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Une première entreprise "chèque en blanc" en gestation en Belgique

À la manœuvre, l'investisseur et entrepreneur Dieter Aelvoet, qui confirme travailler sur le projet. ©Wouter Van Vooren

Un investisseur travaille à la naissance de la première société belge de type "chèque en blanc", dite "Spac" dans le jargon. Il vise à lever 100 millions d'euros environ.

Spac. Jusqu'à il y a un an, le terme n'était connu que des initiés. Mais l'année dernière, cette sorte d'"anti-IPO" – puisqu'il s'agit ici de lever des fonds avant d'avoir une activité – a explosé en notoriété.

L'acronyme est employé pour désigner une "special purpose acquisition company", ou société à vocation spéciale d'acquisition, pourrait-on traduire en français.

Le mécanisme fonctionne comme suit: des personnes crédibles du milieu des affaires font entrer une coquille vide en bourse, avec la promesse d'utiliser l'argent collecté auprès des investisseurs pour reprendre une entreprise dans un délai de deux ans, permettant au passage d'offrir à cette dernière une cotation de manière détournée.

80
milliards $
Aux Etats-Unis, ce sont environ 80 milliards de dollars (66 milliards d'euros) qui ont été levés l'an dernier via des SPAC.

La différence avec une introduction classique est notable. Alors que pour une IPO, il convient de tester l'intérêt de nombreux investisseurs en amont, sans savoir combien d'argent pourra réellement être levé jusqu'à la dernière minute, une Spac ne nécessite de négociation qu'avec une seule contrepartie, ce qui rend le processus plus sûr et prévisible.

Phénomène

Le phénomène est d'ampleur: aux États-Unis, ce sont environ 80 milliards de dollars (66 milliards d'euros) qui ont été levés l'an dernier grâce à des véhicules de ce type. Ce qui a amené la banque d'investissement Goldman Sachs à qualifier 2020 d'"année de la Spac".

Pour autant, les choses ne vont pas aussi vite en Europe. Les Spac les plus connues sont probablement celles de l'homme d'affaires français Xavier Niel ou de Dutch Star Companies chez nos voisins néerlandais. Pour ce qui est du plat pays, si quelques investisseurs belges sont bien impliqués dans de telles constructions à l'étranger (GBL et la famille Saverys, par exemple), la situation belge est proche du calme plat.

Du moins jusqu'à aujourd'hui. Car d'après nos informations, la première Spac belge est désormais en gestation. L'investisseur et entrepreneur Dieter Aelvoet confirme être à la manœuvre.

"Des discussions sont en cours avec des investisseurs potentiels."
Dieter Aelvoet
Investisseur et ex-financier

Dans une vie antérieure, Aelvoet était actif au sein de la salle des marchés de JP Morgan. Il y a quelques années, il a lancé la société d'investissement aim.group, qui se concentre sur l'acquisition d'entreprises familiales.

Le portefeuille d'aim.group comprend quatre sociétés: Vandapower (composants de batteries), DD Engineering (ingénierie), Estee Coating (installations et équipements de thermolaquage) et Dupont Electro (installations industrielles haute et basse tension).

L'un des conseillers d'aim.group n'est autre que Koen Hoffman, CEO du gestionnaire d'actifs Value Square et ancien patron de KBC Securities, société de bourse du groupe KBC.

Objectif établi

Dieter Aelvoet vise une taille d'environ 100 millions d'euros pour sa Spac belge. "Des discussions sont en cours avec des investisseurs potentiels. Il y a parmi eux des capitaines d'industrie bien connus", évoque l'intéressé.

Objectif? Mettre la main sur une PME familiale de niche se concentrant sur le marché des entreprises (B2B) et où la numérisation est centrale.

"De nombreuses familles souhaitent utiliser la bourse pour faciliter l'échange d'actions, mais une introduction en bourse est difficile. Une combinaison avec une Spac peut être une alternative", déclare Aelvoet.

L'homme espère mener à bien le projet cette année, mais préfère ne pas s'enfermer dans un calendrier trop strict. "Il y a des feuilles de route pour des Spac à l'étranger, mais pas encore en Belgique."

Du reste, comme le veut la règle pour ce type de véhicule, l'argent des investisseurs sera restitué si aucune cible n'est trouvée après deux ans.

Spac contre Spac

L'émergence des Spac s'accompagne d'un corolaire, à savoir un très net accroissement de la concurrence dans la sphère des investissements non-cotés (private equity).

Et pour cause, alors que 250 nouvelles sociétés de type chèque en blanc voyaient le jour aux Etats-Unis l'an dernier, environ 200 se cherchent toujours une cible.

Ce qui débouche parfois sur quelques incongruités. Bradley Tusk, président d'IG Acquisition, une Spac à 300 millions de dollars visant le monde des loisirs, en témoignait récemment dans la presse américaine. Dans le cadre de son propre roadshow, soit une tournée de présentation auprès de tout qui compte dans la finance, il lui est parfois arrivé d'être en concurrence dans ses temps de présentation avec pas moins de quatre autres véhicules.

De quoi amener l'intéressé à dire qu'il ne serait pas surpris si certaines de ces sociétés ne parvenaient pas à trouver de cible. Après tout, le phénomène ne fait que multiplier les candidats au rachat de perles rares (digitales, résilientes...) qui n'en deviennent que plus difficiles à charmer. Ce qui pourrait jouer sur les prix.

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