assez sidérant". À l’heure de plaider la requête en réorganisation judiciaire de Brink’s, Alain Zenner, l’un des deux administrateurs provisoires, n’y est pas allé par quatre chemins.

Cession illicite

"Quand on a commencé à éplucher le dossier, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup de manquements aux bonnes règles de gouvernance", a plaidé l’avocat. Dans cet ordre d’idée, la cession du département "Global Services Business" pour un montant de 3,4 millions d’euros à Brink’s Diamond & Jewelry Services (BDJS) pose question.

"Pour nous, cette opération est illicite et entachée d’abus de biens sociaux. Si l’intervention des administrateurs était irrégulière au moment de déposer l’aveu de faillite le 12 novembre, elle l’était certainement le 3 novembre au moment de la vente", a plaidé Zenner.

En fonction de ce qui précède, les administrateurs provisoires considèrent que la convention de cash pooling, qui faisait remonter des fonds de Brink’s Belgium vers le holding financier suisse du groupe, aurait dû cesser ses effets le 3 novembre à 0h00.

Ce raisonnement n’est pas sans conséquence et il fait partie de ce que l’on pourrait appeler "la course au cash de Brink’s".

En effet, au cours des plaidoiries de la matinée, les deux administrateurs provisoires ont été très clairs. "À partir du 31 décembre, nous serons en péril avec la trésorerie, raison pour laquelle nous voulons trouver une solution avec un repreneur", a expliqué le réviseur Gérard Delvaux.

Réévaluation de la vente

"Je ne pense pas que nous trouverons un repreneur qui acceptera de reprendre les travailleurs sous statut d’employé", a indiqué Alain Zenner. Ce faisant, et comme les syndicats s’opposent à tout changement de statut, la faillite semble inéluctable. C’est pour financer un plan social à venir que les administrateurs cherchent des fonds.

À ce jour, deux pistes se dessinent. Elles se retrouvent dans le développement soutenu par Gérard Delvaux devant le tribunal.

Dès le début de leur mission, le réviseur et ses collaborateurs se sont intéressés à la méthode de valorisation qui a permis de déboucher sur une vente de Global Services pour 3,4 millions d’euros.

Si la méthodologie employée n’est pas remise en cause par Gérard Delvaux, il y aurait, selon lui, eu lieu de travailler en tenant compte d’autres paramètres en ce qui concerne les taux d’intérêts et le cash-flow. Refaisant le calcul sur cette nouvelle base, Gérard Delvaux arrive déjà à un montant de 4,1 millions d’euros. Une somme à laquelle il convient encore d’ajouter 2,1 millions d’euros de créances commerciales qui, une fois payées, sont immédiatement reparties vers les comptes du holding financier via le cash pooling. On l’a vu, les deux administrateurs provisoires, estimant que ce cash pooling aurait dû cesser ses effets au 3 novembre, il convient de rajouter 2,1 millions d’euros à la première estimation de 4,1 millions d’euros. Pour Gérard Delvaux, la valorisation correcte de "Global Services" devrait donc être de 6,2 millions d’euros.

En tout état de cause, les administrateurs provisoires entendent tout faire pour récupérer ce montant.

Rupture du dialogue

À cet égard, des négociations à l’amiable avaient commencé entre Alain Zenner et Carlo Weisen, l’administrateur délégué de Brink’s Belgium, établi au Luxembourg. Les deux hommes se sont rencontrés jeudi dernier à Paris. "Weisen m’a fait l’impression d’un homme droit et sérieux, mais je ne sais pas si la perception qui lui est transmise de la situation est adéquate", a expliqué Alain Zenner devant le tribunal.

Et puis, mardi soir, Carlo Weisen a passé un coup de téléphone à Alain Zenner. Le message était aussi bref que limpide: Brink’s a décidé de ne plus mettre un euro sur la table.

En réaction, Alain Zenner et Gérard Delvaux ont laissé entendre qu’ils allaient "prendre toutes les mesures conservatoires qui s’imposent". Il pourrait s’agir d’une action en comblement de passif qui permettrait au duo de se retourner contre Brink’s pour qu’ils remboursent le passif social . On parle tout de même d’une vingtaine de millions d’euros.

Lors de l’audience, le procureur du roi a conseillé au tribunal de renommer les deux administrateurs provisoires de Brink’s sur base de l’article 28 de la loi sur la continuité des entreprises, un article qui fait référence à la "faute grave et caractérisée" ou à "la mauvaise foi manifeste du débiteur".

Une nouvelle nomination sur base de cet article constitue la base de l’action en comblement de passif. Le procureur a encore laissé entendre que la vente de "Global Services" à BDJS a été sous-évaluée de 20%, "ce qui est constitutif d’abus de biens sociaux".

Le procureur a estimé que la requête en réorganisation judiciaire était fondée et recevable avant de conseiller au tribunal de l’accorder pour un délai courant jusqu’au 15 janvier 2011.

La décision du tribunal de commerce est attendue aujourd’hui.

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